30/09/2011 à 15h:14 Par Hamid Barrada
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Abdelilah Benkirane : 'Ne comptez pas sur moi pour toucher le Coran !' Abdelilah Benkirane : "Ne comptez pas sur moi pour toucher le Coran !" © AFP

À la mi-septembre, le secrétaire général du Parti de la justice et du développement (PJD), Abdelilah Benkirane, s'est exprimé devant un parterre du Women’s Tribune, une association féministe marocaine. Et ses propos n'ont pas laissé les convives indifférentes. Récit.

Abdelilah Benkirane, le leader islamiste marocain discourant tout un après-midi devant un parterre de femmes de la bonne bourgeoisie marocaine. L’évènement qui n’est pas banal nourrit des spéculations diverses et variées sur l’avenir immédiat du Parti de la justice et du développement (PJD). Simple examen de passage, initiative destinée à préparer son arrivée au gouvernement, opération visant au contraire à susciter répulsion et rejet des barbus… Voici les faits.

La rencontre a eu lieu à Rabat le vendredi 16 septembre dans une élégante villa avec vue imprenable sur le Bouregreg. La maîtresse des lieux est Fathia Bennis qui a été patronne de la bourse de Casablanca puis de l’Office marocain du tourisme avant de diriger Maroclear, une société d’investissement. Elle anime parallèlement Women’s Tribune une association qui lutte pour la parité et qui a organisé un colloque international en 2010 à Essaouira auquel avaient participé des stars de la politique et des médias dont Ségolène Royal.

À défaut d’aller au peuple

À la veille des élections, ces féministes mondaines ont senti le besoin de s’intéresser davantage à la politique. À défaut d’aller au peuple, elles ont invité les partis à présenter leur programme. « C’est le chef du PJD qui a dégainé le premier », confie Salwa Benabdellah, l’une des animatrices de l’association. La rencontre a duré de 17 heures à 20 heures 30. En ouvrant la discussion, Fathia Bennis a précisé que l’objectif était de connaître le parti islamiste « tel qu’il est, loin des mythes et des fantasmes ».

Abdelilah Benkirane a salué le « courage » de son hôte, puis évoqué l’histoire tumultueuse des islamistes avant leur accès à la légalité. Il n’a pas manqué de souligner leur attachement aux institutions, « la monarchie étant inséparable de la nation marocaine ». À ses yeux, la « monarchie parlementaire est totalement inadaptée au royaume chérifien ».

En répondant aux questions, en arabe et en français, il a insisté sur l’éradication de la corruption qui passe par « la désignation aux postes de responsabilités d’hommes et de femmes compétents et intègres ». Il s’est déclaré disposé à venir à d’autres réunions pour en dire plus sur son programme. Interpellé sur « Touche pas à mon enfant », il a assuré qu’il ne nourrissait pas la moindre hostilité à l’endroit de cette association qui combat la pédophilie et qu’il ne demandait qu’à collaborer avec elle.

Agréable surprise

Un moment fort de la rencontre a été la discussion autour de la question de l’héritage. Peut-on modifier la disposition coranique qui accorde à la femme la moitié de ce qu’elle accorde à l’homme ? « Moi, je serai honnête avec vous, ne comptez pas sur moi pour toucher le Coran ! » Il a été applaudi. « Lui, au moins ne raconte pas d’histoire », a commenté une avocate.

L’assemblée comptait une trentaine de femmes et une poignée d’hommes. Bien qu’il passe souvent à la télévision, on découvrait Abdelilah Benkirane avec une agréable surprise.

En pénétrant dans le vaste salon, devant la table chargée de plateaux de douceurs accompagnant le thé, le leader islamiste avait lancé admiratif : « Mais c’est un mariage ! » À l’issue de la rencontre, la plupart des présentes étaient visiblement sous le charme. Tout au plus pourrait-on parler de « mariage de convenance », qui ne dure qu’un temps. Mais il n’est pas admis par l’islam marocain.

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Maroc

Maroc : de blocages en échecs, le conflit du Sahara occidental semble s'enliser

Maroc : de blocages en échecs, le conflit du Sahara occidental semble s'enliser

De blocages en échecs, le conflit du Sahara occidental, parmi un des plus anciens au monde, semble s'enliser dans les sables du désert après la décision du Maroc de retirer sa confiance à l'&ea[...]

France - Maroc : le roi Mohammed VI reçu à l'Élysée par François Hollande

En visite privée en France, le souverain marocain Mohammed VI a été reçu à l’Élysée, jeudi 24 mai, dans l’après-midi. Il est le premier chef d’État[...]

Maroc : dans la roue de Renault

Le Maroc souhaite profiter de l'élan donné par le démarrage de l'usine du constructeur français Renault. Mais, si l'emploi est au rendez-vous, les fournisseurs locaux restent encore peu[...]

Maroc - Automobile : Budget Locasom se lance dans la location longue durée

Au Maroc, c'était jusque-là un service réservé aux entreprises. Budget Locasom se lance dans la location longue durée à destination des particuliers. Pour ses concurrents, l'heure est[...]

Maroc : réforme de l'audiovisuel, saison 1

Décidé à soumettre les télés publiques à un nouveau cahier des charges, le ministre de la Communication marocain Mustapha El Khalfi a déclenché sans le vouloir une[...]

France-Afrique : Hollande et nous

Le nouveau président français François Hollande connaît très mal le continent. Va-t-il y mener une autre politique que son prédécesseur ? Pas fondamentalement. Un changement de style[...]

La Berd se dote d'un fonds spécial pour encourager les démocraties arabes

La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd), créée en 1991 pour aider les ex-pays communistes à réformer leur économie, s'est dotée samedi d'un[...]

Festival de Cannes : "Les Chevaux de Dieu", plongée dans le quotidien de jeunes kamikazes

Avec "Les Chevaux de Dieu", présenté au Festival de Cannes dans la catégorie "Un certain regard", Nabil Ayouch se penche sur l’enrôlement par les mouvements islamistes radicaux[...]

Sahara occidental : l'émissaire de l'ONU ne se rendra pas dans la région pour l'instant

L'émissaire de l'ONU pour le Sahara occidental, Christopher Ross, à qui Rabat a retiré sa confiance, ne se rendra pas dans la région pour l'instant, a indiqué vendredi le porte-parole des[...]

Maroc : Tanger Med repart à l'abordage

Après une année 2011 difficile, le port marocain de Tanger Med montre de nouveau les dents. Il entend rivaliser avec Algésiras, de l'autre côté du détroit de Gibraltar, pour devenir un haut[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers