Extension Factory Builder
12/12/2011 à 13:31
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Paul Biya 'neutralise' les têtes qui dépassent. Paul Biya "neutralise" les têtes qui dépassent. © AFP

Deux mois d’attente : c’est le temps qu’il a fallu à Paul Biya après sa réélection pour constituer l’équipe gouvernementale chargée de conduire les "grandes réalisations" de son sixième mandat. Celle-ci ne présente que peu de changement par rapport à la précédente, mais le chef de l'État brouille les pistes en ce qui concerne ses "dauphins" présumés.

Hommes de la rue et politologues avaient parié sur le remplacement du Premier ministre anglophone Philémon Yang par un ressortissant du Nord. Il n’en a rien été. Avec une soixantaine de membres (37 ministres, 8 ministres délégués, 4 chargés de mission et 10 secrétaires d’État) dont une majorité déjà aux affaires, le premier gouvernement formé après la présidentielle d’octobre 2011 et annoncé vendredi dernier, n’a pas apporté de bouleversement spectaculaire dans le paysage politique camerounais.

Reconduire Philémon Yang est synonyme de confiance renouvelée à la quasi totalité de son équipe. Tout au plus assise-t-on à un jeu de chaises musicales. Mais des changements notables peuvent augurer d’une nouvelle donne politique.

Il y a quelques mois, les observateurs pariaient encore que l’un des dauphins supposés ou autoproclamés de Paul Biya pourrait le remplacer s’il renonçait à se présenter à la présidentielle de 2011. Non seulement le maître d’Etoudi a rempilé, mais il s’offre désormais le luxe de rebattre les cartes parmi ses successeurs putatifs. Laurent Esso quitte ainsi le secrétariat général de la présidence pour le ministère de la Justice. Secrétaire général du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir), René Emmanuel Sadi cède quant à lui sa place - c’est déjà un événement en soi - à Jean Kuete et se voit attribuer le portefeuille de l’Administration territoriale, précédemment détenu par Hamidou Yaya Marafa.

Chute d'un homme fort

Le remplacement de ce dernier après plus de 20 ans dans les arcanes du pouvoir ressemble fort à la chute d’un homme fort du régime, un de ceux qui ont eu par le passé la confiance de Biya. Il est vrai que, ces derniers temps, son nom avait souvent été cité dans le cadre de l’affaire Albatros, pour laquelle l’homme d’affaires Yves Michel Fotso, notamment, est détenu depuis décembre 2010 à la prison centrale de Yaoundé.

« Il y a comme une opération de neutralisation définitive de ces personnages politiques dont la tête dépasse quelque peu », résume un politologue de la place. Autre grande surprise de ce remaniement, la montée en puissance de Louis-Paul Motaze, secrétaire général des services du Premier ministre, qui apparaît incontestablement comme un Premier ministre bis. Le neveu du chef de l’État quitte le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, où il a assuré la recherche des financements pour les projets structurants du gouvernement, afin d’occuper un poste d’influence et de coordination technique de l’action gouvernementale.

Droit de regard

En définitive, Philémon Yang n’est qu’une façade politique. Louis-Paul Motaze aura un vrai droit de regard sur l’action gouvernementale : il pourra convoquer un ministre et toutes les nominations qui s’effectueront dans chaque ministère devront porter son visa. Autre arrivée gagnante, celle de Pierre Mokouko Bonjo. Après avoir quitté le gouvernement en 2007, celui-ci avait continué à travailler dans l’ombre et bénéficiait de la confiance du chef de l’État. Adjoint au secrétaire à la Communication au sein du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir), il s’était notamment impliqué dans la révision de la Constitution. Bon communiquant, il était en quelque sorte le mandataire du chef de l’État, qu’il représentait par exemple lors des débats télévisés avec d’autres candidats, ou pour la proclamation des résultats à la Cour suprême ou encore devant Elecam, l’instance chargée de superviser les élections.

L’autre grande surprise de ce gouvernement est le maintien en fonction d’Edgard Alain Mebé Ngo’o, ministre délégué à la présidence chargée de la Défense. Visiblement, Paul Biya n’a pas tenu compte de la campagne orchestrée contre lui, pour des faits supposés d’enrichissement personnel. Avec Essimi Menyé, il était l’un des ministres à avoir cristallisé le plus de critiques.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Cameroun

Ces humoristes africaines qui brûlent les planches parisiennes

Ces humoristes africaines qui brûlent les planches parisiennes

Vent de révolution sur les planches parisiennes ? Tout porte à croire qu’en matière de stand-up, les femmes de la diaspora africaine prennent le pouvoir. Claudia Tagbo, Tatiana Rojo, Selavie Newway et Ro[...]

Selavie Neway, la persévérante

Vent de révolution sur les planches parisiennes ? Tout porte à croire qu’en matière de stand-up, les femmes de la diaspora africaine prennent le pouvoir. Connue et reconnue au Cameroun, Selavie Neway a[...]

Qui dirige vraiment le Cameroun ?

Le président règne de loin et supervise de haut, chargeant une poignée de fidèles d'appliquer - voire de déchiffrer - ses directives. Et depuis trente-trois ans ça[...]

Un Boeing d'Air France évite de justesse une collision avec le mont Cameroun

Le crash d'un avion d'Air France a été évité de justesse au Cameroun, au début du mois de mai. C'est une alarme d'urgence qui a incité les pilotes à redresser l'appareil. Le Bureau[...]

Cameroun : sur le port de Kribi, Paul Biya joue la montre

 L'impatience grandit chez les candidats ayant postulé pour les deux terminaux, l'un à conteneurs et l'autre polyvalent, du port de Kribi, au Cameroun. Le dossier a été repris en main par la[...]

Rap camerounais : "Mboko God", de Jovi, album incontournable !

Si, comme nous, vous attendiez l'album du rappeur camerounais Jovi avec impatience, vous ne serez pas déçus. Disponible depuis le 20 mai, "Mboko God" est une réussite incontestable.[...]

C'est du vent !

Les voyages forment tout le monde, quel que soit l'âge de chacun. Il n'y a guère longtemps, je me suis retrouvé dans la capitale - que je préfère ne pas nommer - d'un pays[...]

Football camerounais : les "stats" d'une crise historique

Trois CAN ratées, une Coupe du monde au goût amer, d'anciennes gloires qui se déchirent... Le football camerounais traverse actuellement l'une des pires périodes de son histoire. Où en est-il [...]

Stromae, griot sarcastique malgré lui

Le chanteur belge Stromae est en tournée africaine. Ecoutées au premier degré ou pastichées, les chansons de son album "Racine carrée" illustrent la politique du continent.[...]

Rap camerounais : Tilla "La Marraine"

Impossible de passer à côté d'eux, ils illuminent la scène hip-hop camerounaise. L'un a créé son propre label, les deux autres connaissent des débuts fulgurants.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers