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06/06/2012 à 14:55
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18 millions de personnes sont menacées par la faim au Sahel, dont plus de 3 millions au Mali. 18 millions de personnes sont menacées par la faim au Sahel, dont plus de 3 millions au Mali. © AFP

Dans l'ouest du Mali, la crise alimentaire provoquée par la sécheresse au Sahel et renforcée par les tensions politiques et militaires menace quelque 300 000 personnes. Reportage à Kayes, capitale d'une région traditionnelle d'émigration.

Depuis le putsch du 22 mars qui a poussé le président Amadou Toumani Touré à la démission, le programme gouvernemental de distribution gratuite de céréales s’est arrêté à Kayes. Une malédiction dans cette région de l’ouest du Mali, qui fait frontière avec le Sénégal et la Mauritanie. En 2011, les pluies et les crues des cours d’eau n’ont pas comblé les attentes des agriculteurs, éleveurs et pêcheurs qui forment 80% de la population, soit 1,6 million de personnes.

Conséquence : le déficit céréalier est d’environ 172 923 tonnes et les prix ont triplé. « Le mil atteint les 300 F CFA le kg, le riz 450 F CFA, le sorgho 275F CFA », explique le directeur de cabinet du gouvernorat de Kayes, M. Kaman Kane. Et aujourd’hui, 300 000 personnes sont menacées de famine dans la région.

Malnutrition

« Depuis deux mois, la base de notre alimentation est constituée essentiellement de poisson sec et de bouillie. J’ai deux enfants. Ils ne sont pas atteint de malnutrition, mais d’autres dans la commune en souffrent déjà », témoigne Aminata Dialla Keita, une enseignante de l’école primaire de Goumera. Située à 28 km au nord-est de Kayes, cette commune de 5 625 habitants est la plus touchée des 28 autres de la région. Seul espoir : l’assistance du Programme alimentaire mondial (PAM), qui se déploie grâce un financement de 15 millions de dollars de l’ambassade des États-Unis au Mali.

Un champ dans la région des Kayes, au Mali.

© PAM/Daouda Guirou

Le 31 mai, une délégation conduite par Nancy Walters, représentante du PAM au Mali, et l’ambassadeur américain Mary Beth Léonard, s’est rendu à Gouméra. Sur place, la température, qui avoisine les 50°C, n’empêche pas quelque cent personnes, pioches et pelles à la main, de travailler à réhabiliter le canal d’eau de la commune. C’est l'opération "travail contre nourriture". En fin de journée, chacun repartira avec quelques kilogrammes de céréales.

« C’est pour aider les familles qui ont des bras valides, en réhabilitant par la même occasion des infrastructures hydriques pour préparer la saison agricole de l’année prochaine », explique la représentante du PAM. Parallèlement, au centre de santé de la commune, l’organisation prend en charge les cas de malnutrition.

Distribution

Comme dans les six autres communes ciblées par le programme, c’est l’administration municipale qui distribue l’aide alimentaire du PAM. Dans la cour de la mairie, Fodié Bakary Fofana, 80 ans, fait la queue. Ce retraité et ancien émigré malien en France, où il travaillait dans les secteurs du nettoyage et du bâtiment, vient bénéficier de la distribution de céréales. Carnet de famille à la main, il a 19 personnes à nourrir. « Quand je suis revenu il y a 20 ans, j’ai investi dans l’agriculture et tout allait bien jusqu’à l’année dernière. Je n’ai jamais vu une aussi faible pluviométrie. »

Le climat, d'abord, et la politique, après : c’est comme si tout s’était déréglé au Mali. L’aide du PAM est d’autant plus indispensable que l’État est tombé en lambeau sous la pression de la crise politico-militaire au Nord. Mais selon le maire de Gouméra, les quelque 2 600 tonnes de nourriture à distribuer dans la région ne pourront soulager la population que pour les trois mois à venir. Pas jusqu’à la prochaine récolte.

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Baba Ahmed, envoyé spécial à Kayes

 

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