À moins d’une semaine du second tour de la présidentielle française, Mouammar Kaddafi s’invite - à titre posthume - dans l'actualité politique. Après la publication par le site Mediapart d’un document qui attesterait d’un financement de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 par le régime libyen, le président sortant a démenti et déclaré vouloir porter plainte. Moussa Koussa, ancien chef des services secrets libyens, dont la signature figure sur le document en question, ainsi que Béchir Salah Béchir, ex-directeur de cabinet du colonel Kaddafi, en exil en France, ont également réfuté l’accusation.
Nicolas Sarkozy va porter plainte contre le site internet d’information Mediapart. Celui a publié un document samedi 28 avril qui apporterait la preuve d’un financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 par le régime libyen de Mouammar Kaddafi, à hauteur de 50 millions d’euros.
« Nous déposerons plainte contre Mediapart », a déclaré le président sortant dans l'émission Les quatre vérités sur France 2, lundi 30 avril, précisant que ce serait fait « avant la fin » de la campagne. « Ceux qui mentent, ceux qui font des faux, doivent être condamnés par la justice », a-t-il estimé. « On ne va pas assimiler la presse à des comportements comme ça. Mais il y a une partie de la presse, et une partie des médias, et notamment le site en question (...) qui sont prêts à bidonner des documents », a encore dénoncé le président sortant.
La note ne précise pas si ces 50 millions d’euros – alors que le plafond des dépenses de campagne était de 18,3 millions d'euros pour un candidat au second tour en 2007 - ont effectivement été versés. Elle aurait été rédigée à la suite d'une réunion tenue le 6 octobre 2006 en présence de Abdallah Senoussi, beau-frère de Mouammar Kaddafi, de Béchir Salah Béchir, ainsi que de Brice Hortefeux, alors ministre délégué aux collectivités locales et de Ziad Takieddine.
Sarkozy dénonce une "manipulation" de la gauche
Nicolas Sarkozy a aussitôt dénoncé, dimanche 29 avril, une manipulation, qualifiant Mediapart, dont la source dans cette affaire a déjà été mise en doute par Le Monde, d’ « officine » au service de la gauche. Une affirmation que son adversaire François Hollande a rapidement démentie : « J'ai besoin, moi, qu'il y ait des journaux qui sortent des affaires ? Vous pensez que c'est comme ça que je pense gagner l'élection présidentielle ? » s'est indigné l'ex-Premier secrétaire du Parti Socialiste.
« Chaque fois qu'il y a un scandale qui éclate, et notamment qui touche le pouvoir, ce n'est jamais bon pour la démocratie, et jamais bon pour les partis de gouvernement », a-t-il encore déploré en demandant à la justice française de faire la lumière sur cette affaire.
Dissidents de la dernière heure
Le président sortant s’est surtout appuyé sur le démenti de deux des présumés protagonistes du document publié par Mediapart. Moussa Koussa, l’ancien chef des services secrets libyens réfugié à Doha et présumé signataire du document en question a ainsi nié son implication. De même que Béchir Salah Béchir, ex-directeur de cabinet du colonel Kaddafi.
Moussa Koussa a fait défection en pleine guerre en Libye, au début du mois d’avril 2011, alors que les Occidentaux lui avait délivré « un bon de sortie » en lui assurant qu’il ne serait pas inculpé par la Cour pénale internationale (CPI) s'il quittait à temps Mouammar Kaddafi. C’est également lui qui avait géré le dossier des infirmières bulgares, en 2007, en lien avec Claude Guéant, alors secrétaire général de Nicolas Sarkozy à l'Élysée. Quant à Béchir Salah Béchir, réfugié en France, il dispose d'un titre de séjour provisoire et d'une protection policière, comme l'avait révélé Le Canard enchaîné le 4 avril, alors même qu'il est recherché par Interpol.

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