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30/03/2012 à 17:40
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Joseph Kony est accusé d'avoir torturé et tué des centaines ou des milliers de personnes. Joseph Kony est accusé d'avoir torturé et tué des centaines ou des milliers de personnes. © D.R.

Alors que "Kony 2012", le film réalisé par l’ONG Invisible children, continue de défrayer la chronique médiatique, l’Union africaine a décidé de lancer ses forces à la poursuite du chef de l’Armée de résistance du seigneur (LRA), recherché depuis 2005 par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Pourquoi si tard ? Avec quels moyens ? Le directeur Paix et sécurité de l’UA, El Ghassim Wane, répond aux questions de Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Pourquoi agir maintenant alors que Joseph Kony et la LRA sont actifs depuis la fin des années 1980 ?

El Ghassim Wane : D’emblée, il faut rappeler que la question de la LRA a été avant tout une affaire ougandaise et, à ce titre, la solution a d’abord été recherchée dans un cadre national, notamment à travers les Pourparlers de Juba. Malheureusement, ces efforts n’ont pas abouti. Le chef de la LRA a, de façon répétée, refusé de signer l’Accord de paix final (FPA), malgré les efforts soutenus déployés par la médiation. […]

Le refus de la LRA de signer l’Accord de paix global n’a laissé d’autre choix que de lancer une opération militaire pour mettre un terme aux atrocités commises par ce groupe. L’offensive «Lightning Thunder», lancée par les forces armées ougandaises à partir de décembre 2008 a permis d’affaiblir la LRA mais certains de ses éléments ont toutefois pu quitter la zone frontalière ougando-congolaise, notamment le Parc de la Garamba, pour se disperser dans une zone comprise entre le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), le sud du Soudan du Sud et l’est de la République centrafricaine (RCA).

Le problème de la LRA a, dès lors, pris une dimension régionale, nécessitant une réponse coordonnée en États. Ces efforts ont abouti au lancement, le 24 mars 2012, de l’Initiative de coopération régionale pour l’élimination de la LRA (ICR-LRA), qui bénéficie du soutien des Nations unies, ainsi que du soutien financier de l’Union européenne (UE).

Ce revirement est-il dû à un changement diplomatique de la part de Museveni ? D’Obama ? Ou bien à l’actuelle campagne médiatique d’Invisible children (et le film Kony 2012) ?

Comme je l’ai dit, il n’y a pas eu de revirement. Les décisions de l’UA ont été prises de longue date. Évidemment, nous nous félicitions de la mobilisation de la communauté internationale, et travaillons étroitement avec les différents partenaires concernés, notamment les États-Unis.

La naissance du Soudan du Sud explique-t-elle en partie cette décision ?

Encore une fois, les initiatives prises par la Commission sont antérieures à l’accession à l’indépendance du Soudan du Sud. L’UA a commencé à travailler avec les autorités du Soudan du Sud dès 2008, dans le cadre du suivi de l’Accord de cessation des hostilités. Par la suite, le Soudan du Sud a été associé à toutes les initiatives prises sur la question, notamment les réunions ministérielles de Bangui d’octobre 2010 et d’Addis-Abeba de juin 2011, donc avant son accession formelle à l’indépendance.

Quels seront les moyens mis en place et quand ?

Il a été convenu que l’opération envisagée serait une « opération autorisée par l’UA », en ce que les États membres concernés fourniraient les troupes, estimée à une brigade (environ 5 000 hommes) et les prendraient entièrement en charge. L’UA pourra mobiliser des ressources pour les soutenir, notamment dans les états-majors des secteurs de Dungu (RDC), Obo (RCA) et Nzara (Soudan du Sud).

La force de l’UA sera composée de soldats de quelles nationalités ?

Les troupes qui seront engagées proviendront des pays affectés par les atrocités de la LRA, à savoir l’Ouganda, la RCA, le RDC et le Soudan du Sud.

Quand cette force sera-t-elle prête et qui en assurera le commandement ?

L’on peut dire que cette force est déjà prête, puisqu’elle est constituée de troupes dont certaines sont déjà opérationnelles. C’est le mécanisme de coordination, en l’occurrence l’EM-FRI, qui se met en place progressivement. La coordination sera assurée par un colonel ougandais, du nom de Dick Prit Olum. Il sera secondé par un autre colonel du Soudan du Sud, Gabriel Ayor Akuok. Quant au Centre d’opérations conjoint (COC), il est placé sous l’autorité du Lt Col. Benjamin Bongoma de la RDC, secondé par le Lt Col. Adolph Dobigue de la RCA. Il convient d’ajouter qu’une vingtaine d’autres officiers, provenant des quatre pays concernés et affectés à diverses autres tâches, viendront compléter pour former tout l’EM-FRI.

La situation somalienne occupe déjà beaucoup l’UA. Est-il possible de mener deux fronts en même temps ?

Il est clair que la conduite simultanée des deux opérations pose des défis. Il convient, toutefois, de préciser que dans le passé, l’UA a eu à faire face à des situations similaires, même si les opérations alors conduites étaient d’une ampleur moindre. Entre temps, évidemment, nous avons significativement renforcé nos capacités. Par delà les contraintes opérationnelles et logistiques, nous nous devons de répondre aux besoins sur le terrain, qu’il s’agisse de la Somalie, où l’Amisom, en collaboration avec les forces du gouvernement somalien, a enregistré des avancées considérables, ou de la LRA, dont les atrocités ont causé une grave crise humanitaire.

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Propos recueillis par mail par Nicolas Michel

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