14/12/2011 à 17h:59 Par Anne Kappès-Grangé, à Dakar
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Carlos Lopes, directeur de l'Unitar en novembre 2011. Carlos Lopes, directeur de l'Unitar en novembre 2011. © Capture d'écran Youtube/UNITARHQ

Carlos Lopes est directeur général de l’Institut des Nations unies pour la formation et la recherche (Unitar). Il explique pourquoi l’Afrique a tout intérêt à développer ses relations avec les pays émergents.

L’Afrique doit renforcer ses liens de partenariat avec les pays émergents. À Dakar au Sénégal, où il s’exprimait à l’ouverture d’une conférence de deux jours co-organisée par le Pnud (Programme des Nations unies pour le développement) et l’Unitar (l’Institut des Nations unies pour la formation et la recherche)*, Carlos Lopes, directeur général de l’Unitar, a insisté sur « les potentialités énormes » liées à l’apparition de nouveaux partenaires pour l’Afrique, et regretté qu’un « déficit de leadership » empêche le continent de saisir l’opportunité qui lui est offerte.

Jeuneafrique.com : Quelles sont les conséquences concrètes, pour l’Afrique, de l’apparition de ces nouveaux partenaires commerciaux ?

Carlos Lopes : Cela change tout parce que cela ouvre un espace nouveau au continent. À la fin des années 1990 déjà, la crise des institutions de Bretton Woods avait permis une remise en cause d’un modèle et d’un ordre que l’on croyait jusque-là intouchables.

Aujourd’hui, la crise économique et financière que connaissent les pays du Nord démontre une nouvelle fois qu’il n’y a pas, d’un côté, le maître d’école et, de l’autre, l’élève qui doit obéir. Et c’est parce que l’Afrique se trouve dans un monde où il n’y a plus une seule vérité économique, où il n’y a plus un seul maître à bord, qu’elle a désormais l’espace pour envisager une nouvelle relation avec la Chine, l’Inde, le Brésil ou la Corée du Sud.

Les dirigeants africains ont-ils tort de placer tant d’espoirs dans la coopération Sud-Sud ?

Non. D’abord, il ne s’agit de « switcher » entre partenaires traditionnels et partenaires émergents. L’Afrique n’a pas à choisir et peut privilégier des partenariats multiples. Ensuite, il faut bien reconnaître que, dans le fond, la coopération Sud-Sud est plus facile pour les États africains. Elle ne s’accompagne pas d’une longue liste de conditionnalités en matière de santé ou d’éducation.

Paradoxalement, il n’y a pas si longtemps, plus un pays était économiquement faible, plus la liste des conditions et des critères s’allongeait. Ce n’est pas le cas dans les relations entre l’Afrique et les pays émergents. Certes, les termes de l’échange sont parfois brutaux, mais d’une certaine manière, ils sont aussi plus transparents. Avec l’Afrique, les pays dont nous parlons ne font pas de philanthropie, mais les règles sont clairement posées. C’est cela qui est intéressant aujourd’hui pour les dirigeants africains et c’est là qu’il y a une opportunité à saisir. 

Quel rôle jouent le Pnud et l’Unitar dans cette dynamique ?

À terme, bien sûr, l’idée est que nous fassions moins : nous sommes là pour accompagner, former, mais pas pour prendre l’initiative. En revanche, nous pouvons aider à faire en sorte que l’Afrique ne soit pas un spectateur passif. C’est pour cela, par exemple, que nous avons formé cette année 1100 négociateurs africains à la négociation commerciale internationale. Ils pourront désormais jouer un rôle stratégique dans les grandes réunions sur le commerce, le changement climatique ou la paix et la sécurité.

___

Propos recueillis par Anne Kappès-Grangé, envoyée spéciale à Dakar

* Conférence Pnud/Unitar sur « L’Afrique et les partenaires émergents : grands enjeux en matière de commerce et d’investissement », les 13 et 14 décembre à Dakar (Sénégal).

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