22/02/2012 à 17h:32 Par Baba Ahmed, à Bamako
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Les membres de la Commission d'enquête après leur audience avec ATT, le 21 fevrier à Bamako. Les membres de la Commission d'enquête après leur audience avec ATT, le 21 fevrier à Bamako. © Baba Ahmed, pour J.A.

Le rapport d’enquête gouvernementale sur l’attaque du 24 janvier à Aguelhok et la mort d'une centaine de militaires maliens a été remis le 21 février au président malien Amadou Toumani Touré (ATT). Dans ce document, la commission spéciale d’enquête présente des "preuves" que des éléments d’Aqmi ont combattu au côté des rebelles du MNLA. Bamako compte porter le dossier devant des instances internationales.

Le 24 janvier, dans le village d’Aguelhok (région de Kidal), une attaque des rebelles touaregs du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) se solde par une centaine de morts dans les rangs des militaires maliens. Plus précisément, ce sont « 95 militaires maliens qui ont été désarmés et sommairement exécutés d’une balle dans la tête », affirme Dioncounda Traoré, le président de l’Assemblée nationale du Mali, lors d’un point presse sur le plan de sortie de crise que proposent les partis politiques au président Amadou Toumani Touré (ATT), le 17 février.

Dès le 31 janvier, Bamako dépêche à Aguelhok une équipe d’enquêteurs formée de trois gendarmes et de trois militaires et présidée par Ali Badara Diamanté, inspecteur en chef des services de sécurité et de protection civile auprès du ministère de la Sécurité intérieure. Pendant les 10 jours qu'elle passe sur le terrain, la commission « a pu recueillir des preuves et des témoignages des rescapés militaires et civils, ainsi que des images qui attestent que les soldats de l’armée malienne ont bien été arrêtés et ligotés les mains dans le dos, avant d’être froidement abattus », explique Ali Badara Diamanté.

Témoins oculaires

Les images versées au rapport proviennent des téléphones portables des premières personnes revenues sur les lieux après le départ des rebelles. Quant aux témoignages recueillis, ce sont ceux des témoins oculaires de la scène : des femmes désormais veuves du camp militaire d’Aguelhok, des élèves et des professeurs de l’Institut de formation des maîtres (IFM) et le maire du village.

« Ces élèves et enseignants, entendus par la commission spéciale d’enquête, attestent les atrocités commises sur des militaires désarmés. Leurs déclarations corroborent le mode d’exécution sommaire régulièrement pratiqué par Aqmi [Al-Qaïda au Maghreb islamique, NDLR] », ajoute l’inspecteur général Diamanté. Pour le président de la commission d’enquête, l’habillement de la plupart des combattants, qui portaient la barbe, ainsi que la méthode utilisée pour les exécutions, et les prêches salafistes délivrés aux élèves de l’IFM « prouvent la participation d’Aqmi aux combats à côté du MNLA ».

Jusqu’à présent, Aqmi n’a pas démenti le communiqué des autorités maliennes en date du 26 janvier qui l’implique dans les combats à Aguelhok.

Lors de la première attaque du 18 janvier à Aguelhok, l’armée a repoussé les combattants du MNLA et du groupe salafiste Ansar dine d’Iyad Ag Ghaly. Des dizaines de corps sans vie (35 selon un communiqué du ministère de l'Intérieur) ont été retrouvés après le départ des rebelles, vraisemblablement tombés de leur véhicules remplis de morts pendant leur fuite. Et jusqu’à présent, Aqmi n’a pas démenti le communiqué des autorités maliennes en date du 26 janvier qui l’implique dans les combats à Aguelhok.

Le rapport présenté à Genève

« Pour nous, il est évident qu'Aqmi est présent aux côtés des combattants du MNLA et du groupe Ansar dine, dont le leader Iyad Ag Ghaly a des liens familiaux avec certains éléments d’Al-Qaïda, notamment l’émir Abdelkrim Targui. Donc, ces derniers ont combattu aux côtés du MNLA et d’Ansar dine par pure vengeance suite à la défaite de ces derniers le 18 janvier », assure un autre membre de la commission d’enquête.

Le MNLA continue de nier toute présence d’Aqmi à ses côtés. Les autorités maliennes souhaitent quant à elles remettre dès la semaine prochaine, par le biais du ministre de la Justice Maharafa Traoré, le rapport de la commission d’enquête « à qui de droit » à Genève - c'est-à-dire aux institutions de l’ONU en charge du respect des droits de l’homme.

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