Dominée par les Frères musulmans et les salafistes, la Commission constituante vient d’être suspendue par le tribunal administratif du Caire. Aucune explication n'a pour l'instant été fournie.
Le sort de l’Égypte postrévolutionnaire semble avoir du mal à se dessiner. Mardi 10 avril, la justice égyptienne a décidé de suspendre la Commission constituante, chargée de rédiger la future Loi fondamentale du pays. Une décision qui a lieu six semaines avant la première élection présidentielle depuis la chute de Hosni Moubarak, le premier tour étant prévu les 23 et 24 mai.
Répondant à un recours déposé par des juristes et des partis politiques libéraux, le tribunal administratif du Caire, qui a rendu ce verdict, n’a pas justifié sa sentence pour l’instant. Les requérants accusaient le Parlement d’avoir dépassé ses prérogatives en formant cette commission.
Dans une déclaration à la télévision publique, Mohamed Nour Farhat, juriste et responsable du Parti démocrate social a immédiatement réagi au jugement : « la commission constituante est devenue nulle et non avenue par décision de justice et ne peut poursuivre son travail ». Dans une allusion à peine voilée à la domination des Frères musulmans, il a appelé le Parlement à réformer la commission, « nous l'invitons à commencer par mettre au point des critères (...) garantissant la représentation équitable de l'ensemble des forces sociales et politiques, pour qu'elle ne soit pas dominée par un seul courant politique ».
Une Commission fortement critiquée
Formée par le Parlement, la commission est composée de 100 membres (50 parlementaires et 50 non-parlementaires) et est dominée par les Frères musulmans et les fondamentalistes salafistes. Déjà majoritaires chez les députés et les sénateurs, ceux-ci avaient demandé à ce que l'instance reflète le résultat des urnes, où ils ont récoltés 70% des suffrages. De quoi faire redouter aux laïques un renforcement de la charia dans la future Constitution égyptienne.
La décision du tribunal sonne donc comme un échec pour les islamistes et les salafistes. C’est d’ailleurs la forte représentation des islamistes qui a poussé les libéraux à boycotter l’instance, arguant que leur présence servait de caution à leurs ennemis politiques. La Cour suprême constitutionnelle avait rappelé son représentant à la commission, évoquant la « confusion » régnant en son sein. Quant à Al-Azhar, l’institution théologique sunnite, et l’Église copte, elles s’en étaient également retirées.
(Avec AFP)

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