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27/02/2012 à 08:29
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Abdoulaye Wade n'a pas fait de commentaires après avoir voté à Dakar, le 26 février. Abdoulaye Wade n'a pas fait de commentaires après avoir voté à Dakar, le 26 février. © AFP

Les premières tendances du scrutin présidentiel du 26 février donnaient, dans la soirée, un second tour opposant Abdoulaye Wade à son ancien Premier ministre Macky Sall. Reportage dans les QG de campagne des principaux candidats.

Il est un peu plus de 22 heures dimanche, quand Macky Sall fait sa première apparition en public depuis que les résultats sont égrenés, bureau de vote après bureau de vote, par les radios et les télévisions sénégalaises. Le scrutin est officiellement clos depuis quatre heures, et les premières tendances le donnent au coude à coude avec Wade, aux alentours de 35%.

Niasse, en route contre Wade

Au quartier général de Moustapha Niasse, le candidat de Benno Siggil Senegal, l'ambiance est studieuse. Selon les premières tendances, celui-ci arriverait en troisième position. Dans une grande salle du rez-de-chaussée une vingtaine de jeunes militants épluche les résultats qui arrivent de tout le pays. Ici l'atmosphère est mitigée. « Je ne suis pas satisfait car nous nous attendions à être en tête du peloton vu l'histoire politique de notre leader. Mais je suis tout de même satisfait car le Sénégal a réussi à amener Wade à un second tour », explique Amadou Wade, le secrétaire général du Parti pour l'avenir et la solidarité (PAS), un parti allié à l'Alliance des forces de progrès (AFP) de Moustapha Niasse. Une satisfaction que partage Malick Diop, maire du Point E, quartier où se trouve le QG de Niasse, et partisan de ce dernier. « Depuis le 23 juin les Sénégalais ont montré qu'ils pouvaient utiliser la rue mais ils ont également montré de la maturité démocratique en allant voter et en offrant une défaite sanglante au président sortant ». Aurélie Fontaine, à Dakar

De toute évidence, il y aura un second tour. Et c'est déjà une petite victoire pour le camp de l’ancien Premier ministre. Un détail ne trompe pas : le très réservé président de l’Alliance pour la République (APR) se montre au balcon du deuxième étage de son QG de campagne, et arpès avoir remercié (« dieuredieuf, dieuredieuf, dieuredieuf ») la centaine de partisans qui l’applaudissent depuis la rue, se laisse aller à pousser une chansonnette. Ce qui n’est pourtant pas vraiment son genre…

Au 1er étage, c’est un défilé. De journalistes, venus en masse. D’amis. De soutiens. Il y a des petits fours et des boissons. En, haut, au deuxième étage, on sert des plats plus élaborés. Chacun tente de voir celui qui pourrait devenir, dans quelques semaines, le quatrième président du Sénégal.

Chez Wade, un QG bien discret

Démonstration de joie trop prématurée ? C’est ce qu’on pense à quelques pâtés de maisons de là, au QG de campagne d’Abdoulaye Wade. Ici, dans ce quartier cossu situé à deux pas de l’école de police, il n’y a ni partisans, ni sono qui crache de la musique, ni klaxons. Pas même une pancarte. Pour trouver le bâtiment qui abrite l’équipe de campagne du président sortant, il faut demander au voisinage. « Ici, on ne fait pas la fête, on travaille », explique Amadou Sall, le porte-parole de Wade. A côté de son bureau, une dizaine d’opérateurs compilent les résultats et les rentrent dans une base de données informatique.

Pour Amadou Sall, les tendances ne sont pas assez lourdes pour en tirer une quelconque conclusion. Il est alors plus de 23 heures, et cet historique du Parti démocratique sénégalais (PDS) dit n’être en possession que de 5% des résultats. « Rien  n’est perdu, rien n’est gagné », tente-t-il de nous convaincre. Il admet cependant qu’une victoire au 1er tour, annoncée depuis des mois par l’entourage de Wade, semble compromise. « Il n’y a aucune indignité à passer au second tour », dit-il. Pourquoi avoir affirmé pendant des semaines qu’il n’y en aurait pas ? « Quand on va à un match de lutte, chacun bombe le torse. On ne va pas dire que l’on va perdre ! »

"Nous disons : je gagne ou je perds"

Bientôt viendra le temps des alliances (« rien n’est définitif »), mais Amadou Sall l’assure : le président-candidat saura reconnaître sa défaite si elle doit arriver. « Nous ne disons pas comme Gbagbo : je gagne ou je gagne. Nous disons : je gagne ou je perds ». Et de conclure, non sans raison : « Ce soir, je suis fier de ma démocratie, de mon pays. L’opposition a parlé de fraudes, il n’y a rien eu de tout cela. »

Pendant ce temps chez Macky, l’enthousiasme est quelque peu retombé. Les partisans sont rentrés dormir, et les journalistes sont allés voir ailleurs. Macky Sall compile les résultats et évite de tomber dans la fanfaronnade : « Je suis serein. On s’achemine vers un second tour, cela semble irréversible. Mais j’attends la globalité du dépouillement pour lancer un message », indique-t-il, alors qu’autour de lui, on continue de recevoir des appels. La nuit ne faisait que commencer.

_______

Par Rémi Carayol, à Dakar

Ousmane Tanor Dieng, le grand perdant ?

À la maison du parti socialiste sénégalais, dans le quartier populaire de Colobane, l'ambiance est morose en cette fin de journée de vote. La salle de meeting, prête à accueillir Ousmane Tanor Dieng, est vide. Au fond de la salle, un portrait géant du candidat sur fond vert et rouge accueille le visiteur, seul avec son slogan : "La république des valeurs". Dans un des bureaux, un militant du parti socialiste, qui veut rester anonyme, ne cache pas son amertume. « Les tendances montrent qu'on ne sera pas au second tour, or l'important ce n'est pas de faire partir Abdoulaye Wade mais de faire gagner le candidat de son parti. Cela va être difficile pour moi de voter Macky Sall au second tour si c'est bien lui qui s'opposera à Wade. Car en votant Wade nous avons plus de chances de pouvoir organiser des élections anticipées. Or avec Macky Sall, ce serait au moins un mandat de sept ans, voire deux. Et 34 ans dans l'opposition, ça commence à faire long… »

Si Benno Siggil Senegaal (BSS) et son candidat Moustapha Niasse ont convenu de soutenir le candidat de l'opposition au second tour, il sera difficile de faire voter des militants socialistes pour un candidat libéral. Une crainte que n'élude pas Khalifa Sall, le maire socialiste de Dakar, de passage au QG de campagne. « Nous craignons que les militants socialistes se rebiffent. Ce problème sera débattu par la coalition car nous sommes signataires de l'accord conclu avec BSS ». Aurélie Fontaine, à Dakar

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