Depuis son lieu de résidence surveillée en Grande-Bretagne, le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, a interviewé Hassan Nasrallah, leader du Hezbollah, pour la télévision publique russe. Morceaux choisis.
C’est ce qu’on appelle un joli coup. Pour le premier épisode de l’émission The World Tomorrow, diffusé mardi 17 avril sur la chaîne russe publique Russia Today, Julian Assange fondateur de WikiLeaks et présentateur surprise, a choisi de donner la parole à Sayed Hassan Nasrallah, leader du Hezbollah libanais.
Présenté comme « l’une des personnalités les plus extraordinaires du Moyen Orient », le leader du Hezbollah répondait d’un lieu tenu secret. Quant à Julian Assange, il menait la discussion depuis le sud de l’Angleterre, où il est en résidence surveillée depuis décembre 2010. Son extradition vers la Suède où il est mis en examen pour agression sexuelle est toujours en attente.
En prélude à l’interview, qui durera une trentaine de minutes, Assange confie qu’il veut savoir « pourquoi des millions de gens dans le monde appellent Nasrallah "le combattant de la liberté" tandis que des millions d’autres l’appellent "terroriste" ».
L'interview intégrale de Hassan Nasrallah par Julian Assange sur Russia Today :
"Ami et non allié de Assad"
La discussion porte notamment sur le dossier syrien et sur la position du Hezbollah, allié de la Syrie, dans la crise. Nasrallah en profite pour nuancer ses liens avec Assad, soulignant que son mouvement était « un ami et non un allié du régime » du leader syrien, et rappelant que ce dernier « avait soutenu la résistance au Liban et en Palestine » et que ce soutien serait réciproque.
Répondant à Assange qui pointait du doigt une situation quelque peu paradoxale - le Hezbollah avait jusque là soutenu les révolutions du Printemps arabe -, le dirigeant chiite, dont le parti est entré au parlement libanais en 2005, a lancé un « appel au dialogue » aux deux parties syriennes. Prenant la défense de Bachar al-Assad, « désireux d’un changement important et profond » et prêt au dialogue, selon lui, il a agité le spectre « d’une guerre civile » au regard des affrontements ethniques et religieux qui pourraient apparaître en cas d’effondrement du régime de Bachar al-Assad. Un chaos que souhaitent « les États-Unis et Israël », affirme-t-il.
Nasrallah médiateur ?
Les opposants syriens, « armés par des pays étrangers » seraient quant à eux hermétiques aux négociations et à toute réforme, poursuit Nasrallah. « Tout ce qu’ils veulent, c’est faire tomber le régime. C’est un problème ». Et le leader du Hezbollah de se poser en médiateur…
Nasrallah reproche notamment aux pays arabes, qui ont relégué Assad au banc des nations, d’être plus prompts à négocier avec Israël qu’entre eux-mêmes et de ne pas donner le temps au président syrien de trouver une solution au conflit. Selon des ONG, la répression en Syrie aurait tout de même déjà fait quelque 10 000 morts.
L’interview d’Assange est la première d’une série de douze, qui concerneront des « hommes politiques, révolutionnaires, intellectuels, artistes et visionnaires ». La chaîne Russia Today qui les diffuse est internationale et trilingue (anglais, arabe et espagnol), et surtout directement financée par le Kremlin. Une collaboration qui vaudra sûrement à Assange des critiques. Mais celui-ci s’est déjà justifié dans une interview accordée au site internet de la chaîne. Il y déclare qu’il voulait travailler avec un média à forte pénétration, mais qui ne soit pas « mainstreem ». Et affirme avoir préféré Russia Today à Al Jazira en raison de la trop faible présence de cette dernière aux États-Unis.

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