23/01/2012 à 19h:03 Par Jeune Afrique
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Le directeur de Nessma, Nabil Karoui, devant le tribunal à Tunis, le 23 janvier 2012. Le directeur de Nessma, Nabil Karoui, devant le tribunal à Tunis, le 23 janvier 2012. © Fethi Belaid/AFP

Ce lundi 23 janvier à Tunis, le chaos était tel à l'intérieur et à l’extérieur de la salle d’audience que le procès du patron de la chaîne privée tunisienne Nessma a été reporté au 19 avril prochain. Nabil Karoui est assigné en justice pour "atteinte aux valeurs du sacré" suite à la diffusion du film d'animation Persepolis en octobre.

L’ « Affaire Nessma TV » est-elle seulement celle d’un patron d'une chaîne tunisienne poursuivi pour « atteinte aux valeurs du sacré » après la diffusion en octobre du film contenant une scène montrant Dieu, représentation proscrite par l'islam ? Sans doute non, tant la tension qui entoure le procès du patron de Nessma est forte.

L'audience de Nabil Karoui, et deux autres personnes a bien repris lundi 23 janvier à Tunis... Mais pour quelques minutes seulement, le temps pour le patron de Nessma de dénoncer « un procès politique », avant d’être suspendue devant le chaos à l'intérieur et à l'extérieure de la salle d'audience. Le procès a finalement été reporté au 19 avril.

"La Tunisie est à la croisée de chemins"

Dans la salle c'est la cohue et des altercations éclatent entre les avocats. À l’extérieur pro et anti Nessma s’opposaient depuis 08H00 du matin à coup de slogans qui laissent transparaitre deux visions opposées de la nation : « Procès test pour la démocratie et la liberté d'expression » pour les partisans de Nessma, « défense du sacré et des croyances religieuses » pour ses détracteurs. « Le peuple veut la fermeture de Nessma ! », « Vous, médias, lâches, sachez que la religion ne doit pas être diffamée ! », « le peuple est musulman et ne cédera pas ! » criaient également de jeunes salafistes.

« Les enjeux vont au-delà de M. Karoui et de Nessma », a déclaré Olivia Gré, représentante de Reporter sans frontières (RSF) en Tunisie, reconnaissant que « certains Tunisiens s'étonnent de voir M. Karoui érigé en héraut de la liberté d'expression » alors que sa chaîne avait été pour le moins conciliante avec l'ancien régime de Ben Ali.

Symboliquement vêtu de sa robe d’avocat, l'ancien Premier ministre tunisien Béji Caïd Essebsi, était présent en soutien à Nessma TV, comme des ténors du barreau, des représentants d'ONG. « Je suis venu apporter mon soutien moral pour défendre la liberté d'expression, c'est important car la Tunisie est à la croisée de chemins », a-t-il déclaré.

"Instrumentalisation des sentiments religieux"

Le dirigeant du parti Ettajdid (gauche) Ahmed Brahim, s'était déplacé pour protester contre « l'instrumentalisation des sentiments religieux ». « Le pays connaît aujourd'hui des problèmes immenses, sociaux, économiques, et la solidarité nationale est nécessaire », a-t-il dit.

La diffusion le 7 octobre 2011 par Nessma TV du film d'animation franco-iranien Persepolis avait suscité une vague de violences, quinze jours avant les élections Constituantes. Des groupes d'extrémistes avaient tenté d'attaquer le 9 octobre le siège de la chaîne à Tunis puis la maison de Nabil Karoui quelques jours plus tard.

En octobre, les responsables politiques avaient mollement condamné les violences. Toutefois, le parti islamiste Ennahdha a jugé, lundi que les poursuites judiciaires contre Nessma « ne représentaient pas la meilleure des solutions » et affirmant son « attachement à la liberté d'expression ».

(Avec AFP)
 

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