04/08/2011 à 18h:06 Par Mathieu Olivier
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Pour les jeunes Sénégalais, le français n'est plus la langue véhiculaire depuis longtemps. Pour les jeunes Sénégalais, le français n'est plus la langue véhiculaire depuis longtemps. © Moussa Sow/AFP

Le français est en recul au Sénégal. De moins en moins utilisée, la langue de Molière laisse place au wolof, qui s'impose dans les entreprises, les écoles ou les débats politiques. Sous l'impulsion des jeunes Sénégalais, le mouvement a même gagné Internet, jusqu'à influencer Google ou Mozilla Firefox.

Le Sénégal est-il encore cette perle de l'Afrique francophone qui a donné naissance au « père de la Francophonie », Léopold Sedar Senghor, ou au dirigeant actuel de cette organisation, Abdou Diouf ? Force est de constater que non. Dans les rues de Dakar, le français a perdu de son influence et nombreux sont ceux qui ne l'utilisent, voire ne le parlent, plus du tout. Sauf à le mélanger au wolof, lequel monte en puissance dans le monde de l'entreprise, dans les écoles ou encore à la radio et à la télévision où les émissions francophones se font de plus en plus rares.

Originalement issue de l'ethnie du même nom, qui représente 45% de la population sénégalaise, le wolof joue aujourd'hui le rôle véhiculaire d'une « lingua franca », c'est à dire de la langue de communication majoritaire, en empruntant le plus souvent des mots à l'anglais, à l’arabe et au français.

"Salut, lou bess ?"

Dans une étude parue en 2010*, le Norvégien Kristin Vold Lexander citait par exemple une conversation par Internet dans laquelle le premier interlocuteur se présentait ainsi : « Salut, lou bess sister » (Salut, comment ça va ma sœur ?).

Le genre de construction linguistique que l'on retrouve dans le champ politique. « On assiste à une « désethnicisation » de la langue ainsi qu'à l'émergence d'une société wolof de niveau national au Sénégal », estiment ainsi Sasha Kesseler, Anna Diagne et Christian Meyer dans un ouvrage récent**. Un bouleversement qui doit beaucoup à la radicalisation du climat politique depuis quelques années. Oumar Sankharé, enseignant à l’université de Dakar, explique ainsi à Slate Afrique que nombre de Sénégalais « affirment que ce n’est pas leur langue ». Et d'ajouter : « Un étrange nationalisme s’est développé ces dernières années. »

Le wolof est donc devenu un atout politique indispensable. Dernier exemple en date, dans la contestation citoyenne qui touche le Sénégal depuis fin 2010, Karim Wade se voit systématiquement reprocher par les jeunes, entre autres, son faible niveau dans cette langue.

Internet, la consécration ?

Mais les hommes politiques ne sont pas les seuls à avoir observé cette conversion linguistique avec intérêt. Depuis peu, de grands noms de l'Internet ont entrepris une manœuvre de séduction envers le Sénégal, où près de 90% de la population parlerait wolof et où la jeunesse surfe toujours plus sur la Toile. Du moins quand les coupures d'électricité ne l'en empêchent pas…

Google a ainsi lancé, en 2011, une plate-forme spécifique. « La recherche sur Internet était surtout réservée aux lettrés en français ou en anglais, désormais presque toute la population alphabétisée pourra l'utiliser », déclare la firme américaine dans un communiqué. Et le navigateur Firefox est prêt à lui emboîter le pas. L'un des responsables de Mozilla a annoncé lors d'une conférence de presse en avril dernier qu'une version en wolof pourrait bien voir le jour dès l'année 2012.

Ces annonces ne sont pas anecdotiques. S'il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions, le fait que les Sénégalais puissent utiliser au quotidien le wolof sur Internet pourrait amener celui-ci à devenir la langue de communication écrite de l'ensemble du pays. Au détriment du français, of course…

__________

*« Le wolof et la communication personnelle médiatisée par Internet à Dakar », Revue de sociolinguistique en ligne n° 14 – janvier 2010
**« Communication wolof et société sénégalaise », L'Harmattan, 2011

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Sénégal

Photographie : résistances sénégalaises

Photographie : résistances sénégalaises

Une exposition et un livre reviennent sur les mouvements de révolte qui ont marqué la campagne présidentielle.[...]

État-Unis - Sénégal : les éloges de Carson à... Wade

Barack Obama avait promis en 2008 de soutenir la démocratie partout en Afrique. Abdoulaye Wade ayant accepté le verdict des urnes, Johnnie Carson chargé des affaires africaines au côté d'Hillary[...]

Sénégal - Automobile : les concessionnaires ont le blues

Le président sénégalais Macky Sall a assoupli les restrictions à l'importation de véhicules d'occasion. Une mauvaise nouvelle pour la profession alors que le marché du neuf peine à[...]

Droits de l'homme en Afrique : progrès incertains au Nord, attentes pour le Sud

Amnesty International a rendu public, jeudi 24 mai, son rapport annuel sur l’état des droits de l’homme dans le monde. En ce qui concerne le continent africain, l’année 2011 a été[...]

Sénégal : des désirs à la réalité économique

Le nouveau gouvernement de Macky Sall pourra-t-il tenir ses engagements socio-économiques ? En avril déjà, Amadou Kane, le ministre de l'Économie, avait qualifié l'état des finances[...]

Sénégal : Abdoulaye Wade, un petit tour et puis revient... aux législatives

La retraite, très peu pour lui. Abdoulaye Wade a vite reconnu sa défaite à la présidentielle, mais le voici bien décidé à mener la bataille des législatives[...]

France-Afrique : Hollande et nous

Le nouveau président français François Hollande connaît très mal le continent. Va-t-il y mener une autre politique que son prédécesseur ? Pas fondamentalement. Un changement de style[...]

Guinée-Bissau : petit pays, grandes manoeuvres

La Cedeao, Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, goûtait peu la percée angolaise dans la région. Elle pourrait finir par s'accommoder du putsch du 12 avril  en[...]

Sénégal : Jules Bocandé, le Lion est mort

Au Sénégal, c'est un hommage national qui a été rendu, les 15 et 16 mai, à Jules Bocandé, ancienne star du football africain.[...]

France - Afrique : le PS ne manque pas d'amis !

Il y a ceux qui avaient fait le déplacement à Paris et ceux qui ont envoyé leurs félicitations depuis le continent. Par les canaux officiels, ou pas, la classe politique africaine n'a pas manqué[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers