20/12/2011 à 09h:49 Par Marie Villacèque
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La télévision nord-coréenne a montré le 20 décembre la dépouille de Kim Jong-il. La télévision nord-coréenne a montré le 20 décembre la dépouille de Kim Jong-il. © AFP

Survenue le 17 décembre, la mort du président nord-coréen Kim Jong-il a été annoncée le 19 décembre à la télévision d’État et a plongé le pays dans le deuil. Son décès a entraîné des réactions mitigées à l’international.

La Corée du Nord a perdu son président, Kim Jong-il, dont le décès a été annoncé par une présentatrice en pleurs, toute vêtue de noir. L’homme fort du pays qui a régné sur la République populaire et démocratique de Corée (RPDC) pendant 17 ans, est mort il y a deux jours d’un « infarctus du myocarde sévère et d’une crise cardiaque », selon l’Agence centrale de presse coréenne, alors qu’il se déplaçait à bord de son train blindé. Réputé de santé fragile depuis plusieurs années, il aurait « succombé à un grand épuisement mental et physique ».

Le pays est donc en deuil national et ce, jusqu’au lendemain des funérailles, prévues le 28 décembre à Pyongyang. Si aucune délégation étrangère n’y sera invitée - d’après l’agence KCNA - cela n’a pas empêché les principaux dirigeants internationaux de réagir à la mort du président nord-coréen.

 Depuis ce mardi 20 décembre, la télévision diffuse les images de la dépouille du défunt dictateur.

Hommages des "amis"

Parmi les alliés de Pyongyang, Pékin a exprimé ses « profondes condoléances » dès l’annonce du décès, via le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Liu Weihin, tandis que la Russie, l’un des rares pays à maintenir des relations diplomatiques et économiques avec la Corée du Nord, a adressé ses condoléances dans un télégramme qui « va être publié sur le site du Kremlin », a précisé le porte-parole russe à l'AFP.

Le président vénézuélien Hugo Chavez fait part de sa tristesse et s’est déclaré « pleinement confiant dans la capacité des Coréens » à atteindre la prospérité et la paix dans l’avenir. En Iran, le chef du Parlement, Ali Larijani, a s’est adressé à son homologue nord-coréen, évoquant Kim Jong-il comme un « grand leader d’une nation amie ».

Plus surprenant cependant, le Japon qui n’a jamais entretenu de relations diplomatiques avec la Corée du Nord, a fait de même. Tokyo « espère que cette situation ne va pas avoir de conséquences négatives sur la paix et la stabilité dans la péninsule coréenne », a déclaré le porte-parole du gouvernement japonais, Osamu Fujimura, lors d'un point de presse.

Ennemis sous tensions

A l’inverse, les pays frontaliers de la Corée du Nord et leurs alliés sont sous tension depuis l'annonce du décès de Kim Jong-il. La Corée du Sud a placé son armée en état d’alerte et renforcé la surveillance de sa frontière ultra-sécurisée avec Pyongyang dès l’annonce de la mort de Kim Jong-il. Séoul a demandé à son allié américain, qui maintient 28 500 soldats sur son sol, d'accroître la surveillance par satellite et avion.

Le président américain Barack Obama s’est d’ailleurs entretenu par téléphone avec son homologue sud-coréen Lee Myung-Bak. Il « a réaffirmé la force de l'engagement des États-Unis pour assurer la stabilité de la péninsule coréenne et la sécurité de notre proche allié, la République coréenne », selon une déclaration de la Maison Blanche.

En France, le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, a déclaré : « Nous sommes très vigilants sur les conséquences de cette succession en espérant qu'un jour le peuple de la Corée du Nord pourra retrouver sa liberté. (...) La mort d'un homme ce n'est jamais réjouissant mais la souffrance d'un peuple m'attriste, c'est cela qui est important ». Contrairement à la Chine qui a exprimé ses « profondes condoléances », il a affirmé que c’était une tristesse qu’il ne « partage pas ».

Jack Lang, envoyé spécial en 2009 du président Nicolas Sarkozy sur la Corée du Nord, a, lui, estimé qu’il faut « saisir cette opportunité en accord avec les États-Unis, la Corée du Sud, la Chine et le Japon pour lancer une grande négociation ». Ajoutant qu'on ne « pourra pas tout régler d'un seul coup », il a néanmoins affirmé que « cela pourrait créer une forme d'ouverture ».

Un tournant ?

La mort de Kim Jong-il « pourrait être un tournant pour la Corée du Nord », a estimé William Hague, ministre britannique des Affaires étrangères. Il a appelé Pyongyang à reprendre les pourparlers sur la « dénucléarisation de la péninsule coréenne », puis ajouté : « Nous espérons que le nouveau pouvoir réalisera que c'est en s'impliquant dans la communauté internationale qu'il aura les meilleures chances d'améliorer les conditions de vie du peuple nord-coréen ».

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a affirmé que le décès de Kim Jong-il constituait une « chance pour des changements en Corée du Nord », espérant voir Pyongyang renoncer à son programme nucléaire et améliorer la situation sociale et économique.

La Pologne « espère que les nouvelles autorités de la Corée du Nord retourneront dans un esprit d'ouverture aux négociations à six et à une véritable dénucléarisation de la presqu'île », a indiqué le ministère des Affaires étrangères. Varsovie espère aussi que la mort du dirigeant nord-coréen « ne provoquera pas de déstabilisation ni de menace pour la sécurité régionale ».

Rome souhaite l’ouverture d’ « une nouvelle phase institutionnelle » dans le pays caractérisée par « le dialogue et la coopération avec la communauté internationale », a indiqué le ministère des Affaires étrangères. L’Italie espère ainsi « une reprise du dialogue positif et de la coopération avec la communauté internationale », notamment au sujet de « la prolifération nucléaire, de la paix, de la sécurité régionale et du respect des droits de l’homme ».

L’Union européenne a, elle, dit suivre « avec attention la situation en Corée du Nord » en étant « en contact avec ces partenaires stratégiques » pour analyser « les implications possibles », selon un porte-parole de Catherine Ashthon, chef de la diplomatie européenne.

Enfin, les associations des droits de l’homme ont exprimé leur espoir de voir la situation humanitaire s’améliorer en Corée du Nord. « Nous n’avons pas pu envoyer Kim Jong-il devant le tribunal pénal international. Ce sera donc l’histoire qui le jugera », a déclaré l’ONG sud-coréenne NKnet.

Aucune surprise ne devrait survenir quant à la succession de Kim Jong-Il. Son fils Kim Jong-un, âgé d’une trentaine d’années, a déjà été désigné pour prendre les rênes du pouvoir dans un climat d’incertitude géopolitique.


 

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