Extension Factory Builder
31/03/2012 à 11:00
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Roland Rugero, écrivain et journaliste, auteur de Baho ! Roland Rugero, écrivain et journaliste, auteur de Baho ! © DR

L’écrivain burundais de 26 ans, Roland Rugero, publie "Baho !". Une œuvre qui entre en résonance avec "Le Passé devant soi", du Rwandais Gilbert Gatore, paru en 2008. Au centre des deux intrigues : un antihéros muet et "coupable" de tous les maux.

On trouve parfois dans un roman les échos d’une lecture passée, des images et des lignes qui resurgissent. Cela flatte notre mémoire de lecteur et nous réconforte dans l’idée que la littérature est une maison ouverte, dotée de multiples fenêtres par lesquelles les œuvres s’interpellent, se répondent. C’est le cas avec Baho ! (« Vis ! », en kirundi), de Roland Rugero, écrivain et journaliste burundais de 26 ans. Impossible de ne pas penser au bouleversant Passé devant soi, de Gilbert Gatore, paru en 2008 (éd. Phébus) et récompensé du prix Ouest-France – Étonnants voyageurs. C’était le premier roman de ce Rwandais aujourd’hui âgé de 31 ans.

Même génération, et des pays si proches qu’on les dit parfois jumeaux. Le Rwanda, c’est notamment le génocide qu’on ne présente plus, et qui pousse la famille Gatore à se réfugier au Zaïre, en 1994. Le Burundi, c’est aussi une guerre civile, de 1993 à 2006, marquée par une opposition meurtrière entre Hutus et Tutsis : Roland Rugero doit quitter Bujumbura pour le Rwanda, puis la Tanzanie. Mais de cela, il n’est explicitement question dans aucun des deux romans. Qui sont davantage, par le biais d’une fiction assumée, le reflet des traumatismes hérités de ces histoires tragiques.

Ce sont presque les mêmes collines, sur lesquelles paissent les mêmes chèvres, les mêmes moutons ; desquelles suinte le même déni d’innocence depuis que la violence en a inondé les sillons. Ce sont presque les mêmes villages, où le soupçon est dans chaque mot prononcé, la culpabilité dans chaque parole tue. « Sont-ce toutes ces guerres ? interroge Roland Rugero. Le mensonge est venu, c’est-à-dire la division. Brouilles, méfiances, doutes exacerbés par une histoire où se côtoient depuis des décennies massacres et vies brisées. »

D’ailleurs, le personnage principal de Baho ! ne parle pas. Nyamuragi (« muet ») : c’est à la fois son nom et sa condition. L’auteur explique : « Il méprisait la parole, il croyait dans les gestes et la matière, car ses parents n’étaient pas morts d’une longue litanie, mais de machettes et de haine, de cognée mortelle. » Dans Le Passé devant soi, l’antihéros tourmenté, « Niko-le-singe », était lui aussi privé de voix.

Autre point commun : la fuite. Mais alors que Niko vivait reclus dans une caverne pour se dérober à son passé de bourreau, Nyamuragi, lui, court pour ne pas se faire lyncher par une foule en rage qui l’accuse de tentative de viol. Le malheureux ne peut hélas pas expliquer à ses poursuivants – et bientôt procureurs – que ses gesticulations auprès de la jeune fille apeurée n’étaient guidées que par le besoin de trouver un endroit où se soulager d’une envie pressante. Et même s’il pouvait exprimer les arguments de sa défense, qui voudrait seulement le croire ?

Dans Le Passé devant soi, Gatore sondait le sentiment de culpabilité personnel qui rongeait un « innocent », simple d’esprit transformé en tueur par les circonstances. Rugero, lui, adopte la démarche inverse : il s’attaque à la responsabilité collective d’une société qui, usant et abusant de l’arme de la vindicte populaire, cherche à tout prix un fautif à ses maux les plus divers – de sa mauvaise conscience jusqu’à l’absence de pluie…

S’il existe donc des ressemblances troublantes entre les deux romans, ils n’en sont pas moins aussi aboutis l’un que l’autre, et complémentaires dans leur propos. Baho ! vient ainsi prolonger avec une grande justesse les thèmes abordés dans Le Passé devant soi : culpabilité, innocence, justice. De ce dialogue noué avec une autre œuvre, on tirera une leçon, parmi d’autres : l’homme ne doit pas perdre foi en la parole et, a fortiori, en l’écriture. Car c’est par elles que passe la réconciliation.

___

Baho !, de Roland Rugero, Vents d’ailleurs, 112 p., 12 euros
 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Afrique Subsaharienne

Burundi : Nkurunziza fait fi des pressions internationales

Burundi : Nkurunziza fait fi des pressions internationales

La France a emboîté le pas à d'autres pays en suspendant sa coopération sécuritaire avec le Burundi. Bujumbura dénonce les pressions diplomatiques.[...]

RDC - Félix Tshisekedi : "Je n'irai pas à la mangeoire"

À Kinshasa, il a créé la surprise. Félix Tshisekedi a accepté le principe d'un dialogue avec le président Joseph Kabila. Il s'en explique pour "Jeune Afrique".[...]

Le génie des "Maîtres de la sculpture de Côte d'Ivoire"

Voilà une heureuse habitude que semble prendre le Musée du Quai Branly, à Paris : programmer des expositions internationales qui bousculent totalement l'approche actuelle de l'art africain [...]

RDC 

RDC - Ève Bazaiba (MLC) : "Je ne trahirai pas Bemba"

Elle militait aux côtés d'Étienne Tshisekedi. Puis, en 2006, elle a rejoint le leader du MLC, dont elle est désormais le bras droit et à qui elle vient de rendre visite dans sa prison de[...]

Football : finalement, Yaya Touré poursuit l'aventure à Manchester City

Annoncé partant de son club, Yaya Touré ne s'en ira pas à la saison prochaine, selon les médias britanniques : l'international ivoirien reste à Manchester City. L'information a été[...]

Le procès Habré, un tournant dans la justice africaine et la lutte contre l'impunité

Avocate au barreau du Tchad, présidente de l’Association tchadienne pour la promotion et la défense des droits de l’Homme (ATPDH) et récipiendaire du Right Livelihood Award en 2011, Jacqueline[...]

En Afrique, la pauvreté est sexiste

Angélique Kidjo est auteur compositeur, ambassadrice de bonne volonté d’Unicef, cofondatrice de la Fondation Batonga. Alors que les ministres des finances africains se réunissent cette semaine à[...]

Élections en Centrafrique : au moins 17 millions de dollars manquent à l'appel

À l'ouverture d'une conférence sur l'aide à la Centrafrique à Bruxelles, la présidente de la transition centrafricaine, Catherine Samba-Panza, a exhorté mardi la communauté[...]

RDC - Tueries à Beni : évêques et élus de l'Est montent au créneau

Face à la persistance des tueries à Beni, des évêques officiant dans l'est de la RDC ont accusé ce weekend Kinshasa de "laisser pourrir la situation". Ils ont été rejoints[...]

Nigeria : le premier producteur de pétrole en Afrique à court d'essence

La pénurie d'essence qui paralyse le Nigeria depuis près d'un mois serait sur le point de se résorber. Une entente entre les importateurs de carburant et l'État a été conclue lundi. Au[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers