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26/03/2012 à 07:44
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Des partisans de Macky Sall fêtent sa victoire annoncée, à Dakar le 25 mars au soir. Des partisans de Macky Sall fêtent sa victoire annoncée, à Dakar le 25 mars au soir. © AFP

Celui qu'Abdoulaye Wade appelait son "apprenti" a finalement remporté la présidentielle sénégalaise. Dimanche, l'ancien Premier ministre Macky Sall a été largement élu au second tour du scrutin. Si les résultats définitifs n'ont pas encore été annoncés, le sortant a reconnu sa défaite dès le soir du vote.

Le suspens n’aura pas duré bien longtemps après la fin du vote au second tour de la présidentielle sénégalaise, ce dimanche. Les bureaux de vote ont fermé depuis à peine un peu plus de trois heures lorsque le président sortant, Abdoulaye Wade, appelle son challenger Macky Sall sur son téléphone portable. Il est 21 heures 30.

Sall se trouve à l’hôtel Radisson, idéalement situé sur la Corniche de Dakar, en présence des observateurs de l’Union européenne. C’est Karim Wade, le fils du président sortant avec qui Sall entretient des relations cordiales, qui parle en premier. Puis « Gorgui » (« le Vieux », en wolof), prend le téléphone : « Les choses se précisent, dit-il à son ancien Premier ministre. Tu vas gagner. Je te félicite ». Réponse de Macky Sall : « Je vous remercie ». Wade père passe ensuite l’appareil à sa femme, Viviane…

L’échange entre la famille Wade et le président en passe d'être élu est bref – il ne dure pas plus de trois minutes. Mais pour les partisans de Macky Sall, il veut tout dire. Au QG de campagne du président de l’Alliance pour la République (APR), dans le quartier de Liberté 6, à Dakar, les militants exultent à l’annonce de cet appel.

Wade tient ses promesses

Pour eux, c’est la confirmation que leur candidat l’emportera et, surtout, que Wade ne s’accrochera pas au pouvoir. Beaucoup, parmi les membres de l’opposition, le craignaient, l’annonçaient même. Ils se sont trompés. Wade a reconnu sa défaite, comme promis. Au vu des tendances qui circulaient en milieu de soirée (entre 65 et 70% pour Sall), il ne pouvait faire autrement.

Au QG de Macky Sall, la fête avait commencé dès la fermeture des bureaux de vote, à 18 heures. Très vite, les premiers résultats égrenés par les radios et les télévisions ne laissaient guère de doutes. À 19 heures, ils sont peut-être un millier à se masser devant la bâtisse à trois étages du candidat. À 21 heures, ils sont deux à trois fois plus.

Il y a là beaucoup de jeunes – des enfants, des adolescents. Au rythme de la musique crachée par une sono poussée à son maximum, ils dansent, sifflent, saluent les voitures qui klaxonnent en passant. Et crient : « Macky président ! Macky président ! » Ou encore, ce refrain chanté depuis le début de la campagne : « Le Vieux est mort, il faut l’enterrer ».

Au siège du Parti démocratique sénégalais (PDS), le parti de Wade qui était encore celui de Sall il y a quatre ans, une petite cinquantaine de partisans – beaucoup de femmes – regardent avec amertume l’écran géant sur lequel s’affichent un à un les résultats des bureaux de vote. « Wade a perdu, mais vous verrez dans trois ans, ce sera la désillusion », dit l’un d’eux.

Amertume au PDS

La soirée n’aura été marquée par aucune violence, mais, du côté du PDS, elle est ternie par une immense amertume. Wade croyait-il à ses propres paroles, lorsqu’il affirmait, quelques heures plus tôt au moment de voter dans le lycée arabo-islamique du Point E, que « 75% des gens de Niasse » et « 80% de ceux de Seck » (deux perdants du 1er tour qui ont soutenu Sall) voteraient pour lui ?

Au Radisson, il est presque minuit lorsque Sall, vêtu d’un costume de circonstance (complet bleu marine, chemise blanche, cravate rouge) sort de la suite qu’il loue depuis quelques jours en compagnie de sa femme, Marième. Alors qu’à l’extérieur, des centaines de partisans se sont réunis devant les grilles de l’hôtel, le couple salue les perdants du 1er tour qui l’ont tous soutenu et se sont réunis dans une salle de conférence, puis il se dirige vers une tente où se sont massés près d’une centaine de journalistes, ainsi que quelques uns de ses soutiens.

C’est son premier discours de président, même s’il ne l’est pas encore officiellement. Il est court, sans grande envergure. Il est question de « fierté », de « maturité du peuple sénégalais ». « L’ampleur de cette victoire aux allures de plébiscite exprime l’immensité des attentes de la population. J’en prend la mesure », déclare-t-il, avant d’annoncer qu’une « ère nouvelle commence ce soir pour le Sénégal ». Pour la deuxième fois de son histoire, le pays assiste à une alternance démocratique dans la paix. Wade en avait profité en 2000, il en est aujourd’hui le grand perdant.

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Par Rémi Carayol, à Dakar

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