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26/04/2012 à 10:31
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Cheick Modibo Diarra, Premier ministre malien du gouvernement de transition. Cheick Modibo Diarra, Premier ministre malien du gouvernement de transition. © AFP

À peine rendue publique, la composition du gouvernement de Cheick Modibo Diarra créait la polémique. Revue de détail des nouveaux dirigeants du Mali.

Soumeylou Boubeye Maiga, ministre des Affaires étrangères sortant, débriefait-il Sadio Lamine Sow ce mardi 24 avril, au café de l’hôtel Salam de Bamako ? En tout cas, ce dernier devenait bien, 24 heures plus tard, le chef de la diplomatie malienne, avec rang de ministre d’État, soit le numéro deux du gouvernement. Tout près d’eux, Hamadoun Touré, le porte-parole de l’Onuci (l’opération des Nations unies en Côte d’Ivoire) qui était sur le point de devenir ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, riait à gorge déployée avec Ousmane Thiam, un ancien ministre d’Amadou Toumani Touré (ATT).

Tout Bamako avait alors oublié le Nord et n’attendait que la liste du gouvernement de Cheick Modibo Diarra, qui devait être rendue publique à l’heure du journal télévisé, vers 20 heures, le 24 avril. Et pour cause, le président intérimaire, Dioncounda Traoré, s’envolait mercredi pour le sommet de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), à Abidjan, et devait s’y montrer avec un gouvernement.

Au journal télévisé, pourtant, pas de gouvernement. Les téléphones portables des gens qui devaient forcément être au courant des tractations demeuraient injoignables… Les rumeurs enflent. Une crise aurait éclaté entre le Premier ministre et le président intérimaire qui aurait refusé de signer le décret au motif que des partis politiques n’ont pas été consultés. À moins que ce ne soit un clash entre le capitaine Amadou Haya Sanogo, le chef de la junte qui a destitué ATT, et Cheik Modibo Diarra sur la taille du gouvernement que le Premier ministre souhaite réduite.

« Vers 23 heures, ce 24 avril, tous ceux qui devaient être nommés le savaient déjà », confie une source proche de la primature. Mais Bamako devra attendre mercredi matin, à l’heure où débute traditionnellement le Conseil des ministres, pour voir enfin la fumée blanche et passer aux commentaires.  Avant 9 heures, Dioncounda Traoré avait signé le décret et, à 15 kilomètres plus au Nord, à Kati, le capitaine Sanogo était déjà en train de penser au remplaçant de son directeur de cabinet, qui devait être nommé parmi les 24 ministres.

Gouvernement de technocrates ?

Deux constats s’imposent à la lecture de la liste du gouvernement : de tous les hommes qui ont servis dans les gouvernements sous Alpha Oumar Konaré ou ATT, aucun n’a été retenu. Pas plus que les caciques des partis politiques. Même les membres du M22, mouvement crée par Oumar Mariko pour soutenir la junte, n’y figurent pas. On remarque trois femmes, deux ressortissants du Nord-Mali (mais aucun touareg) et trois officiers supérieurs.

Amadou Haya Sanogo garde la haute main sur l’appareil militaro-sécuritaire avec son directeur de cabinet, le Saint-Cyrien Mamadou Sinko Coulibaly, à l’Administration territoriale (il va gérer les élections), le Colonel Yamoussa Camara à la Défense (l’officier  a bonne presse) et le général Tiefing Konaté (respecté des troupes) à la Sécurité intérieure.

Quatre Maliens de la diaspora  font leur entrée, dont Hamadoun Touré, porte-parole du gouvernement, après l’avoir été plus d’une dizaine d’années au sein de l’Onu. La grande idole de l’équipe est cependant Malick Coulibaly, juge qui démissionna de son poste en 2008, en refusant d’appliquer les instructions de sa hiérarchie.

Les politiques ruminent leur vengeance

Il y a aussi des têtes bien faites dont les plus emblématiques sont Harouna Kanté, ministre de l’Enseignement supérieur, diplômé de l’Ecole des Mines de Paris et ancien vérificateur qui audita le secteur de l’Education. Ou encore  le linguiste Adama Ouane, haut-fonctionnaire à l’Unesco, qui prend les Langues nationales  et l’Alphabétisation. Des professionnels reconnus font leur entrée : Fadima Touré, haut cadre de l’entreprise québécoise très active en Afrique,  SNC Lavallin, et Soumana Makadji, expert comptable réputé. Aux Finances, un ancien fait son retour : Tienan Coulibaly, qui détenait déjà le porte-feuille sous Moussa Traoré jusqu’en 1991.

Certains militent-ils dans des partis politiques ? La polémique enfle déjà. Sans doute, relèvent les observateurs perspicaces : au moins deux ministres militent à l’Adema et un autre au RPM. La primature dédramatise : «  c’est leur droit constitutionnel, mais personne n’a été approché en tant que militant. »  Et même si l’on relève la présence d’un ancien ministre de Moussa Traoré (l’ancien chef de l’État est le beau-père du Premier ministre) ou qu’on attend encore la probable nomination de Django Cissoko, dignitaire des ères Moussa Traoré et ATT, comme directeur de cabinet de la primature, Cheikh Modibo Diarra assure que seule la compétence lui importe.

Le savant prépare maintenant son premier Conseil de ministres et ne prête aucune oreille aux critiques. Mais la classe politique, qui sent exclue du « gouvernement d’union nationale », est déjà en train de s’organiser pour faire entendre sa colère. Elle attaquera sur trois fronts : celui de la « propreté »  pour les ministres qui lui paraissent récusables, celui du dosage politique (l’absence de touaregs lui semble dommageable dans le contexte actuel) et enfin celui de la légitimité, qui visera essentiellement le nouveau ministre des Affaires étrangères qui fut pendant plusieurs décennies le conseiller personnel de Blaise Compaoré.

Oumar Mariko est le premier à avoir dégainé. Hier, vers 17 heures, il récusait le gouvernement et la junte, avant d’appeler à la mobilisation générale contre Cheik Modibo Diarra.

___

Adam Thiam, à Bamako
 

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