08/02/2012 à 18h:26 Par Vincent Duhem
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Babacar Justin Ndiaye, politologue sénégalais. Babacar Justin Ndiaye, politologue sénégalais. © DR

Le politologue sénégalais Babacar Justin Ndiaye analyse les enjeux de la présidentielle sénégalaise du 26 février prochain. Pour lui, l’opposition balance entre le combat anti-Wade et les ambitions personnelles de ses leaders. Mais le désaccord avec le pouvoir est si profond que Ndiaye craint un "embrasement" si Wade était réélu pour un troisième mandat. Interview.

Jeune Afrique : Huit candidats de l’opposition sénégalaise ont décidé de faire campagne ensemble. Cela augure-t-il d’une éventuelle candidature commune au premier tour de l’élection présidentielle ?

Babacar Justin Ndiaye : Non, il n’y a pas d’alliance organique entre les candidats de l’opposition. Tout gravite autour de la guerre contre la candidature de Wade. L’opposition forme un bloc de circonstance. Elle n’empêche pas les divisions.

Macky Sall était, quant à lui, absent du dernier meeting  de cette "coalition" à Rufisque. Quelle partition joue-t-il ?

Tous les candidats pensent que si Wade ne participe pas à l’élection, ils auront plus de chances d’être élus.

Le cas Sall est révélateur de la posture des candidats de l’opposition qui oscillent entre combat anti-Wade et ambitions personnelles. Et ce que l’on peut dire, c’est que le pacte anti-Wade ne tue pas les ambitions. Tous les candidats pensent que si Wade ne participe pas à l’élection, ils auront plus de chances d’être élus. C’est ce qui rassemble les différents candidats de l’opposition. Les ambitions, quant à elles, divisent. Moustapha Niasse joue par exemple sa dernière cartouche au vue de son âge et de son état de santé. Pour lui, c’est maintenant ou jamais.

Il y a au-dessus de ça de grosses rivalités, notamment entre Macky Sall et Idrissa Seck. Elle date du moment où le premier a remplacé le second en tant que Premier ministre après le limogeage de celui-ci par Wade, le 21 avril 2004. Idrissa Seck est également persuadé que Macky Sall a joué un rôle dans l'affaire des « chantiers de Thiès », pour laquelle il a été emprisonné.

Le "tout sauf Wade" trouve-t-il de l'écho dans la population ?

Oui, indirectement, car le contexte économique accable Wade. Les transporteurs sont en grève, le corps professoral manifeste… La situation sociale n’est pas en faveur de Wade. Donc, même si l’opposition ne représente pas l’ensemble de la population, ses slogans trouvent un écho indirect.

Cheikh Tidiane Gadio a évoqué lundi 6 février à Rufisque (banlieue de Dakar) la création d'un « Conseil national de transition » pour contrer Abdoulaye Wade. Quel est le sens de cette proposition ? Est-elle symptomatique d'une perte de vitesse de l'opposition, qui peine à mobiliser ?

Je ne pense pas. Elle peine à venir à bout de Wade, mais pas à mobiliser. La dernière manifestation a rencontré peu d’engouement en raison de la concordance avec une fête religieuse. En ce qui concerne la création d'un CNT, c’est symptomatique de la nécessaire ingéniosité dont l’opposition doit faire preuve pour contrer Wade.

Quels rapports entretient-elle avec le M23 ? Réelles affinités, anti-wadisme primaire, courtisanerie…?

La défense de la Constitution, c’est le point de départ de la contestation de l’opposition et de la création du Mouvement du 23 juin.

Il y a des affinités de circonstance, c’est indéniable. Mais tous se rassemblent sur une chose : la défense de la Constitution. C’est le point de départ de la contestation de l’opposition et de la création du Mouvement du 23 juin.

La candidature de Youssou Ndour était-elle valable ? À qui profite son invalidation ?

La Constitution sénégalaise stipule que pour être candidat, il faut soit rassembler 10 000 signatures, soit être affilié à un parti politique. Mais il est très difficile de dire si Youssou Ndour avait les signatures nécessaires. Elles sont authentifiées par le ministère de l’Intérieur, et le ministère de l’Intérieur, c’est Wade. Ce que l’on peut dire c’est que Youssou Ndour  a commis une grosse erreur. Il a été extrêmement mal conseillé, et n’a pas été à la hauteur des risques et des enjeux. Il aurait dû se faire porter par un parti comme l’avait fait Idrissa Seck en 2007.

Son absence arrange énormément Abdoulaye Wade, dont le camp avait été très énervé de l’annonce de sa candidature. Youssou Ndour l’aurait beaucoup gêné.

N’arrange-t-elle pas également les cadors de l’opposition ?

Pas tant que ça. Sa candidature les arrangeait tant qu’elle était dirigée contre Wade.

Les conditions d’une élection présidentielle, libre et transparente le 26 février prochain sont-elles assurées ?

Sur le papier oui. Mais au Sénégal, le sentiment général est que si Wade participe, il gagne. C’est lui qui organise les élections, il a les atouts pour gagner. De son côté, l’opposition est divisée entre participer ou boycotter l’élection. Sa participation donnerait du crédit à une éventuelle victoire de Wade.

Craignez-vous un embrasement ?

Oui, c’est possible. Le désaccord est profond et il n’y a pas de solution.

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Propos recueillis par Vincent Duhem

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