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04/04/2012 à 12:58
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Melinda Gates est co-présidente de la Fondation Bill & Melinda Gates.

L'année dernière, je me suis rendue dans le bidonville de Korogocho à Nairobi, pour y rencontrer un groupe de mères de famille et en savoir plus sur le planning familial en Afrique. À la fin de notre conversation, une femme prénommée Mary Ann m'a dit une chose que je n'oublierai jamais. Elle m'a expliqué qu’elle planifie sa famille parce qu'elle souhaite « donner à un enfant tout ce dont il a besoin » avant d'en avoir un autre.

Ce désir d'offrir tout le nécessaire à nos enfants doit être universel, car c'est également la raison pour laquelle mon mari et moi-même avons planifié notre famille. Nous sommes parents de trois enfants, que nous avons espacés de trois ans pour pouvoir accorder à chacun l'attention qu'il méritait. Un milliard de personnes dans le monde ont recours à la contraception pour la même raison.

En tant que co-présidente de la fondation que je dirige avec mon mari, ma priorité absolue est de faire en sorte que toutes les familles aient accès à des moyens de contraception sûrs et efficaces, qui leur permettra en outre de décider ce qu'il y a de mieux pour eux-mêmes et leur famille. Cela passe par un encouragement des bailleurs de fonds et des gouvernements ici en Afrique pour placer le planning familial au premier plan.

Le planning familial sauve des vies. En Afrique, seulement 25% des femmes mariées utilisent les méthodes modernes de contraception et les femmes sont confrontées à vie à un risque de 1 sur 36 de mourir pendant la grossesse ou l'accouchement. Globalement, chaque année, plus de 100 000 femmes ne souhaitant pas avoir d'enfant meurent lors de l'accouchement. Et environ 600 000 femmes qui ne souhaitaient pas être enceintes donnent naissance à un enfant qui meurt dès ses premières semaines de vie. Pour la mère comme pour l'enfant, il est beaucoup plus sain d'espacer les naissances de trois ans. Si toutes les naissances étaient espacées de la sorte, la mort de presque 2 millions d'enfants serait évitée chaque année.

Lorsque des parents peuvent avoir le nombre d'enfants qu'ils désirent et quand ils le souhaitent, ils peuvent investir davantage dans leur santé et leur éducation, et à long terme leurs enfants ont beaucoup plus d’opportunités.

Sauver autant de vies est une justification suffisante. Néanmoins, le planning familial ne contribue pas seulement à sauver des vies ; il est également synonyme de vie meilleure pour les familles et les communautés, et devient un facteur déterminant de développement économique. Lorsque des parents peuvent avoir le nombre d'enfants qu'ils désirent et quand ils le souhaitent, ils sont plus susceptibles de pouvoir s'en occuper dans de bonnes conditions. Ils peuvent investir davantage dans leur santé et leur éducation, et à long terme leurs enfants ont beaucoup plus d’opportunités.

Les données le prouvent. Dans un sous-district du Bangladesh appelé Matlab, des chercheurs ont collecté des données concernant 180 000 habitants depuis 1963. Il s'agit peut-être de l'étude la plus longue et la plus rigoureuse jamais réalisée dans le domaine de la santé mondiale. Elle prouve par des statistiques détaillées combien l'accès aux moyens de contraception influe sur les perspectives d'avenir d'une famille.

Dans les années 1970, la moitié des villages du Matlab ont été choisis de façon aléatoire pour bénéficier d'un accès plus aisé au planning familial et y être sensibilisés. Vingt ans plus tard, les habitants de ces villages profitaient d'une meilleure qualité de vie que leurs voisins à bien des égards. Ils étaient mieux nourris, leurs ménages disposaient de plus de biens et leurs enfants fréquentaient davantage les bancs de l'école.

Si vous multipliez ces effets par des millions de familles et que vous les combiniez aux investissements réalisés en matière de nutrition et de vaccination, il peut en ressortir un développement économique à grande échelle. Nombreux sont ceux qui évoquent le miracle économique des années 80 dans l'Est de l'Asie, du temps où le PIB des pays de cette zone s’envolait. Mais était-ce vraiment un miracle ? C'était en grande partie le résultat des efforts réalisés par de nombreux pays pour accompagner les familles dans leur souhait de planification.

Ces tendances radicales, tant au plan national que régional, prennent leur origine dans la décision de chaque famille de choisir ce qu'il y a de mieux pour leurs enfants. Lorsque les familles à travers l'Afrique subsaharienne se verront offrir l'occasion de faire ces choix, un cycle vertueux de développement commencera à se dessiner dans de nombreuses communautés africaines.

Notre fondation repose sur la croyance selon laquelle toutes les vies ont une valeur égale. L'une des inégalités les plus désastreuses que j'aie pu constater est l'absence d'accès aux services de planning familial sur le continent africain. Un investissement relativement modeste, mais extrêmement utile, permettra aux familles d'offrir à leurs enfants tout ce dont ils ont besoin. Il est temps pour les gouvernements de faire cet investissement : une œuvre pour le bien sur tout le continent.

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