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05/03/2012 à 19:54
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Une rue dévastée par l'explosion, le 5 mars à Brazzaville. Une rue dévastée par l'explosion, le 5 mars à Brazzaville. © Ifrikia Kengué, pour J.A.

Bilan provisoire officiel de l’incendie qui a ravagé le dépôt d’armes du régiment blindé de Mpila, provoquant de terribles explosions meurtrières dimanche : près de 200 morts et plus de 1 300 blessés. Une jeune lycéenne, qui était à quelques dizaines de mètres du lieu du drame, raconte comment elle a frôlé la mort.

Comme tous les dimanches, à huit heure du matin, Julie Martiale (en photo ci-dessous, © Ifrikia Kengué) et ses camarades de classe ont TD (cours de travaux dirigés) au CEG (Collège d’enseignement Général) Gampo Ilolou. Cet établissement scolaire de Ouenzé, dans le 5e arrondissement de Brazzaville, est situé à la lisière de la caserne militaire du régiment blindé de Mpila.

Mais ce matin là, les TD prévus n’ont finalement pas lieu. Les enseignants sont absents. « D’habitude, on trouve le directeur de notre école et nos professeurs sur place. Mais lorsque nous sommes arrivés, seul le surveillant général était là », raconte Julie Martiale. Elle ne sait pas encore que cet imprévu va peut-être lui sauver la vie.

Alors que les élèves se dispersent, elle se dirige avec ses camarades dans une parcelle voisine, en face de l’école où la mère d’une de ses camarades tient une petite cantine. « Nous étions dans la parcelle, en train d’attendre ma camarade lorsque tout a tremblé, on a entendu un gros boum. Je me suis retrouvée par terre ». Autour d’elle c’est l’hébètement total. Quelques pans de la maison à coté d’elle se sont écroulés, et des parents s’y précipitent pour en sortir leurs enfants.

 Les habitations ont été soufflées dans un rayon de plusieurs centaines de mètres autour du lieu de l'explosion.

© Ifrikia Kengué, pour J.A.

Horreur et désolation

Dans la rue, les gens accourent vers le lieu de l’explosion pour tenter de porter secours aux éventuelles victimes. Lorsqu’une seconde détonation retentit, plus violente que la première (ce sera la plus forte des cinq grosses de la journée). Le souffle propulse Julie à 10 mètres. « Je n’ai pas bien compris ce qui se passait, les toilettes où se trouvait ma camarade se sont effondrées et j’ai vu que le mur de la parcelle allait me tomber dessus. Je ne sais pas comment, mais j’ai dû rouler sur moi-même pour ne pas me retrouver sous les décombres. Je sentais des brûlures sur mon genou ». Lorsqu’elle se relève, la rue est plongée dans l’horreur et la désolation.

En face, son école est éventrée ; des corps sont allongés par terre ; les gens courent en tout sens. « Moi aussi, je me suis mise à courir et j’ai pu voir dans la rue voisine, une femme qui semblait folle et qui répétait : "Mon fils est mort, mon fils est mort". À côté, dans la rue, un petit garçon de 4 ans que je voyais parfois dans le quartier était par terre, un bras et une jambe arrachés. J’avais l’impression de faire un mauvais rêve », explique Julie, encore sous le choc vingt-quatre heure après le drame.

Dans la panique, elle abandonne ses affaires. Elle tente vainement de joindre ses parents par téléphone, pas de réponse. « Alors, j’ai commencé à marcher et à courir, avec d’autres personnes. J’ai pensé au pasteur de notre église qui habite à Bacongo, et je suis partie dans cette direction. Je ne m’étais pas rendu compte que j’étais blessée ».

Pieds nus

C’est seulement lorsqu’elle atteint Bacongo, dans le 2e arrondissement, au sud de Brazzaville, à une dizaine de kilomètres de Mpila, qu’elle remarque ses blessures. Elle finit par joindre une jeune tante qui habite le quartier et qui va l’héberger. « Quand mon mari et moi l’avons vue, elle était pieds nus, complètement traumatisée, sa tenue scolaire presqu’en lambeau. J’ai désinfecté ses coupures et lui ai administré un anti-inflammatoire », témoigne Julia, sa tante, étudiante en 6e année de médecine. « J’ai dormi avec elle, mais elle n’a pas fermé l’œil toute la nuit, elle sursautait au moindre bruit », poursuit-elle.

Le bilan provisoire des explosions est de 146 morts, mais de nombreux corps gisent encore sous les décombres.

© Ifrikia Kengué, pour J.A.

Le lendemain, Julie Martial regagne enfin sa maison, qui par chance ne s’est pas écroulée comme beaucoup de celles alentours. Seul le mur mitoyen et le portail ont été soufflés par la violence des explosions. Pour l’instant, elle reste traumatisée et a du mal a réaliser ce qui lui est arrivé. Et elle ne redeviendra sans doute jamais plus la jeune fille pleine d’innocence qu’elle était jusqu’à présent.

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Par Ifrikia Kengué, à Brazzaville

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