28/11/2011 à 15h:20 Par Idir Zebboudj
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Le 26 novembre à Durban, des militants alertent sur les dangers du réchauffement climatique. Le 26 novembre à Durban, des militants alertent sur les dangers du réchauffement climatique. © AFP

Nécessaires l'économie comme à la lutte contre le réchauffement climatique, les énergies renouvelables ont un avenir en Afrique, mais leur développement coûte cher. C’est pourquoi la Banque africaine de développement (BAD) en appelle à la création d’un fonds de financement spécifique au continent. Explications avec Hela Cheikhrouhou, Directrice du département Énergie, environnement et changement climatique de la BAD.

De quel potentiel dispose le continent africain en matière d’énergies renouvelables (ENR) ?

Hela Cheikhrouhou : Le potentiel est très important, mais il diffère selon la filière et la localisation géographique considérée. L’hydroélectricité présente le potentiel le plus important. D’un coût abordable, elle est encore largement sous-exploitée – seulement 8% du gisement continental est mis à profit – notamment en Afrique subsaharienne, à l’exception de l’Afrique du Sud. Des projets sont toutefois en cours de développement en Éthiopie, au Cameroun, ou encore en Guinée Conakry et en République Démocratique du Congo (RDC) avec le concours de la BAD.

Vient ensuite la géothermie (technologie visant à produire de l’électricité en utilisant la vapeur contenue dans les couches magmatiques du sous-sol, NDA). La vallée du Rift présente un potentiel notable. Le pays le plus avancé en la matière est le Kenya, qui dispose déjà d’une puissance installée de 200 MWh et qui développe de futurs champs d’exploitation. En plus d’être constante dans le temps, la géothermie est une ENR assez bon marché – environ 85 $/MWh.

L’éolien reste encore onéreux – autour de 180 $/MWh – malgré les baisses de coûts consécutives aux augmentations de capacités de production enregistrées en Inde et en Chine. Le potentiel se situe surtout en Afrique du Nord, particulièrement au Maroc, ainsi qu’en Égypte.

Qu’en est-il de l’énergie solaire ?

Au même titre que l’éolien, le photovoltaïque a vu ses coûts diminuer de moitié grâce aux économies d’échelle réalisées en Asie sur les composants. Mais cette filière n’est pas idéale pour générer de l’énergie à une échelle commerciale, car tributaire des aléas climatiques. Le coût par unité de production ne devient intéressant que pour de petits réseaux décentralisés, en milieu rural.

Quant à la filière thermique à concentration, c’est la plus chère de toutes, avoisinant les 350 $/MWh. Mais un certain nombre de pays à revenus intermédiaires parviennent à monter des projets à l’aide de financements concessionnels. La BAD a notamment participé au financement de la centrale hybride d’Aïn Bni Mathar, au Maroc. Mais il faut dire que l’Afrique a jusqu’ici très peu bénéficié de financements concessionnels, ou de ce que l’on appelle les financements « climat » (Fonds mondial de l’environnement, Fonds d’investissement du climat, etc.) .

Comment l’expliquez-vous ?

Tous les pays du monde sont mis en concurrence pour l’obtention de ces financement et il s’avère que des pays comme la Chine, le Brésil, l’Inde, le Mexique, sont servis en premier ! C’est pourquoi la fin de l’année 2011 s’avère décisive, avec le prochain round de négociations autour du climat à Durban. Les États africains devraient y renouveler leur demande quant à la création d’un fonds africain « vert », géré par une instance africaine. La BAD est d’ailleurs pressentie à cet effet.

Dans quelle mesure la BAD concourt-elle au développement des ENR en Afrique ?

Le credo de la BAD n’est pas tant le développement des ENR que de favoriser l’accès des populations à une énergie abordable. Dans le cadre de notre stratégie à moyen terme, environ 70% de nos prêts sont affectés au développement d’infrastructures, notamment énergétiques (moyens de production, de transport et de distribution de l’électricité). Car l’énergie est l’oxygène de l’économie. L’enjeu véritable est de contribuer à la production d’une énergie abordable grâce à des technologies « propres » (limitant les émissions de gaz à effet de serre – NDA), en adéquation avec les ressources de chaque pays, traditionnelles comme renouvelables.

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Propos recueillis par Idir Zebboudj




 

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