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24/05/2012 à 16:33
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Ancien ministre malien de l’Administration territoriale et des Collectivités locales. Conseiller municipal à Bandiagara.

Prenant prétexte des difficultés de gestion interne d’une armée qui est demeurée dans les faits très peu républicaine, une junte constituée de soldats du rang et de quelques officiers subalternes, sortie le 21 mars de ses casernes pour une simple révolte, s’est emparée du pouvoir à Bamako avec une facilité déconcertante. 

Ce coup d’État au Mali, que tous les observateurs avisés avaient vu venir, étant donnée l’atmosphère politique délétère, a mis un coup d’arrêt brutal non seulement à la préparation des échéances électorales de renouvellement de l’exécutif et du parlement, mais a également contribué à accélérer la dégradation de la situation sécuritaire et militaire dans les régions nord du pays.

Avec cette crise, le Mali n’a jamais été en aussi mauvaise posture au plan interne et international. Les populations maliennes sont brutalement sorties du rêve d’une démocratie de référence et d’un pays exemple de stabilité en Afrique, pour plonger dans la réalité cauchemardesque d’une démocratie vidée de son contenu, d’une administration décrédibilisée et d’une armée minée par la corruption et impuissante. Bref, toute une réalité politique et institutionnelle qui est très loin des attentes et des espoirs d’une nation plusieurs fois centenaire.

L’analyse de la situation décrite ci-dessus renvoie à trois défis majeurs qu’un sursaut collectif peut permettre de relever :

1.    le rétablissement de l’intégrité du territoire national
2.    la remise en état de fonctionnement d’institutions plus légitimes et d’une administration publique plus crédible
3.    la préservation du processus démocratique et de la continuité républicaine en créant les conditions d’émergence d’une armée républicaine.

Pour le rétablissement de l’intégrité du territoire national, il faut éviter d’aller à contresens des évolutions qu’exige plutôt l’intégration régionale et africaine (un engagement politique fort ancien et encore partagé). Les Maliens devront avoir recours à la tradition d’acceptation de la diversité et d’ouverture au dialogue.

Les Maliens devront avoir recours à la tradition d’acceptation de la diversité et d’ouverture au dialogue.

Le Mali d’aujourd’hui est une nation qui doit assumer et s’enrichir de sa pluralité. Le fait d’avoir voulu, depuis l’indépendance, enfermer cette nation plurielle dans les carcans jacobins d’un État-Nation d’origine coloniale est la cause principale de l’indifférence des populations ou du rejet des institutions et de l’administration étatique. Nos ascendants ont fait cohabiter bamanan, foula, songhoi, soninkés, boua, tamasheq, etc.. dans les mêmes familles, les mêmes royaumes et les mêmes empires. Pourquoi ne pouvons-nous pas en faire autant aujourd’hui ? L’unité de la nation n’est pas antinomique du respect de sa diversité. Il faut les conjuguer au lieu de les opposer. Mettons alors en place des institutions et des procédures administratives qui comprennent et qui savent gérer cette question.

Pour avoir des institutions publiques plus légitimes et une administration plus crédible, mettons un peu de nous même dans la conception de nos institutions et la désignation de ceux ou celles qui sont chargés de les diriger. L’ouverture d’un débat public sur la place des valeurs qui donnent sens à toute gestion publique et sur la volonté réelle du choix des engagements à prendre permettra de faire passer les Maliennes et Maliens du statut de simple citoyen à celui de citoyen à part entière. L’acceptation du principe de cohabitation de différents types de légitimités et la reconnaissance de l’utilité et de la place de chacune dans la gestion publique raffermira la solidité et la stabilité de nos institutions. Le partage comme modalité de gestion publique et la quête du consensus (et non la recherche de l’unanimisme comme s’était le cas sous le régime d’ATT) comme modalité première de prise de décision sont le gage de décisions publiques mieux acceptées et plus durables. La décentralisation plus poussée de la gestion publique pour changer la nature et les pratiques inspirées de l’État colonial, permettra d’aller dans le sens du respect de la diversité humaine et territoriale, donc, des attentes des populations ou des communautés.

Enfin, la crise en cours et la présence sans discontinuer des forces armées et de sécurité dans la sphère politique depuis 1968 nous apprennent qu’il ne saurait exister une démocratie stable et durable sans une armée et des forces de sécurité solidement tenues par les principes et les valeurs républicaines. Le respect de l’autorité légitime, la discipline, la soumission au code d’honneur et de respect du bien public et le dévouement jusqu’à l’ultime sacrifice pour la défense de la nation ne sont pas des choses très largement partagées. Un travail patient et volontaire de recadrage des forces armées et de sécurité doit être engagé au plus tôt.

 

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