25/01/2012 à 10h:20 Par Jeune Afrique
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Un étudiant enjambe l'entrée de l'Université de Manouba, à Tunis, le 24 janvier 2012. Un étudiant enjambe l'entrée de l'Université de Manouba, à Tunis, le 24 janvier 2012. © Fethi Belaid/AFP

La police a été contrainte d’intervenir pour mettre fin à l’occupation de la faculté des Lettres de la Manouba par des salafistes remettant en cause l’interdiction du port du voile islamique intégral à l’université. Une quinzaine d’entre eux ont été évacués mardi 24 janvier.

Une quinzaine de partisans du port du voile islamique intégral qui occupaient le premier étage et le rez-de-chaussée de la faculté des Lettres de la Manouba près de Tunis et s'y étaient installés pour passer la nuit, « ont été évacués (mardi 24 janvier) par la police à 18H30 », a affirmé Habib Kazdaghli, doyen de l’établissement tunisien.

"Le calme est de retour"

C’est à sa « demande » que « le procureur de la République s'est déplacé constater la situation » et a ensuite ordonner l’évacuation des manifestants présents depuis près de deux mois dans l'enceinte, a précisé Habib Kazdaghli. « On a relevé, grâce à la fermeté des professeurs, le défi d'organiser les examens. La faculté est évacuée, le calme est de retour. Mais le problème ressurgira si ces manifestants ne sont pas poursuivis en justice », a-t-il mis en garde.

« On n'a pas voulu jouer l'épreuve de force pour ne pas donner l'occasion à Kazdaghli de nous envoyer en prison et d'en finir avec notre combat pour le niqab », a déclaré pour sa part Mohamed Bakhti, le porte-parole du sit in. « On va se réunir ce soir pour décider de la suite de notre mouvement, mais les filles vont continuer leur grève de la faim », a-t-il assuré, en référence à quatre étudiantes qui ont entamé il y a quelques jours un jeûne en dehors de la faculté.

Violences et sit in

Mardi, des étudiants ont tenté de forcer les portes et d'escalader les grilles de l’établissement pourtant déclaré « centre d'examens fermé » à l'occasion du début des évaluations semestrielles. La présence d’une quinzaine de gardiens universitaires, appuyés par des professeurs portant un brassage rouge, n'a pas suffi à dissuader les salafistes qui ont notamment cassé la porte des locaux du département d’arabe, molesté et insulté des enseignants, selon des témoins.

À l‘occasion de cette session d’examen, des jeunes filles en niqab devaient signer un engagement selon lequel elles découvriraient leur visage une fois arrivées dans la salle d'examen, faute de quoi l'entrée leur était refusée. L'incident s'est produit à l'intérieur du campus (interdit à la presse) à la suite de l'expulsion d'une étudiante qui refusait d'ôter son niqab, ont rapporté des témoins.

Des dizaines de manifestants, en majorité non étudiants, selon la direction de la faculté, organisent depuis le 28 novembre un sit in permanent dans l'enceinte des bâtiments et perturbent le déroulement des cours, ce qui avait entraîné la fermeture administrative de l'établissement. Début janvier, un accord avait été trouvé pour sa réouverture et l'organisation des examens, mais les manifestants sont restés sur place.

Le gouvernement critiqué

Depuis le début de cette affaire, l'administration et le corps enseignant ont dénoncé l' « inertie » de leur ministère de tutelle dans le gouvernement islamiste. « Le gouvernement Jebali nous laisse face à la terreur et à la violence, les enseignants sont les seuls à faire le sale boulot », s'est indignée mardi une enseignante, Fadila Laouini.

Lundi, dans un discours devant l'Assemblée nationale constituante, le Premier ministre Hamadi Jebali avait pourtant déclaré que son gouvernement était déterminé à « faire appliquer la loi » contre les « sit in sauvages », citant notamment les universités. Le président de la République Moncef Marzouki a de son côté condamné mardi les incidents à la faculté, et s'est prononcé pour « la neutralité de l'université qui doit rester loin des conflits confessionnels et politiques ».

(Avec AFP)

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