02/12/2011 à 13h:04 Par Laurent de Saint Périer
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Des femmes souvent très jeunes sont aux avant-postes de la révolution syrienne. Des femmes souvent très jeunes sont aux avant-postes de la révolution syrienne. © D.R.

Lors d’un débat organisé par le Fonds pour les Femmes en Méditerranée (FFM) et l'association SouriaHouria à la mairie du IIIe arrondissement de Paris, le 29 novembre, des actrices de la révolution syrienne ont livré leur témoignage sur l'implication des femmes dans la mobilisation contre Bachar el-Assad. Rencontre avec des héroïnes de la liberté.

« On ne peut parler de la révolution syrienne sans parler des femmes et du rôle majeur qu’elles ont joué pour lancer le mouvement et préserver le caractère pacifique et non communautaire des manifestations », insiste Samar Yazbek. Cette journaliste et écrivain a participé aux premières heures de la révolte syrienne contre le régime de Bachar el-Assad. Menacée, arrêtée, elle a été contrainte de se réfugier à Paris où elle continue de militer pour la liberté et la démocratie dans son pays. Le 29 novembre, invitée à un débat à Paris sur l’implication des femmes dans la révolution syrienne, elle a livré un témoignage aussi puissant qu’émouvant.

« Les images diffusées par les télévisions ne rendent pas toujours compte de la présence active des femmes syriennes dans la contestation. Elles étaient pourtant très nombreuses durant les premiers mois. Avec l’intensification de la violence et des menaces, elles se sont fait plus rares dans les manifestations. » À la mi-mars, quand le scandale des enfants arrêtés et brutalisés à Deraa pour avoir tagué des graffitis révolutionnaires a été connu, plongeant le pays dans la colère puis la révolte, des cortèges de femmes sont allées au cœur de Damas exprimer leur indignation. Par la suite, l’omniprésence des forces de sécurité dans la capitale a interdit tout rassemblement : elles ont organisé des « flash-mobs » révolutionnaires, manifestations volantes d’à peine cinq minutes pour ne pas laisser le temps aux autorités de les repérer et de les arrêter.

Poursuivies et traquées

Dès le début de la contestation, les femmes mettent en place l’indispensable logistique médicale pour soigner les blessés et des avocates vont spontanément défendre les premiers opposants arrêtés. Au risque de se voir elles-mêmes poursuivies et traquées, comme l’est aujourd’hui Razan Zeitouneh. Cette juriste de 34 ans, militante des droits de l’homme, s’était spécialisée bien avant la crise dans la défense des prisonniers politiques. Recherchée par les services de sécurité peu après le début de la révolte, elle a eu le réflexe de se cacher.

Manifestation de réfugiés syriens en Turquie contre Bachar el-Assad, le 1er juillet 2011.

© Osman Orsal/Reuters

Pour contraindre l’avocate à se rendre, les autorités ont arrêté son mari et son beau-frère. Elle vit depuis dans la clandestinité mais reste connectée en permanence à Internet et poursuit son combat, via le site qu’elle a créé : Syrian Human Rights Information Links (SHRIL). En octobre, les prix Sakharov pour la liberté de penser (Parlement européen) et Anna Politkovskaïa (Reach All Women in War)  ont rendu hommage à son engagement exemplaire.

Le courage et la détermination des femmes de Syrie dépassent souvent la simple témérité. Yazbek raconte un évènement dont elle a été témoin à Douma, banlieue populaire et conservatrice de Damas. « Des femmes - voilées pour la plupart - étaient venues se joindre à un cortège d’hommes. Ceux-ci leur ont ordonné de rentrer. Mais elles n’ont pas bougé : elles tenaient à manifester. Elles ont ainsi défié leurs propres hommes, en même tant que les policiers et les miliciens qui guettaient. Lorsque ceux-ci ont voulu charger, ces femmes ont formé un cercle de protection autour des hommes… La semaine suivante, elles sont revenues et les hommes les avaient complètement acceptées parmi eux ! »

Très jeunes femmes

Pour les familles des victimes, elles lèvent des fonds et forment des groupes de soutien, y compris à l'étranger (comme sur la photo ci-dessous, à Bordeaux, en France, © AFP). Moins susceptibles d’être fouillées que les hommes, elles font passer le matériel vidéo, filment les manifestations et les diffusent sur Internet. « Les femmes impliquées dans la mobilisation sont pour la plupart très jeunes. Nombre d’entre elles étaient déjà impliquées dans des actions sociales ou culturelles et se sont tout de suite lancées dans le mouvement. » Leur grand souci : éviter que la contestation consensuelle se transforme en une confrontation intercommunautaire.

Elles veillent ainsi à ce que toutes les confessions religieuses soient représentées dans les groupes qui vont porter des condoléances aux familles des tués. Certaines d’entre elles n’hésitent pas à franchir les barrages pour aller taguer des slogans de paix et d’unité dans les quartiers populaires où la propagande du régime tente de réveiller les démons communautaires. « Ces femmes seules et sans voiles ont été merveilleusement accueillies dans des quartiers pourtant très conservateurs », souligne Samar Yazbek.

L’intensification de la violence leur interdit désormais la rue ? Elles inventent les manifestations à domicile : dans un appartement, elles se filment chantant des hymnes patriotiques et brandissant devant leur visage des tissus couverts de slogans. Hélas, comme les hommes, elles paient de leur sang cet héroïsme. Menaces, arrestations arbitraires, torture, viols et exécutions : le 28 novembre, les atrocités pratiquées par les autorités ont été qualifiées de crimes contre l’humanité par la commission d’enquête sur la Syrie du Conseil des droits de l'homme des Nations unies.

Mais nombre de Syriennes ont dépassé le stade de la peur et continuent de se mobiliser, car elles savent que la révolution, comme la société de demain, ne pourra se faire sans elles. Quitte à tomber en martyres de la liberté, parfois sous les balles d’un soldat auquel elles avaient porté de l’eau et des fleurs…

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