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25/04/2012 à 12:47
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Ziad Takieddine, le 24 avril 2012 avant son audition par les juges. Ziad Takieddine, le 24 avril 2012 avant son audition par les juges. © AFP

(Archives) Au cœur du volet financier de l'affaire Karachi, l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine, fait à nouveau parler de lui. Selon le journal Le Parisien, daté du 2 janvier, il aurait assuré devant un magistrat détenir des preuves du financement par la Libye de la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy. Des révélations qu'il livrait déjà en avril 2012 au cours d'un entretien accordé à Jeune Afrique. 

Entretien publié le 25 avril 2012

Le mardi 24 avril 2012, Ziad Takieddine a été mis une troisième fois en examen, toujours dans le même dossier, pour "blanchiment et recel d'abus de biens sociaux aggravés". L'enquête qui le vise porte sur un possible détournement de commissions légales liées à des contrats d'armement avec le Pakistan et l'Arabie Saoudite, au profit de la campagne présidentielle d'Édouard Balladur en 1995. L'homme de 61 ans, qui dénonce un "acharnement ridicule", riposte et n'hésite pas à mettre en cause le chef de l'État, Nicolas Sarkozy.

Il ne faut pas chauffer Ziad Takieddine. Ce Libanais druze âgé de 61 ans, vivant en France depuis 1979, se définit comme un « homme de l'ombre » (1). Mais depuis sa mise en examen, en 2001, pour abus de biens sociaux dans le volet financier de l'affaire Karachi – enquête portant sur un éventuel détournement de commissions légales, à hauteur de 284 millions d'euros, convenues en marge de contrats de vente de sous-marins au Pakistan et de frégates à l'Arabie saoudite dans les années 1990 - il est en pleine lumière. Via ces deux contrats d'armement, la justice française soupçonne cet intermédiaire de haut-vol d'avoir participé à la mise en place d'un système de financement illégal de la campagne présidentielle d'Édouard Balladur en 1995. Outre qu'il réfute toutes ces accusations, Takieddine attaque, et met en cause Nicolas Sarkozy. Sur deux sujets qui sentent le souffre et l'argent : la Libye avec un éventuel financement de sa campagne en 2007 et le Qatar.

Jeune Afrique : Vous êtes mis en examen dans le dossier Karachi et vous avez été entendu une nouvelle fois, le 24 avril, par les juges Van Ruymbeke et Le Loire qui soupçonnent un financement illicite de la campagne présidentielle d'Édouard Balladur, en 1995. Vous niez être intervenu sur ce contrat Agosta et cette vente de sous-marins au Pakistan, mais la justice vient de découvrir un retrait de 10 millions de francs effectué en Suisse, en avril 1995, sur un compte utilisé par l'un de vos proches, Abdul Rahman el-Assir. C'est justement cette somme en liquide qui apparaît sur les comptes de campagne de Balladur. La coïncidence est troublante...

Ziad Takkiedine : Si on ne tombe pas dans l'amalgame, il n'y a pas de coïncidence troublante. Il y a eu effectivement un retrait de 10 millions de francs. Mais il n'y a pas de réseau Takieddine / el-Assir et ce dernier, Abdul Rahman el-Assir n'est pas mon associé. Je n'ai pas effectué ce retrait en cash dont on ne connaît d'ailleurs pas la date précise, ce n'est pas ma banque, et le compte n'est pas le mien...Je n'ai rien à voir avec ce contrat Agosta.

Plusieurs témoins affirment que vous avez été imposé comme intermédiaire dans ce contrat entre la France et le Pakistan. C'est notamment le cas de Renaud Donnedieu de Vabres, le conseiller de François Léotard, ministre de la Défense en 1994 lorsque le contrat a été signé...

J'ai lu l'audition de Renaud Donnedieu de Vabres et les résumés dans la presse. Cela n'a rien à voir.

Et les écoutes téléphoniques demandées par Charles Millon, le successeur de Léotard en 1995 ?

Que M. Millon nous donne une seule copie de ces enregistrements.

(...) cet argent détourné a transité via trois plateformes bancaires, les trois filiales du Crédit Agricole aux Bahamas, à Genève et au Qatar

Votre ex-femme et Thierry Gaubert, un proche de Nicolas Sarkozy, vous accusent d'avoir transporté depuis la Suisse des valises d'argent à destination de Nicolas Bazire, le directeur de cabinet d'Édouard Balladur en 1995...

Ce sont des affabulations. Je ne m'appelle pas Robert Bourgi qui a porté les valises de la Françafrique. Qu'ils apportent une seule preuve de ce qu'ils disent : quelle banque, quelle date, la couleur de la valise, à qui je l'ai remise...?

Vous accusez le secrétaire général de l'Élysée, Dominique de Villepin, d'avoir mis en place un système de rétro-commissions dans le cadre de la vente de frégates à l'Arabie Saoudite. Avez-vous des preuves ? 

S'il l'a fait, il n'a qu'à se défendre. S'il ne l'a pas fait, il sera acquitté. Ce que je sais, c'est que les deux sociétés (Esta et Rabor, NDLR) appartenaient au groupe saoudien, Al Bughshan, un client du cabinet Villepin. Peut-être, y'a-t-il un lien ? J'ajoute que cet argent détourné a transité via trois plateformes bancaires, les trois filiales du Crédit Agricole aux Bahamas, à Genève et au Qatar.

Sont-ce ces éléments qui vous permettent de dire que "vous pouvez tous les faire tomber", en  visant nommément Nicolas Sarkozy ? 

Oui et surtout Nicolas Sarkozy. D'ailleurs, il est en train de tomber, lui et son système.

Autre pays dans lequel vous êtes intervenu, la Libye, en facilitant le rapprochement entre Paris et Tripoli à partir de 2004. Sur quoi portaient les premiers échanges ?

J'ai en effet facilité les démarches françaises auprès de Tripoli sur quatre dossiers : l'immigration, la lutte contre le terrorisme, un rapprochement entre les pays de la Méditerranée sur ces sujets, et enfin la question du Tchad...

Vous avez organisé le premier voyage en 2004 de Claude Guéant, à l'époque secrétaire général du ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy. Pourquoi avoir préconisé que ce voyage soit "secret" et que Guéant soit "seul" pour discuter d'un"autre sujet important" ?

Je ne savais pas ce que la France voulait vraiment faire. Il n'était donc pas opportun de médiatiser cette visite sans s'assurer qu'une nouvelle page puisse se tourner. Quant au sujet important, c'était l'échange d'informations dans la lutte contre le terrorisme. J'avais compris que Tripoli était prêt à livrer des informations, mais ne voulait pas que ces informations se retrouvent sur la place publique puisque cela concernait certains de ses ressortissants.

Êtes-vous intervenu sur le dossier du nucléaire puisque l'ancienne patronne d'Areva, Anne Lauvergeon, affirme que l'Élysée a voulu vendre une centrale à la Libye, et ce jusqu'en 2010 ?

Jamais. Je savais seulement que Tripoli souhaitait se doter d'une centrale nucléaire civile pour ses besoins en énergie. Mais je n'ai jamais rencontré Mme Lauvergeon, et je ne connais personne chez Areva.

Seif el-Islam m'a parlé de ce versement d'argent en m'affirmant que c'est lui même qui l'avait effectué. J'étais étonné de ne pas être au courant

Selon le témoignage de votre ancien médecin, Didier Grosskopf, recueilli par un détective privé, Jean-Charles Brizard, la Libye aurait versé 50 millions d'euros à Nicolas Sarkozy pour sa campagne présidentielle de 2007, par votre intermédiaire. Que répondez-vous ?

Combien de fois Brizard est allé en Libye ? Zéro. Combien de fois Grosskopf y est allé ? Une fois, avec moi. Cela a duré deux heures pour une consultation médicale de l'un des fils de Kadhafi. J'ajoute que depuis Brizard s'est rétracté et que le médecin a oublié de dire qu'il était l'amant de mon ex-épouse.

Il n'empêche, Seif el Islam, que vous avez rencontré en mars 2011, soutient que la Libye a financé la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. En avez-vous parlé avec lui ?

Oui, nous avons passé deux heures ensemble à son domicile. Il m'a parlé de ce versement d'argent en m'affirmant que c'est lui même qui l'avait effectué. J'étais étonné de ne pas être au courant. Il m'a répondu que certaines affaires étaient réservées.

Vous laissez entendre qu'il y avait donc un autre réseau franco-libyen ?

Oui. J'étais seulement l'affichage grâce à mes relations avec Mouammar Kadhafi et, à l'époque, avec Claude Guéant. Mais il y avait en effet un autre réseau composé vraisemblablement en Libye de Moussa Koussa et de Béchir Salah Béchir. J'ai découvert ensuite que leurs interlocuteurs en France étaient Bernard Squarcini, le patron de la DRCI, Alexandre Djouhri (homme de l'ombre présenté comme un proche de Villepin, Guéant et Proglio, NDLR,  ) et Claude Guéant.

Pensez-vous que cette "affaire de financement" puisse sortir avant le second tour de la présidentielle, le 6 mai ?

Oui, mais il y aura encore une autre affaire. Elle va s'appeler « l'affaire du Qatar ». A coté, l'affaire Bettencourt, vous verrez...

___

Propos recueillis par Christophe Boisbouvier, Philippe Perdrix et Fawzia Zouari

(1) L'ami encombrant, Ziad Takieddine, Editions du moment.

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