23/01/2012 à 12h:43 Par Aurélie Fontaine, à Dakar
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Des militants du mouvement Y'en a marre à Dakar, en septembre 2011. Des militants du mouvement Y'en a marre à Dakar, en septembre 2011. © AFP/Seyllou

À l'occasion de la "Foire aux problèmes" organisée par le mouvement citoyen Y’en a marre dimanche à Dakar, des centaines de Sénégalais ont expliqué comment ils jugeaient le bilan d'Abdoulaye Wade. Si les avis sont généralement critiques, l’indécision l’emporte encore à deux mois de la présidentielle.

Place de l'Obélisque, dans le quartier populaire de Colobane, à Dakar. C'est ici que le mouvement Y’en a marre organisait dimanche 22 janvier une "Foire aux problèmes". Objectif : laisser les Sénégalais s’exprimer sur les difficultés du quotidien (cherté de la vie, inondations, éducation…) à travers des débats et des projections de films.

Plus de 300 participants et quelque 6 700 visiteurs sont venus s’informer, écouter et exposer leurs problèmes, le tout dans une ambiance bon enfant. Au milieu des stands, un vieux bus bariolé et en mauvais état du type de ceux qui assurent les transports en commun dans la capitale sénégalaise. À l'arrière du véhicule, une affiche revendique : « Plus de surcharge dans les transports, une place = un usager ».

Ce sont ces « cars rapides », bondés, où les Sénégalais se tiennent debout à l’extérieur du véhicule, accrochés à la portière, qui défrayent régulièrement la chronique pour cause d'accidents mortels. Et ce sont aussi des solutions à ce genre de problèmes du quotidien que les Y’en a marre aimeraient voir dans les programmes des candidats à la présidentielle.

Curiosité

Beaucoup de Sénégalais se sont rendus à cette foire par solidarité ou militantisme, mais aussi par curiosité, comme Sokhna Tine Sarr, étudiante en comptabilité de 24 ans. « J'ignorais  que les gens vivaient comme ça, que les pêcheurs pouvaient revenir sans poissons et donc sans rien gagner ou que la banlieue était si sale, si inondée. En 2007 j'ai voté Wade, j'avais confiance en lui. Il a échoué sur l'emploi des jeunes, et puis les gens ne peuvent plus manger à leur faim. Certes, il a amélioré les infrastructures et construit des monuments, et c'est important pour le développement d'un peuple. Mais ce n'est pas suffisant ».

La jeunesse, qui avait massivement porté Abdoulaye Wade au pouvoir en 2000, est aujourd'hui désabusée. Deux échecs du pouvoir reviennent fréquemment dans les discussions : la corruption et l'emploi des jeunes. Au Sénégal, le taux de chômage atteint les 40%.

Étudiant en finance de 28 ans, Abbas Moussa Diallo explique comment il a perdu espoir : « Entre 2000 et 2002, Abdoulaye Wade a eu deux années de grâce. Mais à partir de 2003 il a commencé à pratiquer la dévolution monarchique, avec l'entrée de son fils en politique, et à banaliser la corruption. En 2007 j'ai voté pour lui, voulant lui donner une seconde chance, car sa politique a tout de même permis de démasquer certaines personnalités, notamment des chefs religieux qui n'étaient intéressés que par l'argent ».

Perfusion

Le sociologue Ferdinand Diop, qui se dit « admiratif » devant la jeunesse qu'il a vue à la foire, n'a quant à lui jamais voté pour le président actuel. « Avec l'alternance, nous avions une chance inespérée de bâtir un nouveau type de Sénégalais, explique-t-il. Le peuple était disposé à accepter tous les changements. Puis on nous a fait croire que la valeur travail n'était pas si importante. Et elle a été remplacé par cette capacité à nous perfuser de l'argent, à nous procurer un bonheur matériel immédiat, mais on ne construit pas un avenir comme ça. Quant aux développement des routes dont tout le monde parle, moi je ne vois rien. Regardez là devant vous, la route est mauvaise ! ».

En général, le bilan politique d'Abdoulaye Wade est jugé sévèrement. Mais peu savent encore pour qui ils vont voter. Beaucoup de Sénégalais attendent avec impatience  les programmes des candidats à la présidentielle pour se décider. Mais l'action du futur président, quel qu'il soit, sera jugée en priorité sur trois points : les « dysfonctionnement de la justice », « le prix des denrées de premières nécessité » et « le taux de chômage ».

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Par Aurélie Fontaine, à Dakar

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