25/02/2012 à 12h:18 Par Rémi Carayol, à Dakar
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Abdoulaye Wade ne doute pas une seconde de sa victoire au premier tour de la présidentielle. Abdoulaye Wade ne doute pas une seconde de sa victoire au premier tour de la présidentielle. © AFP

Lors de son dernier meeting de campagne, avant la présidentielle sénégalaise de dimanche, le président sortant abdoulaye Wade s’en est pris à l’opposition et aux Occidentaux, et a chaleureusement remercié les marabouts qui le soutiennent. Il a aussi annoncé son intention de nommer un gouvernement d’union nationale après sa victoire qu'il estime déjà acquise.

La maison de Cheikh Bethio Thioune se trouve là, à vingt mètres à droite de la tribune. Le marabout mouride, qui revendique plusieurs centaines de milliers de talibés (disciples), n’est pas venu, mais son fils le représente. Quelques heures plus tôt, Thioune a appelé à voter pour Abdoulaye Wade à l'élection présidentielle de dimanche. Comme en 2007.

Le dernier meeting de la campagne présidentielle (clôturée vendredi à minuit) de Wade était pourtant annoncé au pied de l’imposant siège du Parti démocratique sénégalais (PDS). Mais pour marquer le coup, il a été déplacé devant la demeure du marabout, dans le quartier Mermoz à Dakar. Il faut dire que ce soutien, s’il ne vaut pas un « ndiguël » (consigne de vote) émis par le khalife général, est tout de même de taille – bien des adversaires du président sortant le lui envient.

Sur la scène, devant quelques dizaines de milliers de partisans de « Gorgui » (le « Vieux »), il y a un autre marabout d’influence : le milliardaire Ahmed Khalifa Niasse, de la famille des Leona Niassène, qui a lui aussi lancé un « ndiguël » en faveur de Wade. Tous les pontes du PDS et de ses alliés sont là aussi : le président du Sénat Pape Diop, celui de l’Assemblée nationale Mamadou Seck, les ministres Madické Niang, Djibo Kâ, Mamadou Diop et Ousmane Ngom, le directeur de campagne et Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye...

"Nous avons déjà gagné"

Tous prennent tour à tour le micro – pas longtemps : deux minutes maximum – et lancent le même message : « Nous avons déjà gagné ! Maintenant, il faut que nous sécurisions le scrutin ». Une partie de l’opposition a annoncé ces derniers jours son intention de vider les bureaux de vote des bulletins aux couleurs de Wade. Il s’agira de s’y opposer par n’importe quel moyen.

À la tribune, il y a aussi Karim et Viviane, le fils et la femme du candidat. Au pied de l’estrade, peut-être 15 000 à 20 000 partisans – surtout des jeunes et des femmes. C’est un défilé de robes et de tee-shirts jaune et bleu, de drapeaux à l’effigie de « Gorgui » (« C’est lui qui rassure », dit l’un d’eux), et de pancartes qui permettent d’identifier les groupes. Il y a là les marchands ambulants qui soutiennent Wade, des fans de Souleymane Ndéné Ndiaye, des soutiens de Djibo Kâ. On trouve de tout, même « des amis de Karim Wade ».

Le pas peu assuré de Wade

Quand « Pa Bi » se lève et se dirige, d’un pas peu assuré, vers le micro, la foule exulte. Les premiers mots de Wade vont aux marabouts qui « ont prié » pour lui, à commencer par Cheikh Bethio Thioune. Puis il s’en prend à l’opposition sénégalaise, ces « maîtres-chanteurs », ces « matamores », ces « poltrons » qui menacent de mettre le feu au pays mais ne passent jamais à l’acte. « On les attend dans les bureaux de vote. Qu’ils viennent ! » Négocier ? Il en est hors de question, en tout cas pas avant les élections. « Quand deux lutteurs s’empoignent, ce n’est pas le moment de négocier ! »

Les Occidentaux, États-Unis et France en tête, qui ont émis des réserves quant à la transparence du scrutin du 26 février, en prennent aussi pour leur grade. « Je les met en garde. Nous exigeons qu’ils nous respectent ! » S’il est élu, ce dont il ne doute pas une seconde, Wade fera son mandat jusqu’à son terme. Il aura alors 92 ans. Mais il annonce tout de même « un gouvernement d’union nationale » après sa réélection. On y trouvera des membres de son parti, les alliés, la société civile, mais aussi l’opposition, à laquelle il fera « des propositions » en fonction des résultats du scrutin présidentiel. Lui, il fera plus de 50%, peut-être 53 ou 54. Son entourage l’assure depuis deux mois.

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Par Rémi Carayol, à Dakar

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