Le ministre iranien des Technologies de l'information et de la communication a annoncé que le régime - qui a étrangement démenti depuis -, allait couper internet pour le remplacer, en août, par un gigantesque réseau national, isolé de l’extérieur et strictement contrôlé par la censure. Une immense cloche de verre pour protéger la dictature du Printemps arabe...
Entre le Printemps arabe et l’hiver numérique, Téhéran a fait son choix. Reza Taghipour, ministre iranien des Technologies de l’information et de la communication, a annoncé jeudi 5 avril un vaste chantier : la fermeture d’Internet, accusé de promouvoir « le crime, la désunion, la conduite immorale et l’athéisme ». Si l’annonce a été démentie depuis par les autorités iraniennes comme une « propagande occidentale », un leitmotiv à Téhéran, l'information paraît toutefois en totale cohérence avec les intentions du régime.
L’opération se déclinerait en deux phases, selon les propos du ministre, rapportés par l'Agence de presse du régime Fars news. En mai, les grandes plateformes internationales, essentiellement américaines, seraient bloquées. Exit donc Google, Gmail, Yahoo et Hotmail et bienvenue à Iran Mail et à Iran Search Engine, créées pour l’occasion. Si cette première étape pourrait à la rigueur passer pour une promotion du « Made in Iran », l’idée serait cependant beaucoup plus vaste.
Car pour accéder à ces nouveaux services nationaux, chaque utilisateur devra montrer patte blanche. Pour obtenir un identifiant, il sera tenu de fournir notamment son nom « officiel » et son adresse physique. Un véritable travail de fichage que le gouvernement iranien aurait d’ores et déjà débuté, selon l'International Business Times, qui a révélé l'information.
Peur sur le web
En outre, Téhéran a vraisemblablement décidé de maîtriser non seulement l’usager mais également le contenu disponible. À en croire les déclarations du ministre, une solution radicale doit être mise en place en août : remplacer Internet par un Intranet géant à l’échelle du pays et de ses 78 millions d’habitants. Au lieu de la liste noire actuelle regroupant les sites interdits à la consultation, Téhéran aurait donc prévu d’éditer un autre recueil : celui des plateformes autorisées, conformes aux valeurs, notamment culturelles et religieuses, du régime. « À partir d'août, tous les fournisseurs d'accès devront présenter uniquement un "Internet national" », a ainsi expliqué Reza Taghipour.
Celui-ci, qui fait partie des personnes condamnées par l’Union Européenne pour atteinte aux droits de l’Homme pendant les manifestations postélectorales de 2009 et 2010, entendrait ainsi porter un coup fatal à une blogosphère iranienne activiste, que le Printemps arabe a encore stimulée. Un réflexe sécuritaire qui aura l'avantage de pouvoir s’exporter à terme vers d’autres pays aux accents autoritaires. Un vaste marché à prendre... Mais, d’ici là, la formule devra encore passer le test sur le peuple iranien, ce que le régime, en démentant, ne semble pas encore assumer. De toute évidence, vu la prudence et le double langage qui caractérise Téhéran dans cette affaire, rien n'est encore joué...

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