02/02/2012 à 13h:01 Par Rémi Carayol, à Dakar
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Abdoulaye Wade, président du Sénégal, brigue un troisième mandat. Abdoulaye Wade, président du Sénégal, brigue un troisième mandat. © AFP

La candidature d’Abdoulaye Wade à la présidentielle et la contestation politique qui en découle suscitent une pluie de critiques venues de l’étranger. Pour tenter de rafraîchir l'image passablement écornée de la démocratie sénégalaise, le gouvernement sénégalais a décidé de riposter en envoyant ses ministres au front.

La France et les États-Unis qui réclament, en des termes peu diplomatiques, « un passage de génération » au Sénégal. La mission des observateurs de l’Union européenne qui intervient peu de temps après la décision du Conseil constitutionnel de valider la candidature d’Abdoulaye Wade et d’invalider celle de Youssou Ndour, pour réclamer de la transparence. Des médias, comme le quotidien français Le Monde, qui appellent Wade à prendre sa retraite. Et surtout des images de pneus et d’étal brûlés, de jets de pierres et de gaz lacrymogène, de blessés et de morts en plein Dakar, diffusées dans le monde entier… C’en est trop pour un pays qui s’enorgueillissait jusqu'à présent d’être la vitrine démocratique de l’Afrique de l’Ouest.

"Ingérence"

Inquiets de cette image qu’ils jugent tronquée, les tenants du pouvoir ont vivement réagi tout au long de la semaine, en soufflant tantôt le chaud, tantôt le froid. Trois jours d’affilée, Abdoulaye Wade a envoyé trois de ses fidèles au charbon.

Lundi, Serigne Mbacké Ndiaye, le porte-parole du président, a dénoncé sans la citer au cours d’une conférence de presse une dépêche de l’AFP trop tendancieuse à son goût. Il en a profité pour se moquer d’une opposition qui « appelle à l’insurrection pour ne pas aller aux élections ».

Mardi, Ousmane Ngom, le ministre de l’Intérieur – un des durs du régime – a joué le rôle du porte-flingue en dénonçant en des termes forts « l’ingérence » de Paris et Washington. « Nous ne pouvons pas recevoir d’injonction de la part de qui que ce soit. Les Américains et les Français sont très mal placés pour nous dire la conduite à tenir », a-t-il martelé.

Le lendemain, c’est Madické Niang, le ministre des Affaires étrangères, un proche de Wade, qui a tenu une conférence de presse essentiellement destinée aux médias étrangers, pour réaffirmer la « transparence » du prochain scrutin, mais surtout pour rappeler aux « pays amis » que le Sénégal « n’a de leçon à recevoir de personne ». Selon lui, les opposants font tout pour « donner une mauvaise image du Sénégal » en brûlant pneus et étals dans les rues de la capitale.

"Bataille perdue en amont"

Selon un diplomate sénégalais, ces nombreuses sorties traduisent l’inquiétude du pouvoir qui voit affluer les médias internationaux (essentiellement français) pour suivre les manifestations. Mais la bataille, reconnaît-il, a été perdue en amont. Voilà des mois en effet que les membres du M23, dont certains disposent de réseaux de poids en France et aux États-Unis, font du lobbying à l’étranger pour faire valoir la non-validité d’une nouvelle candidature de Wade.

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Rémi Carayol, à Dakar
 

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