08/02/2012 à 16h:21 Par Jean-Michel Meyer
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Obiageli Ezekwesili, vice-présidente de la Banque mondiale. Obiageli Ezekwesili, vice-présidente de la Banque mondiale. © AFP

Dans un rapport publié le 8 février 2012, la Banque mondiale dénonce la perte de "milliards de dollars" chaque année à cause de la faiblesse des échanges commerciaux entre pays africains. Et livre des pistes pour favoriser la zone continentale de libre-échange prônée par les chefs d'États au sommet de l'Union africaine fin janvier.

Le rapport de la Banque mondiale (BM) publié le 8 février 2012 sur la faiblesse des échanges commerciaux interafricains est édifiant. Intitulé pompeusement « La défragmentation de l'Afrique : approfondissement de l'intégration du commerce régional des biens et des services », il indique que chaque année « l'Afrique perd des milliards de dollars en revenus commerciaux. »

Le commerce interafricain ne représente que 11% des échanges commerciaux sur le continent.

Un rapport qui  tombe à pic alors que les chefs d'États réunis au sommet de l'Union africaine, les 30 et 31 janvier 2012, ont recommandé d'œuvrer pour la mise en place d'une zone de libre-échange continentale à l'horizon 2017. Car aujourd'hui, le commerce interafricain ne représente que 11% des échanges commerciaux sur le continent contre 72% pour les échanges intra-européens et 52% pour le commerce intra-asiatique, d'après la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique.

Opportunités non exploitées

« Les milliards de dollars perdus » en Afrique (le poids de l'informel, représentant jusqu'à 90% des flux d'échanges officiels entre pays africains, empêche un chiffrage plus précis) relevés par la Banque mondiale dans son rapport, montrent l'ampleur de la tâche qui attend le continent. « Il existe des opportunités considérables d’échanges transfrontaliers de produits alimentaires, produits manufacturés de base et services qui demeurent inexploitées en Afrique », indique les rapporteurs de la BM. Tout en pointant du doigt les nombreux obstacles au quotidien qui empêchent l'essor des échanges entre pays africains.

« J’achète mes œufs au Rwanda. Dès que je rentre au Congo, je dois donner un œuf à chaque fonctionnaire qui me le demande. Certains jours, je donne plus de 30 œufs », témoigne une commerçante d’œufs et de sucre de Goma. De son côté, la chaîne de supermarchés sud-africaine Shoprite dépense 20 000 de dollars par semaine en permis d’importation pour distribuer de la viande, du lait et des produits à base de plantes dans ses magasins zambiens. L’enseigne dépose entre 100 et 300 demandes de permis d’importation  par semaine. Et au volant de son camion, un livreur de marchandises Shoprite traversant une frontière de la sous-région peut avoir avec lui jusqu’à 1 600 documents administratifs en tout genre.

Responsabilité des chefs d’États africains

« Les entraves au libre-échange sont énormes et affectent de manière disproportionnée les petits commerçants, dont la plupart sont des femmes. Il revient désormais aux dirigeants africains de joindre l’acte à la parole et de travailler ensemble pour harmoniser les politiques, le cadre institutionnel et mobiliser les investissements nécessaires pour établir un marché régional robuste à la mesure des aspirations du continent africain, de son milliard d’habitants et de son économie de deux mille milliards de dollars », lance Obiageli Ezekwesili, vice-présidente de la Banque mondiale, région Afrique, et ancienne ministre des Industries extractives du Nigeria.

Et Marcelo Giugale, directeur du service régional de réduction de la pauvreté et de la gestion économique pour l’Afrique à la BM, d'enfoncer le clou pour mobiliser les chefs d'État africains : « Imaginez les avantages qu’il y aurait à permettre aux médecins, infirmières, enseignants, ingénieurs et avocats africains de pratiquer n’importe où sur le continent… Or, ce sont les pays eux-mêmes qui sont d’abord et avant tout responsables de la concrétisation de ces possibilités. Le but ultime est clair : aider les Africains à échanger des biens et services entre eux. Peu de contributions offrent autant de potentiel de développement que cette mission. »

Pistes de réflexion

Pour avancer, la BM insiste bien dans son rapport sur le fait que « pour établir des marchés régionaux intégrés qui attirent des investissements dans les industries agroalimentaires, les industries manufacturières et de nouvelles activités de services, les responsables de l’action publique ne peuvent plus se contenter de signer des accords visant à abaisser les droits de douane. Il leur faut promouvoir un processus plus global d’approfondissement de l’intégration régionale. »

Pour cela, le rapport ouvre cinq pistes de réflexion pour les États :

1. Pour assurer une intégration régionale efficace, il ne suffit pas d’éliminer les droits de douane, il faut s’attaquer aux obstacles sur le terrain qui paralysent les opérations quotidiennes des producteurs et des négociants ordinaires.

2. Il est nécessaire, à cette fin, de poursuivre des réformes réglementaires et, ce qui est tout aussi important, de renforcer les capacités des institutions qui ont pour mission d’appliquer des réglementations.

3. Le programme d’intégration doit couvrir les services aussi bien que les marchandises. En effet, les services sont des intrants créateurs d’emplois. Il suffit de considérer le rôle que les transports jouent pour les industries manufacturières.

4. Il importe de mener une action simultanée au niveau supranational et au niveau national.

5. Il importe que les bailleurs de fonds internationaux réorientent leurs efforts pour aider les pays à comprendre l’économie politique qui motive la résistance aux réformes propices à l’intégration.

Sur ce dernier point, la BM veut doubler ses investissements dans le domaine de l’intégration régionale passant de 4,2 milliards de dollars en 2011 à 5,7 milliards de dollars en 2012.

Dernière interrogation du rapport : « Pourquoi les dirigeants affirment-ils publiquement et, dans l’ensemble, sincèrement leur appui à l’intégration alors que les obstacles effectifs au commerce perdurent ? »

Réponse en juin ou juillet, lors du prochain sommet de l'Union africaine à Lilongwe au Malawi, pour voir si les chefs d'États ont fait avancer la cause de la zone de libre-échange continentale.

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