Alpha Condé et son principal opposant Cellou Dalein Diallo, n'ont que 4 mois pour trouver un accord
© Montage J.A.
L’opposition à Alpha Condé envisage de faire appel à la rue pour protester contre la tenue des élections législatives, fixées au 8 juillet prochain. Une menace qui fait craindre de nouvelles violences en Guinée.
Dans sa déclaration du 7 mars, le Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition et l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP) n’y va pas avec le dos de la cuillère. Les deux principaux mouvements de l’opposition guinéenne indiquent qu’ils « n’entendent pas permettre l’organisation des élections législatives par la Ceni [Commission électorale nationale indépendante, NDLR] actuelle ». Pour boycotter le scrutin, Faya Millimouno, l’un des porte-paroles du Collectif, précise que les opposants « useront de tous les droits qui leur sont reconnus par la Constitution et les lois de la République pour s’opposer, y compris par des manifestations publiques » au bon déroulement du scrutin.
Les législatives en Guinée ont déjà été reportées à deux reprises. Dénoncée dans sa composition actuelle par l’opposition qui la soupçonne de partialité, la Ceni a fixé fin février, les législatives à la date du 8 juillet. Et cette fois-ci, la commission semble déterminée à aller jusqu’au bout. Elle a commencé la semaine dernière l’audit du fichier électoral - réclamé par l’opposition - et lancé un appel d’offres en vue de la sélection d’un opérateur pour sa révision.
L’exemple ivoirien
La Ceni a le soutien du pouvoir qui subit une forte pression de ses partenaires internationaux depuis le report des élections préalablement fixées au 29 décembre dernier. Au ministère de l’Administration du territoire et des Affaires politiques, l’on ne cache pas son agacement face à une opposition accusée de donner dans la surenchère. Le ministre Alhassane Condé confie à qui veut l’entendre que « la participation à une élection n’est pas une obligation » et cite en exemple la Côte d’Ivoire voisine où le parti de Laurent Gbagbo a refusé d’aller aux législatives.
Certains observateurs font toutefois remarquer que l’Alliance Arc-en-ciel, la mouvance présidentielle conduite par le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG, parti présidentiel) aurait peu de chances d’avoir une majorité absolue au Parlement au cas où les élections seraient ouvertes et transparentes. Cette situation contraindrait le président Alpha Condé à négocier avec ses trois principaux opposants (Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré et Lansana Kouyaté). Un boycott du scrutin par l’opposition arrangerait donc le pouvoir…
Bisbilles politiciennes
À la mi-février, une partie de l’opposition a appelé à une journée « ville morte » qui a été faiblement suivie à Conakry. De fait, les Guinéens semblent plus préoccupés par la recherche de leur pain quotidien que par les bisbilles politiciennes. Par ailleurs, la répression sanglante de la manifestation du 28 septembre 2009, sous Moussa Dadis Camara, hante encore les esprits. Certes, sous Condé, la gendarmerie et l’armée sont moins violentes. Mais il faut craindre qu’à l’appel de leurs principaux responsables, notamment Cellou Dalein Diallo (plus de 40% des voix au premier tour de la présidentielle de 2010), les militants de l’opposition descendent massivement dans les rues et que des violences éclatent.
Pour l’heure, nous n’en sommes pas là. « Le 8 juillet, c’est dans quatre mois, le consensus peut triompher d’ici là », confie un proche de Condé. Comme toujours, il suffirait d’un minimum de bonne volonté de part et d’autre pour résoudre les conflits... avant qu'ils ne s'enveniment.

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