05/01/2012 à 16h:43 Par Frida Dahmani, à Tunis
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Des Tunisiens, en février 2011, qui redécouvrent la liberté de s'informer. Des Tunisiens, en février 2011, qui redécouvrent la liberté de s'informer. © AFP

Depuis la chute de Ben Ali, les lecteurs tunisiens ont retrouvé dans leurs kiosques à journaux des titres longtemps censurés. Une liberté d’expression que certains estiment pourtant menacée après la non-distribution énigmatique, fin décembre, de deux hebdomadaires français : "Le Point" et "L’Express".

Premier effet de la chute de Ben Ali, le retour immédiat de la presse internationale dans les  kiosques tunisiens et la levée de toute forme de censure. Ainsi Charlie Hebdo et le Canard enchaîné, titres bannis pendant des années, ont renoué avec les lecteurs tandis que Slah Ennouri, directeur général de la Sotupresse, distributeur des journaux et revues étrangères, confirmait au mois de mars sur la chaîne internationale de la radio tunisienne (RTCI) que les temps avaient radicalement changé et que les lecteurs étaient demandeurs d’une presse libre.

Mais, fin décembre, l’absence des numéros doubles de L’Express et du Point soulevait la question du retour de la censure. Les deux hebdomadaires abordaient des questions devenues sensibles en Tunisie : L’Express faisait sa une sur « la grande histoire des peuples arabes » tandis que Le Point titrait « Questions et réponse sur l’existence de Dieu » avec une iconographie qui représentait le prophète Mohammed.

Pour Slah Ennouri « il n'y a pas eu de censure pour la bonne raison que les numéros desdites revues ne nous ont pas été livrés cette semaine. Les responsables de l’Express, échaudés par l’interdiction de ce numéro au Maroc (où un hors-série du Nouvel Observateur a été également censuré le 4 janvier, NDLR) à cause d'un dossier jugé attentatoire aux Arabes, ont pris la décision de ne pas l’expédier en Tunisie. Quant au Point dont le dernier numéro avait connu le même sort pour les mêmes raisons en Algérie, ils ont tenté de modifier l'illustration, sans y parvenir pour des raisons techniques. Ce qui l’a conduit à renoncer, lui aussi, à nous envoyer notre quota habituel ».

"Sagesse" ou auto-censure ?

Face aux interrogations de l’opinion publique, Slah Ennouri a finalement révélé à Jeune Afrique qu’il avait pris de toute façon, en son âme et conscience, la décision de ne pas distribuer l’Express et Le Point au vu de l'émergence de radicaux islamistes en Tunisie.

« Les représentations du Prophète, très répandues dans le monde chiite, peuvent provoquer, dans l’état actuel du pays, des réactions extrêmes et risquent d’envenimer inutilement une situation critique. Les priorités de la Tunisie sont telles que la sagesse recommande de ne pas susciter de faux problèmes sur des questions épineuses qui détourneraient l’attention des débats essentiels. S’il s’était agit purement d’un contenu rédactionnel, il n’y aurait eu aucun veto mais s’agissant de représentations, les réactions auraient été telles que j’ai préféré éviter de provoquer des censures de tous bords. Cette décision, surtout citoyenne, a été très bien comprise par des journalistes et la profession. »

Certains Tunisiens ne l'entendent cependant pas de cette oreille et y voient l’apparition d’une forme d’auto-censure menaçant insidieusement la liberté d’expression.

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