Alors que la situation politique s'est une nouvelle fois tendue en Guinée, Mohamed Touré lance un appel au dialogue entre le pouvoir et l'opposition. Le leader du PDG, également fils du premier président guinéen, espère que les législatives attendues depuis un an seront bientôt organisées.
Mohamed Touré, 51 ans, a repris les rênes du Parti démocratique de Guinée (PDG) fondé par son père Ahmed Sékou Touré, le premier président de la Guinée. Depuis son retour à Conakry il y a trois ans, après un exil en Côte d’Ivoire puis aux États-Unis, il tente de ressusciter un parti qu’on annonçait mort avec l’avènement du pouvoir militaire de Lansana Conté, en 1984.
Bien que membre de la mouvance présidentielle, Mohamed Touré, se montre souvent critique vis-à-vis du pouvoir. Et il prend une nouvelle fois ses distances en appelant le président Alpha Condé et son opposition, à renouer les fils du dialogue rompu et à mettre « temporairement les considérations partisanes à l’écart en privilégiant l’intérêt de la nation ».
De fait, l’espoir né de l’amorce d’un dialogue politique inclusif, à la fin de 2011 en Guinée, s’est vite estompé. À la mi-janvier, l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP, de l’ex-premier ministre Lansana Kouyaté) ainsi que le Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition (conduite par les opposants Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré), ont suspendu leur participation au dialogue avec le pouvoir.
Mohamed Touré, secrétaire général du PDG demande au président Alpha Condé « d’aller aux élections et de ne pas chercher nécessairement une majorité quasiment absolue ». Mais l’opposition aussi en prend pour son grade. « Je dirais que l’attitude qui consiste à créer des alibis à chaque tournant du dialogue est politiquement improductive », martèle Touré.
Méfiance réciproque
Du côté du pouvoir aussi, on soupçonne l’opposition de vouloir créer des obstacles à chaque avancée du processus politique pour empêcher le président Condé de travailler sereinement. Les législatives qui auraient dues être organisées au début de l’année 2011 ont été fixées fin décembre 2011, avant d’être reportées sur demande d'une opposition plus que méfiante afine de donner une chance au dialogue.
Mais dans les couloirs de Sékoutouréyah (palais présidentiel), certaines personnalités de l’entourage présidentiel ne verraient pas d’un mauvais œil l’organisation de législatives en avril, quitte à ce que le pouvoir y aille sans l’opposition.
Boycott
« Notre parti n’est pas adepte de la politique de la chaise vide, confirme Mohamed Touré. Le PDG aura bel et bien une liste aux législatives », explique-t-il. Du côté de l’ADP, à en croire Sékou Konaté, président du Mouvement démocratique guinéen (Modemgui) et ex-secrétaire général du Parti de l’unité du peuple (PUP de Lansana Conté), la perspective du boycott des législatives n’est pour l’heure pas à l’ordre du jour. Quant aux opposants du Collectif, ils adoptent une position radicale. « Nous n’irons pas aux législatives dans ces conditions-là, prévient leur porte-parole Faya Millimouno. Et nous nous donnerons tous les moyens légaux pour que nos préoccupations soient prises en compte et que les conditions de la transparence électorale soient effectives ».
Se dirige-t-on vers un scénario à l’ivoirienne, où le pouvoir d’Alassane Ouattara a réussi sans véritables anicroches à organiser fin décembre les législatives, en dépit de l’appel au boycott du parti de Laurent Gbagbo ?
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Par André Silver Konan, envoyé spécial à Conakry

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