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20/02/2012 à 20:34
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Chaque année, des 'dons' sont sollicités pour payer l'anniversaire de Robert Mugabe. Chaque année, des "dons" sont sollicités pour payer l'anniversaire de Robert Mugabe. © AFP

Robert Mugabe célèbre mardi 21 février ses 88 ans, dont près de 32 passés au pouvoir. Le pays se morfond dans la crise mais, chaque année, les Zimbabwéens ont le bonheur de se réjouir devant les fastueuses réceptions que leur président organise pour son anniversaire. De la démesure au pays de la pénurie…

Même octogénaire, et bientôt nonagénaire, Robert Mugabe ne s’en lasse pas. Chaque 21 février, le doyen des dirigeants africains fête son anniversaire à sa manière. Rien de problématique en soi, si ce n’est la tendance à la démesure et le florilège de chiffres vertigineux qui accompagnent l’événement en en faisant une grand messe un peu voyante dans un pays en crise.

En 2007, the « Old Man » réunissait ainsi pas moins de 20 000 invités et avait pour l’occasion réquisitionné un stade, celui de Gweru. Mieux : Mugabe, au niveau culinaire, montre qu’il sait recevoir : en 2009, son organisateur a été chargé de se procurer quelque 2 000 bouteilles de champagne (de préférence du Moët & Chandon ou du Bollinger 1961), 8 000 homards, une centaine de kilogrammes de grosses crevettes, 4 000 portions de caviar, 8 000 boîtes de Ferrero Rocher... Le tout pour une addition qui a pu s’élever parfois au-delà du million de dollars (1,2 million en 2008, soit 935 000 euros, et environ la moitié en 2010).

Les « cadeaux » des entrepreneurs au président

Qui paie ? En réalité, le pactole est directement prélevé chez les entreprises du pays, opportunément « visitées » par les militants du parti au pouvoir, l’Union nationale africaine du Zimbabwe - Front patriotique (ZANU-PF). Les hommes d’affaires, dont certains se voient prier de contribuer à hauteur de 45 000 ou 55 000 dollars, se gardent bien de refuser ces « dons » à verser sur un compte ouvert dans une banque américaine au nom du Mouvement du 21 février, sous le contrôle des jeunes du parti présidentiel.

Pourtant, surtout depuis l’instauration du gouvernement d’union nationale avec Morgan Tsvangirai en 2009, certaines voix s’élèvent - dans les rangs des Occidentaux et des humanitaires sur place, mais aussi jusque dans les rangs du ZANU-PF. Le sénateur Dzikamai Mayhaire avait ainsi reconnu en 2009 qu’il lui paraissait « impossible de collecter de l’argent pour une seule personne quand des millions de Zimbabwéens [mouraient] de faim dans le pays ».

Chiffres à faire pâlir, mais pas d’envie

Car, bien que « l’union nationale » ait redonné au pays un peu de couleur en s’attaquant à l’hyperinflation et en obtenant, grâce à la hausse de la production de tabac, une reprise fragile de la croissance (6% en 2011 selon les estimations), les chiffres du pays font encore pâlir. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), le Zimbabwe est l’un des seuls pays au monde où les habitants vivent moins bien que dans les années 70. Et pour cause : en 2009, le taux de chômage atteignait 95%, selon les derniers chiffres du CIA World Fact Book, et depuis, il n’est pas descendu bien en dessous des 80% (selon les meilleures estimations disponibles).

Jadis surnommé « grenier à blé de l’Afrique », le pays reste toujours placé sous perfusion des aides alimentaires internationales, encore indispensables pour 15% de la population en 2010, selon l’ONU. Une conséquence directe de la réforme agraire voulue et mise en place par Mugabe en 2000, qui avait abouti à une saisie pure et simple des terres de nombreux agriculteurs blancs. Dix ans après son instauration, cette politique de Mugabe n’a réussi qu’à mettre l’agriculture zimbabwéenne en pleine déroute : alors que 66% de la population travaille dans le secteur, la production aurait perdu 70% en volume et 69% en valeur.

Mugabe, l’éternelle soif de pouvoir

Mais avec près de 32 années de règne au compteur, the « Old Man » n’est toujours pas près de tirer sa révérence. L’homme, qu’on dit atteint d’un cancer, s’est fait désigner candidat par la ZANU-PF en décembre 2011 pour des élections qu’il est censé organiser en 2012 et qui devrait l’opposer une nouvelle fois à Morgan Tsvangirai.

Mugabe a déjà prévenu : s’il accepte de discuter avec l’opposition sur un changement de Constitution, toute modification qui serait susceptible de l’écarter de la présidence sera immédiatement rejetée. À 88 ans, il a encore soif de pouvoir. Son peuple, lui, a toujours faim.

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