Les militaires de la ville de garnison de Kati ont reçu mercredi la visite du ministre malien de la Défense et des Anciens combattants, le général Sadio Gassama, accompagné du colonel major Ould Meidou. L’entretien avec les militaires a mal tourné et des coups de feu ont été tirés en l'air. Les mutins ont ensuite investi le siège de la télévision nationale (ORTM), interrompant les programmes. En début de soirée, les tirs retentissaient autour de la présidence. Une mutinerie a également éclaté à Gao, dans le nord du pays.
Mis à jour à 22h34.
Ce mercredi 21 mars, aux environs de 10 heures, le ministre malien de la Défense et des Anciens combattants, le général Sadio Gassama, accompagné du colonel major Ould Meidou, s'est rendu au camp militaire de Kati, à 15 km de Bamako, pour livrer un compte rendu de l’évolution de la situation au Nord-Mali, confronté à une rébellion touarègue depuis la mi-janvier. Le ministre a parlé des nouveaux matériels militaires qui tardent à être acheminés de l’extérieur du pays, mais les militaires s’attendaient visiblement à plus d’information et surtout à une meilleure prise en charge des familles des soldats décédés au cours des combats.
Selon une source sécuritaire à Bamako, le ministre Gassama a également parlé d’envoyer un nouveau contingent au front. Les discussions se sont alors envenimées et les pierres ont commencé à pleuvoir sur le ministre et sa délégation. Le général Gassama est rentré en catastrophe dans sa voiture avant de quitter le camp militaire.
Quelques minutes plus tard, les militaires ont cassé un dépôt d’armes et ont commencé à tirer en l’air, menaçant de marcher sur le palais présidentiel où la sécurité a été aussitôt renforcée. Leurs motivations ne sont pas connues avec exactitude : faire entende leurs doléances, ou tenter un coup d'Etat ?
"Nous voulons des munitions"
Toujours est-il que dans l'après-midi, plusieurs dizaines des mutins ont investi les rues de Bamako, tirant des coups de feu en l'air et semant la panique parmi la population, avant d'investir l'Office de la radio-télévision malienne (ORTM) qui a interrompu ses programmes.
Ils se sont ensuite dirigés vers la Primature avant de prendre le chemin de la présidence, où des tirs ont retenti en début de soirée. « Nous en avons marre de la situation dans le nord » du pays, a brièvement affirmé l'un de ces militaires à l'AFP. « Nous voulons des munitions pour aller combattre les rebelles touaregs, trop c'est trop », avait déclaré plus tôt un caporal du camp de Kati, sous couvert de l'anonymat.
Au Nord aussi
A la tombée de la nuit, le mouvement de mécontentement des troupes a atteint le nord du Mali. Des mutins ont commencé à tirer en l'air dans le camp 1 de Gao vers 18 heures. Or c'est dans ce même camp qu'est basé le Poste de contrôle opérationnel des militaires engagés contre la rébellion touarègue.
« Les soldats ont trouvé 5 à 6 officiers dans le camp qu’ils ont fait se coucher par terre. Ils ont ensuite cherché le chef des opérations, le général Kalifa Keita, qui est introuvable jusqu’à présent. D’autre officiers ont fui du camp pour se cacher dans la ville », affirme une source bien informée du camp de Gao.
Pour l’heure, les mutins de Gao ont cessé de tirer. Ce qui n’est pas le cas à Bamako où, à 20 heures locales, les populations continuaient d'entendre des coup de feu, de plus en plus violents, aux abords du palais présidentiel. Une chose est sûre : les Bérets rouges, qui défendent la présidence et ont pris position autour de l'Assemblée nationale et de l'ORTM, ne se sont pas heurtés frontalement aux mutins dans le but d'éviter une escalade catastrophique. La chaîne de télévision Africable a elle aussi cessé d'émettre en début de soirée.
Par Baba Ahmed, à Bamako

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