Extension Factory Builder
11/10/2011 à 09:18
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Sous la présidence de Pires, le Cap-Vert est sorti de la catégorie des 'Pays les moins avancés'. Sous la présidence de Pires, le Cap-Vert est sorti de la catégorie des "Pays les moins avancés". © Seyllou Diallo/AFP/Getty Images

L'ancien président du Cap-Vert Pedro Pires a reçu le prix de la fondation du milliardaire soudanais Mo Ibrahim, qui récompense un chef d'État africain ayant quitté le pouvoir démocratiquement. Faute de candidats, il n'était pas attribué depuis deux ans.

Enfin ! Après deux années blanches, le comité d'attribution du Prix « pour le leadership d'excellence en Afrique » de la Fondation Mo Ibrahim a finalement trouvé un successeur à Festus Mogae, dernier chef d'État à avoir convaincu, en 2008, le jury très exigeant piloté par l'ancien Premier ministre de Tanzanie, Salim Ahmed Salim.

Réunis à Londres, de 11 heures à 14 heures trente, le dimanche 9 octobre 2011, les sept membres du jury ont décidé à l'unanimité de désigner comme lauréat 2011 l'ancien président de la République du Cap Vert, Pedro Verona Pires, dont le second mandat s'est achevé en août 2011. À 77 ans, l'heureux élu est gratifié d'un chèque de 5 millions de dollars versé sur dix ans, complétée par la suite par une rente annuelle de 200 000 dollars à vie.

« Après deux ans, nous avons enfin abouti. Mais l'excellence est difficile à trouver. Et en plus, c'est extraordinaire lorsque tous les membres du jury arrivent à la même conclusion », témoigne l'une des sept jurées Aïcha Bah Diallo, ancienne ministre de l'Éducation de Guinée et actuellement, entre autres fonctions, présidente du forum des éducatrices africaines.

Il est vrai que le milliardaire soudanais Mo Ibrahim, qui a fait fortune dans les télécoms, a placé la barre très haut pour son prix. Le cahier des charges imposé au jury est strict : il doit choisir et récompenser un chef d'État africain qui a quitté le pouvoir de manière démocratique et pacifique au cours des trois dernières années. Outre Pedro Pires, un peu plus de cinq chefs d'État pouvaient postuler au prix : John Kufuor (Ghana), Salou Djibo (Niger), Fradique de Menezes (Sao Tomé et Principe), Ahmed Tejan et Kabbah (Sierra Leone) et Sekouba Konaté (Guinée).

Modèle de démocratie

Pedro Pires les a devancé haut la main. « Le Comité d'attribution du Prix a été impressionné par la capacité de vision du président Pedro Pires qui l'a conduit à transformer son pays en modèle de démocratie, de stabilité et de développement. Sous ses dix ans de présidence, le Cap-Vert est devenu l'un des deux seuls pays africain à sortir de la catégorie des pays les moins avancés (en 2007, NDLR) établi par les Nations Unies, tout en acquérant la reconnaissance de la communauté internationale pour les résultats accomplis en matière de droits de l'homme et de gouvernance », a expliqué Salim Ahmed Salim.

Mo Ibrahim, qui redoutait un nouveau faux bond de son jury, n'a pas masqué sa joie lors de l'annonce de l'identité du nouvel élu au cours d'une conférence de presse au City Hall de Londres : « C'est magnifique de voir un dirigeant africain qui a conduit son pays de l'époque de la domination coloniale à la démocratie multipartite, avec le souci constant des intérêts de ses concitoyens comme principe conducteur. Le fait que le Cap-Vert, avec si peu de ressources naturelles, ait réussi à se hisser au rang de pays à revenu intermédiaire est un exemple non seulement pour le continent, mais pour le monde. Le président Pires personnifie le type de leadership que le Prix entend distinguer. »

Succes story

L'homme de Praia a fortement contribué à faire du Cap-Vert et de ce chapelet de plus d'une dizaine d'îles une success story aussi bien politique et économique que sociale. Selon le FMI, le PIB du pays a progressé de plus de 6% par an entre 2000 et 2009. Le revenu par habitant a augmenté de 181% sur la même période de la présidence Pires. La liste des avancées est longue, comme le taux d'alphabétisation, supérieur à 80% de la population, et l'espérance de vie qui dépasse les 71 ans.

Et surtout n'oubliez pas que Pedro Pires est un ancien général !

Aïcha Bah Diallo, Membre du jury du Prix Mo Ibrahim

Mais pour le jury du prix Ibrahim, Pedro Pires n'est pas qu'un modèle de bonne gestion économique, c'est aussi un modèle de sagesse politique. « Et surtout n'oubliez pas que c'est un ancien général ! », souligne Aïcha Bah Diallo.

Né en 1934 sur l'île de Fogo, il poursuit des études de sciences au Portugal. En 1961, il quitte le pays colonisateur et embrasse la cause de l'indépendance du Cap Vert. Il adhère au Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap Vert (PAIGC). En 1975, le pays accède à l'indépendance après la révolution des Œillets au Portugal, Pedro Pires est nommé Premier ministre par le Parlement et engage des réformes économiques à partir des années 1980. Il occupera le poste jusqu'en 1991, lorsque son parti perd les élections au profit de son éternel rival Carlos Veiga, leader du parti libéral Mouvement pour la démocratie.

À chaque revers électoral, l'homme accepte le résultat des urnes. En 1991, il perdra aussi la tête de son parti qu'il ne retrouvera qu'en 1997, une fois réélu. En 2000 puis en 2006, il est élu président de la République du Cap-Vert. Son second et dernier mandat s'achève en août 2011. Jusqu'au bout, il résiste aux pressions de son camp qui lui demandent de modifier la Constitution pour pouvoir briguer un troisième mandat. « Ce n'est pas en violant la Constitution que l'on fait avancer la démocratie », lance-t-il avant de tirer sa révérence.

Une détermination et un engagement sans faille pour la démocratie qui a convaincu le jury. « Un leader sait se remettre en cause régulièrement et résister aux changements institutionnels », souligne Aïcha Bah Diallo. Autre atout de taille, Pedro Pires n'a pas profité de son passage au pouvoir pour s'enrichir. « En 1991, lorsqu'il a quitté le poste de Premier ministre, il n'avait ni voiture personnelle, ni maison. Il est retourné vivre chez sa mère et ses amis de la diaspora se sont cotisés pour lui acheter un véhicule », relate Aïcha Bah Diallo. Un parcours sans faute qui a ravi Mo Ibrahim. Et les Cap-Verdiens.

_______________

Par Jean-Michel Meyer, envoyé spécial à Londres

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

AUTRES

Boko Haram : attaque meurtrière au Niger sur une île du lac Tchad

Boko Haram : attaque meurtrière au Niger sur une île du lac Tchad

Des combattants de Boko Haram ont pris d'assaut dimanche soir une île située dans les eaux nigériennes du lac Tchad. Aucun bilan n'était disponible dans l'immédiat, mais des sources locales[...]

Procès Simone Gbagbo : l'avocat de l'État ivoirien réclame trois milliards d'euros

Me Soungalo Coulibaly, l'avocat de l'État ivoirien, a réclamé lundi trois milliards d'euros de dommages et intérêts à l'ex-Première dame Simone Gbagbo et à ses 82 co-accus&e[...]

Sénégal : Macky Sall, Karim Wade et Idrissa Seck... récit d'une guerre fratricide

Bien sûr, Macky Sall, Karim Wade et Idrissa Seck n'ont pas une goutte de sang en commun. Mais tous ont grandi dans l'ombre du "Vieux", rêvant de lui succéder. Abdoulaye Wade les a façonn[...]

Une commission d'enquête rwandaise accuse la BBC de négationnisme

Dans un rapport rendu public le 28 février, la commission rwandaise chargée d'évaluer le documentaire controversé de la BBC "Rwanda's Untold Story" recommande notamment d'engager des poursu[...]

CPI : les Palestiniens déposeront plainte contre les Israéliens le 1er avril

Les Palestiniens vont mettre leur menace à exécution. Ils déposeront le 1er avril  une première plainte contre les Israéliens devant la Cour pénale internationale (CPI), a indiqu&ea[...]

Hi-tech : l'envol des dragons chinois !

Xiaomi, Alibaba, Haier et bien d'autres petits dragons se sont lancés à la conquête du monde. En quelques années, ils sont devenus les égaux des géants de la téléphoni[...]

Libye : le général Khalifa Haftar nommé commandant général de l'armée

Le général Khalifa Haftar a été nommé à la tête de l'armée libyenne, a annoncé lundi le président du Parlement reconnu par la communauté internationale,[...]

Burkina Faso : "Timbuktu" au Fespaco, retour sur un couac parti de Belgique

Après avoir été un temps menacé de déprogrammation, le film "Timbuktu" d'Abderrahmane Sissako sera bien diffusé au Fespaco le 6 mars. Retour sur une polémique qui a fait t[...]

Livres : voyage au bout du Venezuela avec Miguel Bonnefoy

Le vénézuélien Miguel Bonnefoy publie un premier roman réjouissant, "Le Voyage d'Octavio". Chronique.[...]

Présidentielle nigériane : Attahiru Jega sera-t-il l'homme de la situation ?

Pour Attahiru Jega, le patron de la Commission électorale, veiller au bon déroulement de la présidentielle sera une gageure.[...]

Égypte : deux morts et neuf blessés dans un attentat devant la Cour suprême

Deux personnes sont mortes et neuf autres ont été blessées lundi, dans l'explosion d'une bombe au Caire, près de la Cour suprême égyptienne.[...]

Burundi : Hussein Radjabu, ex-chef du parti au pouvoir, s'est évadé de prison

La nouvelle risque de ne pas plaire au président burundais, Pierre Nkurunziza. L'ex-chef du parti au pouvoir, Hussein Radjabu, son ennemi juré, s'est évadé de prison dans la nuit de dimanche à [...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces