10/01/2012 à 19h:30 Par Pierre Boisselet
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Des soldats du FPR devant l'épave du Falcon 50 de Habyarimana, abattu le 6 avril 1994. Des soldats du FPR devant l'épave du Falcon 50 de Habyarimana, abattu le 6 avril 1994. © Corinne Dufka/Reuters

Le rapport d'experts commandé par des juges français sur l’attentat qui a coûté la vie à Habyarimana conclut à un tir de missile en provenance d’une caserne militaire contrôlée par les partisans de l’ancien président rwandais. Le rapport judiciaire marque donc l’effondrement de la piste, un temps suivie par la justice française, de la responsabilité de l’actuel président rwandais Paul Kagamé dans un événement considéré comme le déclencheur du génocide d’au moins 800 000 personnes.

Est-ce enfin l’épilogue d’un épisode qui aura empoisonné les relations franco-rwandaises pendant près de 18 ans, et au-delà, tourmenté la mémoire des rescapés du génocide de 1994 ? Mardi, les juges d’instructions français Marc Trévidic et Nathalie Poux ont communiqué aux parties, dont Agathe Habyarimana et des proches de Paul Kagamé mis en examen, les conclusions du rapport d’experts qu’ils avaient commandé sur l’attentat contre l’avion du défunt président rwandais Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994.

Cette enquête, menée à Kigali de septembre à décembre 2010, montre que le missile qui a abattu le Falcon 50 présidentiel a été tiré de la caserne militaire de Kanombe, à Kigali. À cette époque, les lieux étaient occupés par la garde présidentielle, une des unités les plus fidèles au régime d’Habyarimana, qui allait immédiatement commencer le génocide des Tutsis et le massacre des opposants hutus.

Rupture diplomatique

Les conclusions de l'expertise tendent donc à prouver que les auteurs de l’attentat ne sont pas les membres d’un commando du Front patriotique rwandais (FPR, le parti de l’actuel président Paul Kagamé). C’est pourtant la piste qu’avait suivie Jean-Louis Bruguière, le prédécesseur des juges Trévidic et Poux. En émettant des mandats d’arrêts contre plusieurs proches de Paul Kagamé en 2006, celui-ci avait provoqué la fureur du Rwanda, qui décida de rompre ses relations diplomatiques avec la France. Celles-ci ne furent rétablies que fin 2009.

Comme Bruguière, une partie de l’administration française de l’époque, coupable aux yeux de Kigali d’avoir soutenu le régime d’Habyarimana, avait validé la thèse de la responsabilité du FPR. Ce qui leur permettait, croyaient-ils, de remettre sur les épaules du parti de Kagamé une partie de la responsabilité des massacres de son propre peuple.

Kigali félicite les juges français

Aujourd’hui, Kigali se sent – enfin – absout par la justice française. « Il est maintenant clair que l’attentat contre l’avion était un coup d’État mené par des éléments hutus extrémistes et leurs conseillers qui contrôlaient les casernes de Kanombe », a déclaré la ministre rwandaise des Affaires étrangères Louise Mushikiwabo.

« Le rapport d'expertise confirme l'hypothèse d'un départ de tirs de missiles depuis (le camp de) Kanombe et nos clients qui ont été injustement accusés et poursuivis pendant des années se trouvent confortés dans leurs positions », a déclaré après la présentation de l'expertise Me Bernard Maingain, l’avocat des proches de Paul Kagamé.

Pour l’occasion, le communiqué du gouvernement rwandais adresse les premiers compliments à une administration française depuis bien longtemps : « Le rapport d’aujourd’hui est vu comme le résultat d’une investigation de grande qualité, menée par des magistrats français au passé impeccable et menée par des experts de classe mondiale ».

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