Toujours en colère contre la chaîne privée Nesma TV, plusieurs milliers d’islamistes présumés ont manifesté vendredi dans plusieurs endroits de Tunis. Puis une centaine d'hommes ont attaqué le domicile du PDG de la chaîne, Nabil Karoui, en banlieue de Tunis. Il n'y aurait pas de victimes.
Mis à jour à 22 heures 59.
Les excuses du président de privée Nessma TV, Nabil Karoui, n’ont pas calmé les ardeurs des islamistes tunisiens présumés. Plusieurs milliers de personnes, essentiellement des salafistes selon les observateurs, criant « Allah Akbar » et des slogans hostiles à Nessma, ont à nouveau manifesté vendredi dans la Kasbah de Tunis, pour protester contre la diffusion par la chaîne tunisienne du film d’animation franco-iranien Persepolis. La police a tiré des gaz lacrymogènes, pourchassant certains manifestants. Plusieurs d’entre eux se sont réfugiés dans la mosquée de la Kasbah.
Pire, le domicile de Karoui a été attaqué vendredi soir vers 19H00 (18H00 GMT) par un groupe d'une centaine d'hommes, a annoncé Nessma TV dans son journal du soir. En cause : « un groupe d'une centaine d'hommes qui ont jeté des cocktails Molotov », a déclaré la présentatrice. Selon les informations qui étaient disponibles dans la soirée, la famille du PDG de la chaîne pu être sauvée in extremis. Sofiane Ben Hmida, un des journalistes vedettes de la chaîne, a précisé qu'une vingtaine d'hommes étaient parvenus à entrer dans la maison, où se trouvaient la femme et les enfants de M. Karoui, qui n'était pas chez lui lors de l'attaque.
« La famille a pu sortir par derrière et est en sécurité. Les assaillants ont saccagé la maison et ont mis le feu », a-t-il dit. Le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Hichem Meddeb, a confirmé l'attaque, mais livré une version légèrement différente. « Une centaine de personnes se sont présentées devant la maison de M. Karoui à La Soukra (banlieue de Tunis). Ils ont forcé la porte extérieure, cassé des vitres et arraché deux tuyaux de gaz », a-t-il dit, précisant ignorer si la famille se trouvait dans la maison à ce moment-là. Cinq personnes ont été arrêtées, a-t-il ajouté, sans donner plus de détails.
Prêches contre Nessma
Une journaliste a dénoncé l'incitation de quelques imams à commettre des crimes à l'encontre des employés de la chaîne, notamment à l'occasion des prêches de vendredi, jour de prière. « Certains imams se sont comportés comme des militants politiques, c'est cela le double discours qu'on voit à l'oeuvre », a lancé Sofiane Ben Hmida.
La manifestation avait pourtant commencé pacifiquement à la sortie d'une mosquée au centre de Tunis après la prière de vendredi, dont les prêches ont été pour la plupart consacrés à l'affaire Nessma. La situation a dégénéré, quand à l'approche du siège du gouvernement, les plus radicaux des manifestants ont poursuivi le mouvement de protestation tandis que les commerçants fermaient leurs boutiques.
Des manifestations du même ordre se sont déroulées dans le quartier populaire de Mellassine, à Bâb Saadoun, cœur d'activité de la capitale, et au Bardo, dans l'ouest de Tunis.
Nabil Karoui, avait été contraint de présenter ses excuses « au peuple tunisien » après la diffusion d’une scène de Persepolis représentant Dieu sous les traits d'un vieil homme barbu, alors que l'islam interdit toute représentation divine du prophète. La colère des islamistes était telle qu’ils ont tenté dimanche d’incendier les locaux de la chaîne. Une violence qui n'est visiblement pas retombée.
(Avec AFP)

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