Extension Factory Builder
20/02/2012 à 16:52
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Des manifestants affrontent les forces de l'ordre, le 7 décembre à Kinshasa. Des manifestants affrontent les forces de l'ordre, le 7 décembre à Kinshasa. © Gwenn Dubourthoumieu/AFP

Directeur de l’International Crisis Group (ICG) pour l'Afrique centrale, Thierry Vircoulon analyse le blocage politique actuel et la faiblesse de l'opposition en République démocratique du Congo (RDC). Tout en déplorant l'escalade du pouvoir dans la répression. Interview.

Jeune Afrique :  La rentrée du Parlement congolais a eu lieu jeudi 16 février. Selon certaines sources au sein de l’UDPS, après avoir récemment évoqué l'idée de ne pas siéger, certains députés UDPS ont finalement décidé de valider leur mandat et de suivre une stratégie d'opposition républicaine. Pourquoi un tel revirement ? La stratégie de Tshisekedi est-elle mise en cause ?

Thierry Vircoulon (en photo ci-contre) : Je ne pense pas qu’une décision ait été arrêtée, les députés de l’UDPS sont toujours en grande discussion. Selon mes informations, une majorité d’entre eux n’était pas présente à l’Assemblée. Le parti est très divisé entre d’un côté ceux qui aimeraient bien siéger et de l’autre, ceux qui autour d'Étienne Thisekedi sont dans une position de boycott total. La stratégie de l’UDPS n’est pas encore bien définie. À ce stade de la vie politique, Tshisekedi ne va quant à lui pas modifier sa stratégie. La question est de savoir si le pouvoir va le laisser rester à Kinshasa.

Quelles conséquences le choix de l’UDPS aura sur l’opposition, notamment sur l’Union pour la Nation Congolais (UNC) de Vital Kamerhe ?

L’UDPS est le premier parti de l’opposition. S’il ne siège pas, les autres partis seront clairement affaiblis au Parlement. Dans le cas contraire, cela peut créer un fond d’opposition significatif (une centaine de député). L’enjeu est donc de savoir si l’opposition sera parlementaire ou extra-parlementaire. Mais, il serait souhaitable qu’il y ait une opposition parlementaire en RDC.

La majorité présidentielle sort-elle renforcée du scrutin ?

Bien qu’un nombre important de sièges soient contestés, la majorité est clairement définie. À côté du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) de Kabila, se trouve le Parti du peuple pour la paix et la démocratie (PPPD), le Mouvement social pour le renouveau (MSR) de Pierre Lumbi et le Parti lumumbiste unifié (Palu). On connaît donc la configuration de la majorité. Elle sera dominante, voire surdominante si l’UDPS ne siège pas. Dominante au Parlement mais fragile dans la rue, comme le montre la répression de la manifestation de jeudi 16 février.

Ce qui s’est passé le 16 février montre qu'il est maintenant impossible pour l’opposition de manifester à Kinshasa.

En effet, la manifestation de l’Église catholique, interdite par les autorités de Kinshasa, a été violemment réprimée. Vous attendiez-vous à un tel tour de vis de la part du régime de Kabila?

Oui, bien sûr. Ce n’est en rien étonnant. Rappellez-vous dans quelle ambiance sécuritaire tendue se sont déroulés la fin de la campagne et le dépouillement des votes. Ce qui est le plus inquiétant, c’est que l’on assiste à un scénario de régression démocratique caractérisé par un climat de répression et une absence d’opposition. Une répression qui touche les manifestants, mais aussi directement l’opposition : deux membres de l’UDPS ont récemment été arrêtés et détenus arbitrairement par les services de sécurité du régime de Kabila.
Ce qui s’est passé le 16 février montre que la capacité de mobilisation de l’opposition est largement dépassée par les ressources des forces de l’ordre. Il est maintenant impossible pour l’opposition de manifester à Kinshasa.

À l’occasion de la compilation des résultats des législatives, la Ceni a modifié ses équipes et fait état d’un nombre d’irrégularités bien supérieur à ce qui avait été constaté pour la présidentielle. Cela donne-t-il une plus grande crédibilité à son travail, ou cela montre-t-il a contrario l'incohérence des résultats entre les deux scrutins ?

Cela ne lui donne pas une once de crédibilité supplémentaire. L’enjeu des législatives était moins important que celui de la présidentielle. La seule chose que cela montre, c’est que l’opacité du dépouillement des votes de la présidentielle a été la même pour les législatives.

Quel a été le travail des observateurs dépêchés par les États-Unis et l’Union européenne (UE) ?

Nul. Les États-Unis ont bien dépêché des experts électoraux mais ils n’ont pas réussi à trouver un accord avec la Ceni qui a déclaré qu’elle souhaitait que personne ne mette les pieds dans le dépouillement.

La communauté internationale a pris l’option de geler les problèmes au lieu de les régler et est ainsi renvoyée à ses contradictions.

Les États-Unis ont appelé mercredi 15 février à la formation d’un « gouvernement de large union ». Est-ce une option réaliste ?

Non, je ne vois pas comment quelqu’un qui vient d’être élu accepterait de partager le pouvoir. Ce ne sont que des paroles diplomatiques qui révèlent l’embarras de la communauté internationale vis-à-vis d’une élection qu’elle a en partie financé, et dont elle a participé à l’organisation logistique.

La communauté internationale a pris l’option de geler les problèmes au lieu de les régler et est ainsi renvoyée à ses contradictions. Par exemple, lors de l’élection de 2006, la mission électorale de l’Union européenne a rendu un rapport en vue des élections de 2011. Aucune de ces recommandations n’a été mise en œuvre par Kinshasa. Malgré cela, l’UE a quand même financé les scrutins de novembre dernier.

L’ambassadeur américain à Kinshasa, bien que pointant les nombreuses irrégularités constatées, a reconnu Joseph Kabila comme président légitime. Pourquoi les États-Unis se rangent-ils derrière Kabila ?

Les États-Unis sont confrontés aux mêmes contradictions que la communauté internationale. Après avoir appuyé le processus et penché du côté du pouvoir établi, les USA ont reconnu les fraudes constatées par tous lors du vote. Ils sont maintenant gênés. D’où ce double discours.

______

Propos recueillis par Vincent Duhem

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

RD Congo

RDC : le discours de Denis Mukwege, prix Sakharov 2014, devant le Parlement européen

RDC : le discours de Denis Mukwege, prix Sakharov 2014, devant le Parlement européen

On le connaît comme le "juste qui répare les femmes". Mercredi, le docteur Denis Mukwege a reçu le prix Sakharov du Parlement européen, qu'il a dédié au "peuple congolais&q[...]

RDC - Massacres à Beni : des députés réclament l'ouverture d'une enquête parlementaire

Dans un rapport, douze députés congolais, de retour de cinq jours de mission à Beni, territoire endeuillé par une série de massacres depuis début octobre, fustigent les défaillances[...]

RDC : un nouveau massacre porte à 200 le nombre de civils tués près de Beni

Un nouveau massacre près de Beni, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), a fait une centaine de morts, selon des députés de la région. L'identité des responsables[...]

RDC : reddition du chef rebelle Cobra Matata

Le chef rebelle congolais Cobra Matata s'est rendu vendredi soir aux autorités congolaises à Bunia, dans le nord-est de la République démocratique du Congo, où il a semé la[...]

RDC : bêcheurs en eaux troubles

De jour comme de nuit, cela ne peut passer inaperçu. Qu'est-ce donc ? Des lettres en gros caractères gravées sur un immeuble : "Bandal, c'est Paris." Bandal - ou plutôt Bandalungwa,[...]

Après la chute de Compaoré, Kabila peut-il faire réviser la Constitution de RDC ?

On le sait : la chute de Blaise Compaoré a été énormément suivie et commentée dans les pays africains. En RDC notamment, où l'hypothèse d'une révision[...]

Pierre Kwenders, son excellence l'ambassadeur plénipotentiaire du Bantouland

Avec un premier album métissant hip-hop, jazz et rumba, le chanteur Pierre Kwenders ose un mélange des genres détonnant.[...]

CAN 2015 : Nigeria out, Côte d'Ivoire, RDC et Guinée in

Le Nigeria, tenant du titre, a été éliminé lors de la dernière journée des qualifications à la CAN 2015, le 19 novembre, au profit du Congo de Claude Le Roy. La RDC a[...]

Football - RDC : Yannis Mbombo, futur attaquant des Léopards ?

Né à Bruxelles de parents originaires de RD Congo, Yannis Mbombo (20 ans), prêté par le Standard Liège à Auxerre (Ligue 2), a été approché par Florent Ibenge, le[...]

RDC : les autorités annoncent la fin de l'épidémie d'Ebola dans le pays

Les autorités de Kinshasa ont annoncé samedi la fin de l'épidémie d'Ebola qui avait été déclarée fin août dans une zone reculée de la République[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers