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05/05/2012 à 11:01
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L'Algérie a été le plus gros importateur d'armes en Afrique en 2011. L'Algérie a été le plus gros importateur d'armes en Afrique en 2011. © AFP

Le commerce des armes est florissant en Afrique du Nord. En 2011, l’Algérie est même devenue le pays le plus dépensier d’Afrique en terme d’armement, avec la bagatelle de 6,5 milliards d’euros de budget militaire. Une somme qui ferait presque passer les 2,4 milliards marocains pour des broutilles.

Le phénomène ne fait que s’accentuer : l’Afrique du Nord, et en particulier l’Algérie et le Maroc (sans compter la Libye dont le changement de régime brouille la donne), est une terre propice pour les vendeurs d'armes qui y ont écoulé 9% du volume mondial de leur marchandise en 2011. Selon le Stockholm International Peace Research Institute (Sipri), l’Algérie caracole en tête des importateurs d’armes en Afrique avec 6,5 milliards d’euros de dépenses l’année dernière. Au point de dépasser l’Afrique du Sud, pourtant habituel leader de ce classement, qui reste tout de même seconde avec 3,7 milliards d’euros.

En dix ans, Alger a même fait exploser son budget militaire de 1 038%, et se trouve seulement dépassée par l’Angola ( + 2 059%, pour 2,8 milliards d’euros de dépenses annuelles en 2011). Tous les secteurs de l’armée algérienne ont été rénovés. En juillet 2011, le gouvernement allemand a ainsi annoncé un accord pour des livraisons de matériel à hauteur de 10 milliards sur dix ans, comprenant des blindés de transport, des véhicules tout-terrain ou encore des frégates. Selon le quotidien économique moscovite Vedomosti, à la même période, une négociation était conclue pour la livraison de 120 chars par l’entreprise publique russe Rosoboronexport, qui avait déjà reçu commande pour environ 5,5 milliards d’euros de chasseurs de type Su-30MKA, en 2006 et 2010. En échange, la Russie a même effacé la dette algérienne contractée envers Moscou à l’ère soviétique, soit 3,6 milliards d’euros. 

En Afrique subsaharienne, budgets plus faibles et risques élevés

C’est sur l’Afrique subsaharienne que se focalisent les principales inquiétudes quant à la dissémination des armes légères. Le Sipri estime ainsi que « des volumes relativement petits d’envois d’armes [y] ont eu un impact majeur sur la dynamique des conflits régionaux. ». Au Tchad et au Soudan, pourtant sous embargo, les livraisons n’ont pas cessé alors que des rapports attestaient de circulations d’armes vers le Darfour, où de graves violations du droit international humanitaire ont été commises.

En RDC, l’embargo sur les armes de l'ONU, reconduit le 29 novembre 2011 jusqu'au 30 novembre 2012, a prouvé ses limites. Celui-ci dispose que « tous les États prendront les mesures nécessaires pour empêcher la fourniture, la vente ou le transfert directs ou indirects » d'armes à « toutes les personnes et entités non gouvernementales menant des activités sur le territoire de la République démocratique du Congo ». La Belgique a ainsi fourni, entre 2006 et 2008, près de 230 millions d’euros d’armement à l’armée régulière congolaise. Pourtant, le Groupe de recherches et d’Information sur la Paix et la Sécurité (Grip) constatait en 2009 que de nombreuses armes détenues par les civils et les groupes armés dans l’est du pays provenaient des arsenaux des Forces armées étatiques.

Printemps arabe et lutte contre le terrorisme ?

L’effet du Printemps arabe n’est pas à négliger. Alors que se déroulaient les révolutions en Tunisie, en Égypte et en Libye, l’Algérie négociait en effet avec l’Allemagne et la Russie pour s'équiper en blindés. Une façon de se prémunir contre une « menace intérieure » et de prévenir les retombées de la crise libyenne, la crise au Mali ne faisant qu’accentuer cette nécessité alors qu’Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) prend de plus en plus d'importance dans le Sahel.

Le voisin marocain n’est pas en reste. La coopération maritime entre le Maroc et l’Otan sur les rives de la Méditerranée a ainsi poussé le royaume à la dépense. La lutte mondiale contre le terrorisme lancée en 2002 par l’administration Bush justifie ainsi l’intérêt de l’organisation atlantique pour la région, identifiée comme une zone de transits et de trafics illégaux, ou pouvant servir de refuge aux réseaux terroristes. Au niveau de la Marine, Rabat a notamment signé des contrats avec les Pays-Bas en septembre 2009 pour 555 millions d’euros et portant sur trois frégates construites par l’entreprise Demen Schelde Naval Shipbuilding.

Surenchère

Cette boulimie algéro-marocaine dans le secteur des armes n’est pas nouvelle. Elle tient d’une course à l’armement sur fond de tensions au Sahara occidental depuis le retrait de l’Espagne de la zone et le soutien de l’Algérie à la République arabe sahraouie démocratique (RASD). Si le royaume est loin derrière son voisin en 2011, son budget militaire tutoie les 2,5 milliards d’euros, ce qui représente entre 3,5 et 4% de son produit intérieur brut (PIB), au même titre que l’Algérie (contre moins de 2% pour la France par exemple).

Le domaine de l'aviation notamment est à la pointe de cette évoluion. En 2006, Alger signait le contrat d'acquisition d'une soixantaine d'avions de combat, les fameux Su-30MKA, avec la Russie. Et, un an plus tard, c’était au tour de Rabat de commander 24 chasseurs F-16 à l’entreprise américaine Lockheed Martin, pour 1,67 milliard d’euros. Non sans avoir au passage décliné l’offre de la France pour les avions Rafale, Paris ayant tout de même, pour 350 millions d’euros, modernisé la flottille de Mirage F-1 du Royaume.

Une frénésie militaire qui fait chaque année les mêmes heureux : la Russie, qui fait toujours figure d’eldorado en termes de marché d’armes, et l’Allemagne côtoient la République tchèque, l’Italie et la France au rang de fournisseurs privilégiés de l’Algérie. L’industrie militaire française joue même sur tous les tableaux dans la course aux armements dans la région. Pour la seule année 2007, elle avait ainsi vendu à Alger quelque 36 millions d’euros d’armes légères tout en fournissant 25 millions du même type de matériel à Rabat. Sans même parler de ses tentatives pour vendre des Rafale à la Libye de Kaddafi...


Mathieu Olivier

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