La coupe du monde de rugby se déroule en Nouvelle-Zélande du 9 septembre au 23 octobre. Comme d’habitude, les deux équipes chargées de représenter le continent seront l’Afrique du Sud et la Namibie. Mais dans leur sillage émergent de plus en plus de sélections nationales africaines.
En Afrique, quand on parle ballon, on ne pense même pas à évoquer sa forme. Il est rond, un point c’est tout. Pendant longtemps, le rugby était un sport de Blancs, pratiqué ici et là dans les pays anglophones du continent. Depuis 1995 et la coupe du monde en Afrique du Sud, les choses ont changé. À l’époque, seuls 12 pays alignaient une sélection nationale. Aujourd’hui, ils sont 36. Le ballon ovale circule dorénavant de la Tunisie au Burundi en passant par le Bénin.
Certes, les Springboks d’Afrique du Sud sont largement au-dessus de la mêlée. Double champions du monde (1995 et 2007), leur suprématie est pour le moment incontestable. À tel point qu’ils sont qualifiés d’office pour chaque coupe du monde. Derrière, le débat pour la seconde place qualificative est plus animé.
Généralement, ce sont les Namibiens qui raflent la mise. Pour la troisième fois consécutive, ils iront se frotter au gratin de la planète rugby. Mais leur qualification n’est pas toujours de tout repos. « On est passé à un doigt de la coupe du monde 2003, se rappelle Ramzi Zoghlami, sélectionneur du XV de Tunisie. Lors du match retour contre la Namibie à Tunis, on loupe la qualification en prenant une pénalité à 30 secondes de la fin ».
Mais pour la coupe du monde en Nouvelle-Zélande, les Tunisiens se sont encore cassé les dents sur le pack namibien. À leurs côtés, Marocains, Kenyans, Zimbabwéens ou plus récemment Ivoiriens viennent régulièrement jouer les trouble-fêtes sur la scène continentale.
"Super esprit de camaraderie"
En quelques années, l’ovalie s'est étendue à tous les pays d’Afrique. Les équipes qui ne se disputent pas la qualification en coupe du monde participent à des tournois régionaux. C’est le cas des Intambwe (lions en kirundi) du Burundi. Tous les ans, ils disputent le Castel Super 16 avec le Rwanda et la Tanzanie.
Mbirizi Emmanuel, 32 ans, est le demi de mêlée des Intambwe et « le plus ancien de l’équipe ». « J’ai commencé le rugby avec des expatriés à Bujumbura. Peu à peu, j’ai ramené des amis burundais. Aujourd’hui, l’équipe nationale est surtout une bande de copains du quartier, une sorte de grande famille avec un super esprit de camaraderie ».
Lorsqu’on l’interroge sur ses meilleurs souvenirs, il répond sans hésiter : « les voyages en bus de trois jours pour aller disputer des tournois en Tanzanie ou au Rwanda ». L’idole d’Emmanuel, c’est Carlos Spencer, ancien maître à jouer des All Blacks. « Un as, un demi d’ouverture terrible ! » s’exclame le rugbyman burundais. Cette année, comme d’habitude, il soutiendra l’Afrique du Sud par solidarité continentale.
Une question de temps
Malgré un manque de moyens et d’infrastructures encore flagrant, le rugby africain progresse dans l’ombre des grands frères sud-africains et namibiens. « Les Africains sont acquis à l’idée que le rugby n’est plus un sport de Blancs, souligne Guédel Ndiaye, président de la fédération sénégalaise de rugby. Aujourd’hui, ça joue partout en Afrique, c’est impressionnant ».
Un peu partout, des écoles de rugby se construisent, des tournois s’organisent. Chaque pays dispose désormais de son championnat interne. Côté joueurs, « la plupart des titulaires des grandes équipes africaines jouent dans les meilleurs clubs français », ajoute M. Ndiaye.
D’après le patron du rugby sénégalais, l’émergence du rugby africain n’est qu’une question de temps. « On a de bons joueurs mais ils n’ont pas encore la culture rugby, analyse-t-il. Aujourd’hui, les gamins commencent de plus en plus tôt dans des structures mieux organisées. Dans quelques années, les gens vont être surpris ! ». Encore un peu de patience et, sur le continent, on ne considérera plus le ballon comme forcément rond.

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