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31/08/2011 à 08h:00
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Abdelfattah Mourou appelle à 'ne pas voter pour les ennemis de la religion.' Abdelfattah Mourou appelle à "ne pas voter pour les ennemis de la religion." © AFP

Fondateur, en 1989, avec, entre autres, Rached Ghannouchi et Salah Karker, du Mouvement de la tendance islamique (MTI), devenu parti islamiste d’Ennahda, dont il s’est démarqué depuis les attentats de Bab Souika, en 1991, Abdelfattah Mourou est l’une des figures politiques les plus populaires depuis la révolution du 14 janvier. Portrait d'un cheick tout en ombre et lumière.

S’il a fait, un temps, cavalier seul, Abdelfattah Mourou a provoqué un coup de théâtre en Tunisie, le 26 août, en rejoignant une liste d’indépendants pour les élections de la constituante du 23 octobre aux côtés de Mustapha Filali, Slaheddine Jourchi, Hamouda Ben Slama et Radhouane Masmoudi.

La scission avec Ennahda est-elle consommée ou est-ce une redistribution de cartes pour attirer un électorat que l’extrémisme effraie ? En apparences, Mourou devient leur adversaire en affirmant : « les estimations indiquent que 60% des effectifs quitteraient Ennahda pour rejoindre nos rangs ! » En fait, le candidat Mourou a tout pour plaire à l’électeur; à lui seul, il symbolise un conservatisme modéré et tolérant qui rassure le tunisien. Mourou le sait et en profite pour avancer ses pions.

Personnage haut en couleurs

Ce ténor du barreau de Tunis, toujours vêtu du costume traditionnel tunisois, fait montre d’une faconde et d’une truculente telles qu’il se démarque du discours rébarbatif des politiciens et qu’il est devenu la coqueluche des médias. Pédagogue, il s’adresse à chacun selon le langage qu’il comprend à la manière de Bourguiba qui avait contré les premières montées de l’islamisme en Tunisie.

Maniant avec dextérité et humour aussi bien le dialecte que l’arabe classique, l’essentiel pour Mourou est de s’exprimer quitte à se contredire ou à entretenir une position ambigüe sur des questions clés telles que la compatibilité entre démocratie et islam politique, une éventuelle application de la charia, la séparation entre religion et pouvoir.

Il se présente comme un démocrate convaincu et pourfend ceux qui « s’entêtent à ancrer dans notre pays une approche de la religion importée d’Orient. Il faut séparer religion et politique. Chacun est libre et doit assumer en toute responsabilité ses actions ». Mais il en appelle également à « ne pas voter pour les ennemis de la religion. »

Quelle partition joue le cheikh ?

Insolite dans le nouveau paysage politique tunisien, cet orateur hors pair, s’est construit, à 69 ans, une image d’islamiste modéré mais aussi d’homme politique redoutable connaissant ses dossiers. Imperturbable, même quand on le soupçonnait d’accointances avec Ennahda, le cheikh Mourou, en bon mélomane, sait que les silences sont aussi un temps de la musique politique. Sa formation de juriste, sa connaissance du pays et de ses hommes ainsi que son sens inné de la politique lui donnerait un rôle clé pour l’élaboration de la nouvelle Constitution tunisienne. Cependant le doute persiste, tout ne semble pas avoir été dit ; est-ce uniquement pour la démocratie que court le cheikh Mourou qui affirme ne pas briguer d’autres mandats ?

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