Extension Factory Builder
13/04/2012 à 12:20
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Un membre du SPLA le 6 avril 2012. Un membre du SPLA le 6 avril 2012. © AFP

Depuis deux semaines, la tension monte crescendo entre les deux Soudans qui se disputent la zone frontalière d'Heglig, où se concentrent d'importantes réserves de brut. Le 10 avril, une offensive des forces sud-soudanaises leur a permis d'en prendre le contrôle et d'en chasser les soldats de Khartoum. Le 12 avril, Omar el-Béchir répond en ordonnant le bombardement de Bentiu, la capitale de l'État sudiste de Unity. La solution négociée semble plus que jamais compromise.  

« Je suis content. Les soldats de mon pays font bien leur boulot. S’ils ne le faisaient pas bien, je ne serais pas content. » Ismaïl est un ancien combattant de la SPLA, aujourd’hui employé par le ministère de l’Information de la toute jeune République du Soudan du Sud, qui fêtera le 9 juillet sa première année d’existence comme État indépendant. Et à l’instar de nombreux habitants de Djouba, la capitale, il suit de près les affrontements frontaliers qui opposent son pays au Soudan d’Omar el-Béchir.

Dans les rues de la ville, chacun vaque à ses occupations comme à l’accoutumée, mais il suffit de s’attarder dans un café ou face à un écran de télévision diffusant Al-Jazira pour savoir que la guerre est dans tous les esprits. Les mots que l’on entend le plus souvent ? « Le Soudan est le premier à avoir attaqué. Nous, nous voulons la paix. » L’éditorialiste du journal The Citizen va encore plus loin, titrant : « Les habitants du Nord mentent toujours dans leur approche des problèmes. »

Et des problèmes, il y en a. Refusant de payer les taxes astronomiques exigées par Khartoum pour acheminer le pétrole sud-soudanais jusqu’à la mer, le Soudan du Sud a décidé, en janvier, de fermer le robinet – se privant par la même occasion de sa manne pétrolière. De son côté, le Soudan avait fixé au 9 avril 2012 dernier délai la possibilité pour les Sud-Soudanais de rejoindre leur pays – sans pour autant leur permettre de récupérer le fruit d’années de travail au Nord. Peu avant l’expiration de l’ultimatum, le ministère des transports et plusieurs compagnies aériennes ont reçu une lettre indiquant qu’elles n’avaient plus l’autorisation d’assurer les liaisons entre Khartoum et Djouba.

Oeil pour oeil...

C’est dans cette ambiance électrique que les premiers affrontements frontaliers entre les deux ennemis ont éclaté, dans une région extrêmement riche en pétrole. Des mois de tensions dans la région d’Abyei et un bombardement attribué au Nord a engendré une soudaine éruption de violence. Accusant Khartoum de masser des troupes près de sa frontière, l’armée du Soudan du Sud est entrée de quelque 80 kilomètres en territoire soudanais pour prendre le contrôle du champ pétrolier d’Heglig, qui fournit 55 % de la production pétrolière du Nord. La réponse ne s’est pas fait attendre : Omar el-Béchir a donné l’ordre de bombarder la ville de Bentiu, capitale de l’État d’Unity, en territoire sud-soudanais.

Unanimement condamnée, notamment par les Nations unies et l’Union africaine, l’incursion du Soudan du Sud à Heglig a provoqué la mobilisation du Nord. À Djouba, la mobilisation n’est pas officiellement à l’ordre du jour. L’on s’y défend de vouloir la guerre et chacun affirme croire en une solution négociée. Il n’empêche : au secrétaire général des Nations unies qui lui  demandait de retirer ses troupes d’Heglig, le président Salva Kiir aurait rétorqué : « Je ne suis pas à vos ordres. » Voilà qui promet…

Nicolas Michel, à Djouba

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Soudan

'Princess of North Sudan' : Disney accusé de glorifier le colonialisme

"Princess of North Sudan" : Disney accusé de glorifier le colonialisme

Le prochain Disney, encore dans les cartons, s'appuie sur l'histoire vraie d'un Américain venu planter l'étendard familial dans le nord du Soudan pour faire de sa fille une "princesse"... Au mépris[...]

Soudan du Sud : 300 000 personnes sans assistance, l'ONU suspend ses opérations

En raison des combats qui frappent le nord du Soudan du Sud, les Nations unies et MSF ont annoncé leur retrait.[...]

Soudan : Omar el-Béchir réélu président avec 94,5% des voix

Selon la commission électorale, le président Omar el-Béchir a été réélu, sans surprise, avec un score stalinien de 94,5% des voix. Le chef de l'État soudanais est au pouvoir[...]

Militaro-islamisme

Les semaines se suivent et ne se ressemblent pas ! La semaine dernière, nous nous sommes félicités de cette belle "alternance à la nigériane" : début avril, le plus grand[...]

Classement "Time" 2015 : qui sont les Africains les plus influents du monde ?

L'hebdomadaire américain "Time" a publié mercredi sa liste annuelle des 100 personnalités les plus influentes du monde. Dans le lot, quelques Africains : Muhammadu Buhari, président[...]

Présidentielle au Soudan : deux candidats indépendants se retirent

Dénonçant des irrégularités dans le processus électoral en cours dans le pays, deux candidats indépendants se sont retirés mercredi de l'élection présidentielle au[...]

Le français BRL Ingénierie va mesurer l'impact du barrage de la Renaissance sur les eaux du Nil

Le cabinet d'études français BRL Ingénierie a été choisi pour mesurer l'impact de la construction du barrage Grande Renaissance sur les ressources en eau du Nil, a appris "Jeune[...]

Présidentielle au Soudan : pourquoi Omar el-Béchir va être réélu

Les élections générales soudanaises, présidentielle et législatives, se déroulent les 13, 14 et 15 avril. Quelque 13 millions d'électeurs, pour une population estimée[...]

Des rebelles s'emparent de matériel électoral au Soudan

Des rebelles de la région du Kordofan-Sud au Soudan ont affirmé dimanche s'être emparé d'un camion transportant des urnes destinées aux élections générales prévues la[...]

Répartition des eaux du Nil : on ne fait plus de vagues

Fini la discorde entre l'Éthiopie, l'Égypte et le Soudan. Ce lundi 23 mars, les trois pays ont signé un accord de principe pour la construction du barrage éthiopien Grande renaissance.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers