11/01/2012 à 19h:33 Par Pierre Boisselet
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Des soldats du FPR devant l'épave du Falcon 50 de Habyarimana, abattu le 6 avril 1994. Des soldats du FPR devant l'épave du Falcon 50 de Habyarimana, abattu le 6 avril 1994. © Corinne Dufka/Reuters

Le rapport des experts français sur l’attentat du 6 avril 1994 contre l'avion présidentiel de Juvénal Habyarimana démontre que ses auteurs ne sont pas des membres du FPR. Mais il ne lève pas le voile sur leur identité – loin s’en faut.

Même le camp d’Agathe Habyarimana, la veuve du président rwandais défunt, ne nie pas la portée des conclusions des experts français sur l’attentat qui a coûté la vie à son mari, Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994. « Il y a une forme de nouveauté par rapport au lieu de tir présumé des missiles qui ont abattu l’avion, a déclaré Me Philippe Meilhac, son avocat, à la sortie de la présentation de leurs conclusions, mardi soir.

Celui-ci établit que le missile responsable du crash, à Kigali, du Falcon 50 présidentiel venait très vraisemblablement du camp militaire de Kanombé, alors occupé par les soldats de sa propre armée. Surtout, le rapport démontre que les tirs n’ont pas pu venir des positions de la colline de Masaka (CN), comme le soutenaient jusque-là les partisans de la thèse de la responsabilité du Front patriotique rwandais (FPR).

Un an d’enquête

Cette conclusion s’est imposée au terme d'un an d'enquête, menée en partie sur le terrain par le juge Marc Trévidic, accompagné de géomètres, d’acousticiens et d’experts en balistique et en crashs aériens. Grâce à quels éléments ? D’abord du fait de traces visibles sur l’épave du Falcon. Celles-ci montrent que l’impact est situé sous l’aile gauche de l’appareil, près du réservoir de kérosène, ce qui a provoqué un important incendie et des marques encore visibles. Or depuis la colline de Masaka, il était impossible d’atteindre ce point précis.

Le deuxième indice décisif est fourni par l’expertise acoustique. Plusieurs témoins, se trouvant dans le camp de Kanombé (dont un militaire français) ont entendu le souffle du départ des missiles, puis vu leurs traces dans le ciel et enfin aperçu l’explosion de l’appareil. Or, si les missiles  étaient partis de la colline de Masaka, ils n’auraient pas été entendus distinctement depuis Kanombé et le bruit serait parvenu aux témoins après qu’ils aient vu l’explosion de l’appareil.  Les projectiles n’ont donc pu être tirés que depuis l’enceinte du camp ou à proximité.

Le mystère des missiles

Le rapport d’expertise affirme par ailleurs que les missiles utilisés sont de fabrication soviétique et de type SA-16 selon la terminologie de l’Otan (Igla 1 en russe). Or ceux-ci sont extrêmement difficiles à manier selon les experts : il faudrait plus d’une centaine d’heure de formation pour y parvenir, ce qui les réserve à des militaires particulièrement chevronnés. Seul un des deux projectiles tirés a d’ailleurs atteint sa cible.

Pour Me Philippe Meilhac, l’avocat d’Agathe Habyarimana, il s’agit d’une preuve que les Forces armées rwandaises (FAR, armée du régime d’alors) ne sont pas les auteurs des tirs. « Aucun élément de l’armée rwandaise » ne disposait de ces compétences, a-t-il affirmé à l’AFP mardi soir.

Les avocats des proches de l’actuel président (Paul Kagamé) mis en examen, Mes Maingain et Forster, n’en disconviennent pas. Pour eux, il est possible qu’un petit groupe de militaires des FAR aient été suffisamment formés pour manipuler les lance-missiles. Mais, toujours selon eux, la piste la plus probable reste que les auteurs de l’attentat sont des militaires ou mercenaires étrangers.

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