Extension Factory Builder
23/03/2012 à 08:42
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le capitaine Amadou Sanogo entouré de ses hommes, le 22 mars 2012 à Bamako. Le capitaine Amadou Sanogo entouré de ses hommes, le 22 mars 2012 à Bamako. © AFP

Prise du pouvoir par une junte isolée et menée par des jeunes, scènes de cambriolages et de pillages à Bamako commis par des soldats, arrestations de ministres et d'hommes politiques... Le coup d'État qui a eu lieu au Mali ressemble à un saut dans l'inconnu aux conséquences incalculables pour les droits de l'homme et la fragile démocratie malienne.

Comme le disait jeudi à Jeune Afrique Ali Nouhoum Diallo, ancien président de l’Assemblée nationale du Mali : « Ces jeunes [putschistes, NDLR] ont énormément à prouver avant d’être applaudis par les honnêtes gens. » Et leur entrée en scène commence plutôt mal, à en juger par le manque de leadership dont font preuve ceux qui ont renversé dans la nuit de mercredi à jeudi le président malien Amadou Toumani Touré (ATT) - qui reste introuvable -, faisant au moins quatre morts et une quarantaine de blessés.

 > > Lire le écit des événements de la journée du jeudi 22 mars, et une synthèse de la situation au début de la journée de vendredi.

Si une partie des Maliens, excédés par la corruption et le manque de succès militaires contre la rébellion touarègue et les djihadistes, peut comprendre les motivations de la junte, qui prétend vouloir rendre rapidement le pouvoir aux civils, les pillages en cours à Bamako risquent d'aliéner rapidement l'ensemble de la population malienne aux putschistes. Dans la journée de jeudi et dans la nuit qui a suivi, des particuliers ont été rackettés ou cambriolés; notamment dans les quartiers de Magnambougou et de Kalaban Koura, des voitures ont été volées même devant l'ambassade de France, les locaux de la présidence, de la radio-télévision nationale (ORTM) et des douanes ont été pillés et saccagés...

Les jeunes militaires menés par le capitaine Amadou Haya Sanogo sont dans un dilemme : aucun officier supérieur ne se serait pour l'instant rallié au coup de force, qui n'a réussi que grâce à l'appui des soldats de rang, ceux-là même qui commettent aujourd'hui pillages et cambriolages, en nuisant à l'image d'un mouvement qui reste très isolé, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du Mali.

Voir un extrait de l'interview du capitaine Amadou Haya Sanogo sur Africable

Seul le Sadi est d'emblée favorable à la junte

Parmi les hommes politiques, seul Oumar Mariko, lui-même un ancien protégé de Mouammar Kadhafi, et son parti de la Solidarité africaine pour la démocratie et l'indépendance (Sadi), s'est prononcé en faveur des mutins. Par ailleurs, la junte a été unanimement condamnée par la communauté internationale. Ne lui resterait pour mener son programme à bien, sans employer une force démesurée, que de s'appuyer sur un soutien populaire fort, ce qui est encore loin d'être acquis...

Dans ces conditions, la junte ne risque-t-elle pas de se radicaliser ? Quel est l'avenir immédiat pour le Mali ? L'extrême accélération des événements ne permet pas encore de répondre à ces questions. Mais une chose est sûre : la junte ne prend pas le chemin de l'apaisement avec l'entourage de ATT, dont elle retient prisonnier au moins trois membres du gouvernement. Il s'agit du Premier ministre Mariam Kaidama Sidibé, du ministre des Affaires étrangères Soumeylou Boubèye Maïga et celui de l'Administration du territoire Kafougouna Koné, qui seraient détenus « au camp militaire de Kati », ville-garnison à 15 km au nord-ouest de Bamako d'où est partie la mutinerie qui a mis fin au pouvoir d'ATT.

> > Lire un éclairage sur les mutineries qui ont éclaté au Mali le mercredi 21 mars

Mais bien d'autres responsables et hommes politiques seraient aussi retenus, probablement au camp de la police nationale, dont l'ex-Premier ministre Modibo Sidibé, candidat à la présidentielle qui était prévue le 29 avril prochain. Difficile de savoir dans ces conditions sur quoi débouchera la crise politique en cours. D'autant que les rebelles touaregs pourraient être amenés à pousser leur avantage au Nord du pays, ce qui risquerait de créer les conditions d'une véritable guerre civile.

Voir le reportage de l'ORTM au palais présidentiel

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Mali

Mali : l'ex-président ATT peut-il revenir à Bamako ?

Mali : l'ex-président ATT peut-il revenir à Bamako ?

Plus d'un millier de personnes se sont rassemblées jeudi à Bamako pour demander le retour de l'ex-président malien Amadou Toumani Touré, exilé au Sénégal depuis 2012.[...]

Lassana Bathily décoré de la médaille du courage par le Centre Simon Wiesenthal à Los Angeles

Lassana Bathily, le jeune Malien qui a sauvé quatre personnes lors de la prise d'otages de l'Hyper Cacher en France, le 9 janvier, a été décoré mardi de la médaille du courage par le[...]

Terrorisme au Sahel : la stratégie de Sisyphe

Peut-être a-t-on crié victoire un peu vite : il ne suffit pas de couper quelques têtes pour éradiquer la menace jihadiste. Soldats français et Casques bleus l'apprennent à leurs[...]

Mali : la résolution de la crise du Nord, thème officieux de la visite officielle d'IBK à Alger

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a entamé dimanche un voyage officiel de trois jours en Algérie. Il sera particulièrement question du fragile processus de paix malien, dans lequel Alger[...]

Mali : en plein marché, Aqmi décapite un homme accusé de travailler pour les Français

Des combattants d'Aqmi ont tué par balle puis décapité jeudi un civil qu'ils accusaient de travailler pour les forces françaises au Mali. L'exécution s'est déroulée en plein[...]

Mali : qui sont les trois individus arrêtés dans l'enquête sur l'attentat de Bamako ?

Les forces spéciales maliennes ont arrêté trois personnes à Bamako dans la nuit de mercredi à jeudi. Mais le doute est permis sur leur degré d'implication dans l’attentat du 7[...]

Mali : arrestation de deux complices présumés de l'attentat de Bamako

Un peu moins de deux semaines après l'attentat meurtrier du 7 mars contre le bar-restaurant "La Terrasse" à Bamako, deux hommes, complices présumés des auteurs de l'attaque, ont[...]

Mali : Bamako et la médiation appellent les rebelles de la CMA à parapher l'accord d'Alger

La médiation internationale et le gouvernement malien ont appelé mercredi la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) à parapher en l'état l'accord de paix d'Alger, écartant toute nouvelle[...]

Alain Giresse de retour à la tête des Aigles du Mali

Après avoir connu une Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2015 difficile avec le Sénégal, Alain Giresse s’est engagé mardi avec le Mali, qu’il avait déjà dirigé de[...]

Mali : les rebelles de la CMA refusent de signer le préaccord d'Alger

Malgré la visite d'une équipe de médiation internationale à Kidal, les groupes rebelles qui composent la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) refusent toujours de signer, en l'état, le[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers