Extension Factory Builder
20/04/2012 à 14:39
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Des habitants de Gao s'emparant de sacs de nourriture dans la rue, début avril. Des habitants de Gao s'emparant de sacs de nourriture dans la rue, début avril. © AFP

Tombées entre les mains des rebelles et des islamistes du groupe Ansar Eddine depuis la fin du mois de mars, les grandes villes du Nord-Mali sont dans un état humanitaire critique. À Gao, où le plus grand nombre de pillages ont été commis, les pénuries d’eau, de nourriture et d’électricité font partie du quotidien tandis que les islamistes refusent l’aide internationale. Prises au piège, les populations se sentent abandonnées par Bamako où, pourtant, la solidarité citoyenne s’organise.

Tombée entre les mains des rebelles du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et des islamistes du groupe Ansar Eddine le 31 mars, la ville de Gao a été saccagée. Les magasins de céréales ont été pillés, l’hôpital vandalisé. L’eau et la nourriture commencent à manquer. Trois semaines après l’arrivée des rebelles, les populations qui n’ont pas fui sont encore en état de choc.

« Nous sommes dans une situation de non-assistance à personnes en danger, lance Ahmed Ould Salem, un habitant de Gao. On se sent abandonnés et seuls. Les politiques doivent oublier leurs intérêts personnels et voir ceux du peuple », explique-t-il.

Sa réflexion s’applique aussi bien aux responsables de Bamako qu’aux islamistes qui contrôlent la ville et bloquent toute aide humanitaire provenant des ONG occidentales. « Il est urgent que nous puissions avoir de nouveau accès à toutes les victimes, en particulier aux blessés et aux malades, ainsi qu'aux personnes détenues », plaide Juerg Eglin, chef de la délégation régionale du CICR pour le Mali et le Niger.

Manque d'eau et de nourriture

Dans la région, les populations déplacées seraient au nombre de 107 000 selon l'ONU. Et elles manquent de tout. Même à Gao, les stocks d’huile sont épuisés, le lait en poudre est sur le point de l’être. Les prix du riz (base de l’alimentation) et celui des autres céréales ont grimpé en flèche. L’essence est passée de 600 à plus de 800 F CFA. « Les services d’urgence et de pédiatrie à l’hôpital ont rouvert, mais il n’y a pas de médicaments et les opérations sont difficiles à réaliser à cause des coupures quotidiennes d’électricité », témoigne Hamadada Touré, un jeune de Gao.

Face à la crise humanitaire, des jeunes originaires du Nord-Mali ont initié à Bamako une caravane humanitaire pour ouvrir un corridor vers les villes du Nord. « Nous ne comprenons pas que la communauté internationale ne soit pas intervenue dans cette crise », déplore Salif Diarra, membre de Cri du cœur, un collectif de jeunes qui acheminent des produits collectés à Bamako vers les villes du Nord.

"Cri du cœur"

De fait, dans la capitale malienne, la solidarité s’organise progressivement. « Il faut que tout le monde se mette ensemble pour coordonner les associations qui viennent en aide aux populations du Nord », explique Mme Keita Aminata Maïga, l’épouse de l’ancien Premier ministre Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), qui dirige l’ONG Agir. Pour le chanteur ivoirien Tiken Jah Fakoly, Malien d’adoption, il est important que « les Africains s’entraident entre eux d’abord, avant même l’arrivée des ONG internationales. »

Celles-ci, qui ne peuvent pas encore se rendre sur le terrain, ne restent cependant pas inactives. « Pour appuyer les jeunes de Cri du Cœur, le Programme alimentaire mondial (PAM) a fait venir une tonne de Plump’Sup, un produit nutritionnel pour les enfants souffrant de malnutrition modérée », dit un employé de l’organisation à Bamako. « La sécurité des travailleurs des ONG n’est pas garanties sur le terrain, donc on ne peut pas vérifier que toute l’aide humanitaire arrive à bon port », regrette cependant Laurent Dufour, chargé de communication du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha), à Bamako.

________

Par Baba Ahmed, à Bamako
 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Mali

La course pour la direction du bureau Afrique de l'OMS est lancée...

La course pour la direction du bureau Afrique de l'OMS est lancée...

Qui, début novembre, succédera à l'Angolais Luís Gomes Sambo à la tête du bureau Afrique de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ?[...]

Mali : ouverture du troisième round de négociations à Alger

Les pourparlers de paix entre le gouvernement malien et les groupes armés ont repris mardi à Alger. Le ministre malien des Affaires étrangères a appelé les différents mouvements à[...]

Mali : réouverture des négociations de paix à Alger

La reprise des pourparlers de paix entre le gouvernement malien et les groupes armés, samedi, à Alger s'inscrit dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu dans le nord du pays.[...]

Mali : à Alger, la médiation face à deux plans de sortie de crise

Alors que la reprise des pourparlers de paix entre le gouvernement malien et les groupes armés a été reportée au 22 octobre à Alger, "Jeune Afrique" a pu se procurer en[...]

Mali : au moins 7 morts dans des combats entre le MNLA et le Gatia près de Gao

Au moins sept personnes ont été tuées lors d'affrontements jeudi après-midi, près de Gao, principale ville du nord du Mali, entre et le MNLA et le Gatia, deux groupes armés touaregs de[...]

Mali : discussions à Alger, combats vers Gao

Le MNLA et le Gatia, une milice progouvernementale, s’affrontent dans la région de Gao depuis jeudi matin. Des combats qui interviennent alors que devaient reprendre à Alger, la veille, des négociations[...]

Mali : Sultan Ould Bady et le Mujao, un jihadiste en rupture de ban

Le jihadiste Sultan Ould Bady serait en conflit avec le Mujao, au nom duquel il a pourtant récemment revendiqué plusieurs attaques contre les Casques bleus au nord du Mali.[...]

Mali : les contrats d'armement surfacturés, une bombe à retardement pour IBK

L'affaire des contrats d'armement surfacturés continue de faire des victimes... jusque dans le cercle rapproché du chef de l'État. Son conseiller spécial, Sidi Mohamed Kagnassi, a dû[...]

Mali - Seydou Keita : "Pourquoi ne pas terminer à l'AS Roma ?"

À 34 ans, Seydou Keita, le milieu de terrain malien, continue d’évoluer au plus haut niveau. Interview.[...]

Mali : quand Moussa Mara rencontre un rebelle

Moussa Mara, le Premier ministre malien, a rencontré discrètement Moussa Ag Acharatoumane, un représentant du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), le 7 octobre à[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers