31/01/2012 à 19h:07 Par Mathieu Olivier
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La Russie pourrait ne plus soutenir Al-Assad si ses intérêts en Syrie étaient préservés. La Russie pourrait ne plus soutenir Al-Assad si ses intérêts en Syrie étaient préservés. © Eskinder Ebebe/AFP

Alors que les affrontements s’intensifient en Syrie, la Russie a une nouvelle fois rejeté, dans la soirée du 31 janvier, lors d’une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies à New-York, toute résolution condamnant le régime de Bachar al-Assad. Celui-ci, de plus en plus isolé, continue donc de bénéficier du soutien de son allié russe. Mais pour combien de temps ?

Dans la soirée du 31 janvier, lors d’une réunion du Conseil de sécurité, les Occidentaux, France et Etats-Unis en tête, ont ainsi milité pour l’adoption d’une résolution basée sur l’agenda de sortie de crise proposé par la Ligue arabe et prévoyant le départ de Bachar al-Assad ainsi que le transfert du pouvoir au profit de son vice-président et la formation d'un gouvernement d'union nationale.

Ils se sont heurtés, une nouvelle fois, à la position de la Russie pour qui le Conseil de sécurité « ne peut pas imposer les conditions d'un règlement interne [et] n'a tout simplement pas le mandat pour le faire », selon les mots de l'ambassadeur russe à l'ONU Vitaly Tchourkine. Moscou privilégie de son côté, comme elle l’avait fait en décembre, une simple trêve entre Assad et les insurgés et des négociations sous sa propre tutelle.

Bastion russe

La Russie semble donc bien décidée à continuer d’utiliser son droit de veto, en tant que membre permanent, et à faire échouer toute tentative d’ingérence de la communauté internationale en Syrie. Et le « silence scandaleux » du Conseil sécurité et la « boucherie » syrienne, comme l’a dénoncé le ministre français des Affaires Etrangères Alain Juppé mardi soir, ont toutes les chances de se poursuivre.

Et pour cause, pour Moscou, Damas reste le principal, et le seul, allié du régime au Proche-Orient d’un point de vue militaire et économique. L’armée russe possède une base militaire à Tartous, qu’elle est d’ailleurs en train d’agrandir, sur la Méditerranée et Moscou a vendu à la Syrie quelques 529 millions d'euros de matériels d’armement en 2010. Soit 7% des ventes russes à l’étranger, notamment via l'agence publique d'exportation d'armements Rosoboronexport qui affrétait encore il y a quelques jours un navire-cargo battant pavillon de Saint-Vincent-et-les Grenadines avec à son bord de 35 à 60 tonnes de munitions. De 2004 à 2008, le volume des échanges entre les deux pays est même passé de 220 millions à 2 milliards de dollars.

Et si Moscou négociait déjà l’après-Assad ?

Faut-il néanmoins conclure au soutien indéfectible russe à Bachar al-Assad ? Moscou, qui a entamé des dialogues officiels avec les rebelles syriens du Conseil de Transition, en les recevant sur son sol, semble visiblement plus attaché à la pérennité de sa présence au bord de la Méditerranée qu’à celle du régime des Assad.C’est donc avant tout une bataille d’intérêts économiques et politiques qui continue de se jouer à New-York. D’une part, les Occidentaux cherchant à reprendre pied en Syrie, comme ils l’ont fait en Libye. De l’autre, les Russes, négociant leur abstention pour y conserver une place de choix, dans le domaine militaire notamment qui représente une part importante de l’économie du pays. Au milieu de ce jeu politique, le poids des quelques 5 000 personnes décédées selon l’ONU depuis le début des affrontements, semble encore insuffisant pour changer la donne.

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