Extension Factory Builder
05/04/2012 à 15:36
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Compaoré propose au MNLA de faire avancer un plan d'autonomisation de l'Azawad. Compaoré propose au MNLA de faire avancer un plan d'autonomisation de l'Azawad. © AFP

C’est une nouvelle fois Blaise Compaoré que la communauté internationale est allée chercher pour se pencher au chevet d’une épineuse crise malienne à multi-facettes. Médiateur chevronné intervenu récemment en Guinée, au Togo et en Côte d’Ivoire, personnage le plus influent de l’Afrique de l’ouest, le président burkinabè déploie depuis quelques jours tous ses réseaux, de Bamako, à Dakar en passant par Abidjan, New York et les confins du Sahara où ses plus fidèles émissaires sont en mission.

À Bamako, c’est Djibril Bassolé, le ministre des Affaires étrangères, qui tente de ramener à la raison le chef de la junte, le capitaine Amadou Haya Sanogo. La pendule tourne. Et il faut remettre au plus vite l’ordre constitutionnel, sans lequel aucune action de sécurisation du territoire ne pourra avoir lieu avec l’aide de la communauté internationale.

Dans les casernes du pays, c’est la débandade. Beaucoup de militaires ont abandonné leur poste au Nord et les assaillants ont été aperçus jusqu’à Douentza, juste au-dessus de Mopti, et dans la région de Niono, à l’Est. Preuve qu’ils contrôlent aujourd’hui plus de la moitié du territoire. Le rétablissement de l’autorité à Bamako pourrait permettre de justifier le recours à une force de sécurisation de la Cedeao, alors que les chefs d'état-major ouest-africains se réunissaient jeudi à Abidjan pour étudier le déploiement d'une armée régionale. Celle-ci pourrait compter jusqu'à 3 000 hommes, appuyée par un soutien logistique français, pour repousser les forces composées du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et de ses alliés islamistes.

"Apocalypse" à Tombouctou

« Sur le terrain on fait face à près de 5 000 hommes, explique un diplomate africain. Les groupes islamistes, les plus solidement armés, ont recruté des miliciens et on nous signale la présence de combattants haoussa à Tombouctou, ce qui présage d’un lien avec les soldats de Boko Haram ». Dans la ville sainte, Abelhamid Abou Zeid et Mokhtar Belmokhtar (dit "Le Borgne" ou "Mister Marlboro"), qui dirigent les brigades d’Aqmi dans le désert, ont participé le 2 avril à une rencontre entre Iyad Ag Ghali, le chef du mouvement islamiste Ansar dine, et les imams de la ville. « La situation est apocalyptique, affirme un habitant de la ville. Les islamistes sont entrain d’imposer le voile à Tombouctou ». Mokhtar Belmokhtar, récemment aperçu en Libye, y aurait fait le plein d’armes.

La grande crainte des dirigeants d’Afrique de l’Ouest et de la communauté internationale, particulièrement des Français et des Américains, est la progression des forces du MNLA et des différents groupes islamistes au sud et à l’Est du Mali. Crainte partagée par le chef de la junte malienne qui a appelé les Occidentaux à intervenir militairement dans le nord du pays contre les groupes islamistes armés. Mais Paris a déjà opposé une fin de non-recevoir à cette requête.

Car dans la région, les dirigeants ne sont pas encore prêts à envoyer leurs troupes pour un combat à l’issue très incertaine contre des éléments durement aguerris et prêts au sacrifice suprême. L’Algérie, puissance militaire régionale, ne souhaite pas intervenir. Seules les forces mauritaniennes du président Abdelaziz sont actuellement prépositionnées à Nema, au bout de la route de l’Espoir à l’ouest du pays, pour parer à toute attaque. « Abdelaziz s’est fait avoir en faisant confiance à Mohamed Ag Najim [le chef du MNLA, NDLR], précise un diplomate ouest-africain. Il comptait sur lui pour assurer un rempart contre Aqmi. Or, cela se retourne contre lui, car les groupes islamistes sont des alliés du MNLA même s’ils ne partagent pas les mêmes objectifs, les premiers voulant imposer la charia des confins du désert jusqu’à l’Atlantique, le second ne revendiquant que l’indépendance de l’Azawad ».

La carte de Compaoré

C’est justement dans cette brèche que souhaite aujourd’hui s’engouffrer Blaise Compaoré en négociant actuellement avec les représentants du MNLA afin de les inciter à quitter leurs encombrants amis. Conscient qu’une force de la Cedeao aura du mal à déloger les terroristes islamistes, Blaise Compaoré veut renverser les alliances. Ce qui est loin d’être acquis. Associés dans divers trafics (drogue, cigarettes, essence, armes, otages) et ayant noué des alliances familiales, les tribus touarègues et les combattants d’Aqmi ont aujourd’hui des liens étroits.

En échange d’un ralliement du MNLA, le président burkinabè promet de faire avancer le plan d’autonomisation de la région de l’Azawad sur des bases dont il reste à définir les contours mais qui pourraient prendre la forme du « fédéralisme ». Preuve que les discussions semblent avancer : les dirigeants du MNLA ont annoncé le 4 avril la fin de leurs opérations militaires dans le nord du Mali « à compter de jeudi minuit ».

À Bamako, la convention nationale convoquée par la junte pour envisager le retour de l’ordre constitutionnel, le 5 avril, a été reportée, les putschistes invoquant des problèmes d'organisation avec les partis et la société civile. Blaise Compaoré garde une carte en poche, le président de l’Assemble nationale, Dioncounda Traoré, actuellement à Niamey, qu’il aimerait bien voir assurer la transition démocratique. C’est aussi le choix d’Alain Juppé, ministre français des Affaires étrangères : « Il faut que la junte s'écarte et que, soit le président de l'Assemblée nationale malienne soit quelqu'un d'autre, prenne le pouvoir constitutionnel et que ce pouvoir soit aidé pour stopper l'avance d'Aqmi ».

Mais les autres partis politiques du Mali sont-ils prêts à accepter que Traoré, patron de l’Adema, assure la transition alors qu’il est lui-même candidat à la prochaine présidentielle ? Les prochains jours devraient permettre d’en savoir plus.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Mali

Mali : les ravisseurs de Lazarevic, libres comme l'air...

Mali : les ravisseurs de Lazarevic, libres comme l'air...

Alors que le président Ibrahim Boubacar Keïta promettait de les traquer, après les avoir libérés, les auteurs de l'enlèvement de Serge Lazarevic et Philippe Verdon se promènent au vu [...]

Mali : vers un accord de paix définitif ?

Le 5e et dernier round des négociations intermaliennes de paix engagées en juillet à Alger se sont soldées dimanche par un accord inachevé, paraphé par le gouvernement mais pas par[...]

Un accord de paix au Mali signé avec une partie des groupes armés

Le gouvernement malien a signé dimanche à Alger avec une partie des groupes armés du nord du pays un "accord de paix et de réconciliation" pour mettre fin aux violences.[...]

Kabila, Ouattara, Bouteflika, Biya... Quels sont les diplômes de vos présidents ?

Votre président a-t-il le baccalauréat ? Un master ? À-t-il étudié l’économie ou le droit ? En France ou en Chine ? Toutes les réponses avec notre jeu interactif.  [...]

Afrique francophone : chef de l'opposition, un statut à double tranchant

Plusieurs pays d'Afrique francophone ont adopté un statut officiel de "chef de file de l'opposition". D'autres ont voté des textes mais attendent toujours la désignation de leur opposant en chef.[...]

Mali : procès en vue pour Sanogo

Attendu depuis des mois, le procès d'Amadou Haya Sanogo et de plusieurs autres membres de l'ex-junte malienne pourrait se tenir prochainement. "Peut-être en juin", estime une source judiciaire[...]

L'Afrique a-t-elle l'alimentation la plus saine du monde ?

Selon une étude de l'université de Cambridge, qui casse les clichés sur l'Afrique, le continent africain abriterait neuf des dix pays qui mangent le plus sainement au monde. Parmi eux, certains[...]

Sexe, mensonge, pouvoir : la trilogie infernale

Du Français Dominique Strauss-Kahn au Malaisien Anwar Ibrahim, on ne compte plus les responsables politiques dont les moeurs débridées, ou supposées telles, ont brisé la carrière.[...]

Mali : l'avenir de l'Afrique au coeur du Forum de Bamako

Le 15e Forum de Bamako s’est déroulé du 19 au 21 février avec comme questionnement central l'avenir du continent à moyen terme.[...]

César 2015 : le film franco-mauritanien "Timbuktu" triomphe avec sept prix

Le film franco-mauritanien "Timbuktu" d'Abderrahmane Sissako, chronique de la vie quotidienne dans le nord du Mali sous la coupe des jihadistes, a triomphé vendredi à la 40e cérémonie des[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Purging www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20120405145318 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20120405145318 from 172.16.0.100