Extension Factory Builder
20/04/2012 à 16:33
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Les barons du PDS soupçonnent Wade de vouloir transmettre les rênes du parti à son fils Karim. Les barons du PDS soupçonnent Wade de vouloir transmettre les rênes du parti à son fils Karim. © AFP

Moins d’un mois après la défaite des libéraux à l’élection présidentielle, de hauts responsables du Parti démocratique sénégalais (PDS) défient leur secrétaire général, Abdoulaye Wade. La lutte pour la succession de "Gorgui" (le vieux en Wolof) est désormais ouverte. Une situation qui risque de conduire à l’émiettement du parti.

Le maintien d’Abdoulaye Wade, 86 ans, à la tête du Parti démocratique Sénégalais (PDS) lors du Congrès extraordinaire du 31 mars dernier n’y a rien changé. La guerre pour le contrôle du parti libéral a bien éclaté, moins d’un mois après la défaite des libéraux à la présidentielle. Le président du Sénat, Pape Diop, celui de l’Assemblée nationale Mamadou Seck, et celui du Conseil économique et social, Ousmane Masseck Ndiaye (qui est aussi un ami d'enfance de Macky Sall), ainsi que d’anciens ministres et des députés se « rebellent » et défient désormais ouvertement Wade.

Sans pour autant quitter le parti, ils ont décidé d’aller ensemble aux élections législatives sous la bannière d’une nouvelle coalition dénommée : « Bokk Guis Guis » (avoir la même vision en wolof), officiellement lancée mercredi 18 avril. « Nous avons décidé de joindre nos forces pour mener le combat à l’intérieur du PDS. Et on peut considérer notre démarche comme si c'était des primaires. Le parti [Wade et ses soutiens, NDLR] n’a qu’à faire sa liste comme nous. Et au sortir des élections législatives, on verra qui représente quoi », a  déclaré Pape Diop mardi dernier.

Manque de démocratie interne

À l’origine de cette révolte, le manque de démocratie au sein du PDS, explique Thierno Lô, un ancien ministre. « On a pas la possibilité de discuter dans le parti, les décisions sont prises sans concertation. Nous voulons désormais instaurer un débat d’idée pour pérenniser l’action du président Wade. Car il n’y a pas de raison qu’après lui, ce soit le déluge ».

Mais ce qui n’était à la base qu’un désir de liberté s’est vite transformé en guerre pour le contrôle du parti. Car Pape Diop et ses camarades dénoncent surtout l’éloignement de responsables « reconnus du parti » lors du processus de confection des listes pour les prochaines législatives. « Une mise à l’écart, précise Thierno Lô, qui s’est faite au profit des jeunes de la Génération du concret, le mouvement de soutien à Karim Wade ».

Ce dernier se fait discret depuis la défaite à la présidentielle. Mais Wade a beau déclarer que ni lui ni Karim ne figureront sur les listes des législatives, le soupçon de dévolution dynastique est toujours prégnant. D’après l’analyste politique Yoro Dia, « la fronde couve depuis que Wade, au pouvoir, a voulu parachuter son fils Karim à la tête du PDS. Après qu’il a déclaré qu’il restait secrétaire général du parti malgré la défaite, on savait qu’il voulait préparer le terrain pour son fils. Car dans une situation normale, un président qui perd l'élection cède la place à d’autres responsables légitimes de son parti ».

Vers l'éclatement ?

Pour la première fois, Abdoulaye Wade se heurte donc à l'opposition frontale de ses anciens barons. Une situation qui, selon le sociologue et observateur politique Djibi Diakhaté, devrait conduire à un émiettement du PDS. « Au moins quatre à cinq pôles se constitueront autour de forte personnalité comme Pape Diop, président du Sénat, Souleymane Ndéné Ndiaye, ancien Premier ministre, Abdoulaye Baldé, qui a déjà annoncé la création d’un parti, etc. », analyse-t-il. Quant à Abdoulaye Wade, « il va garder un morceau de l’appareil, qui va se rétrécir de jour en jour. » Et, pronostique Diakhaté, « son projet de laisser le PDS à son fils sera encore un échec ».

________

Par Nicolas Ly, à Dakar

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Sénégal

Sénégal : Karim Wade bientôt jugé pour 'enrichissement illicite'

Sénégal : Karim Wade bientôt jugé pour "enrichissement illicite"

Karim Wade, le fils de l'ex-président sénégalais Abdoulaye Wade dont il fut conseiller et ministre, restera en prison où il croupit depuis un an en attendant son procès, prévu en juin, pou[...]

Affaire Karim Wade - Cheikh Diallo : "J'ai dit la vérité, rien que la vérité"

Ex-conseiller du président Abdoualye Wade, Cheikh Diallo a connu la descente aux enfers. Soupçonné par la justice d'être un complice de Karim Wade dans l'acquisition illicite de divers biens, il aura[...]

Carte interactive : voyagez en Afrique sans visa !

En vertu d'accords bilatéraux ou dans le cadre d'organisations sous-régionales, plusieurs pays africains ont supprimé l'obligation de visa d'entrée sur leurs territoires. Grâce à une carte[...]

Mali : IBK au Sénégal, les raisons d'une visite

Le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, a fait une visite d'État au Sénégal, du 13 au 16 avril. Retour sur les raisons de cette visite.[...]

Sénégal : en attendant son procès, Karim Wade, en détention depuis un an, reste en prison

En attendant son procès, Karim Wade va rester en détention provisoire. En prison depuis un an jour pour jour, le fils de l'ancien président sénégalais, Abdoulaye Wade, sera jugé dans[...]

RDC : Abdou Diouf décoré du "Grand Cordon Kabila-Lumumba"

Arrivé à la fin de son mandat à la tête de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), Abdou Diouf a été décoré lundi soir à Kinshasa du plus haut grade de[...]

Amadou Alpha Sall : "Aucun pays n'est suffisamment éloigné pour être protégé d'Ebola"

Le virus Ebola continue de se propager en Afrique de l'Ouest. Parti de Guinée, il a notamment atteint le Liberia et des cas sont suspectés en Sierra Leone et au Mali. Interview du docteur Amadou Alpha Sall, directeur[...]

Sénégal : la déclaration choc de Karim Wade face à la Crei

En détention depuis près d'un an, Karim Wade, ex-ministre et fils de l'ancien président sénégalais Abdoulaye Wade, passe à l'offensive. Dans une déclaration, mercredi, il a[...]

Claude Mademba Sy, doyen des tirailleurs sénégalais, est mort

Claude Mademba Sy, ancien officier supérieur de l'armée française, est décédé mardi à l'âge de 90 ans. Il était la dernière grande figure des tirailleurs [...]

Cinéma : "Mille soleils" de Mati Diop, une affaire de famille

Dans un moyen-métrage audacieux, Mati Diop prolonge l'un des films les plus marquants du cinéma africain, Touki Bouki, signé par son oncle Djibril Diop Mambety.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers