07/07/2011 à 08h:24 Par Jeune Afrique
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Le président sénégalais Abdoulaye Wade (d) et son fils Karim (centre) à Dakar le 19 janvier 2011 Le président sénégalais Abdoulaye Wade (d) et son fils Karim (centre) à Dakar le 19 janvier 2011 © AFP

L'avocat franco-libanais Robert Bourgi affirme que Karim Wade l'a appelé pour qu'il demande à Paris de faire intervenir l'armée française lors des émeutes de la nuit du 27 au 28 juin à Dakar. Des propos qui contredisent radicalement les dénégations de la présidence sénégalaise, et qui font suite au désaveu par Alain Juppé de la politique conduite au Sénégal par Abdoulaye Wade dans l'optique de la présidentielle de 2012.

Est-ce un lâchage en règle du clan Wade par certains milieux français, malgré l'alignement offensif du président sénégalais sur la ligne élyséenne en Côte d'Ivoire et en Libye ? L'on aura en tout cas du mal à interpréter différemment les propos tenus hier par l'avocat Robert Bourgi à Radio futur médias (RFM, du groupe de médias privé fondé par Youssou N'dour).

« Dans la nuit (du 27 au 28 juin), lorsque les évènements tragiques se déroulaient à Dakar, j'ai été réveillé (...) par Karim Wade qui me dit ceci : tonton, Dakar et le Sénégal sont dans une situation quasi insurrectionnelle. Les immeubles administratifs brûlent, ça brûle de tous les côtés », a dit Bourgi, considéré comme proche de la présidence française.

"Karim, je voudrais que tu sois un peu plus cohérent"

Il y a « des milliers de manifestants » et « on ne sait jamais, des intérêts français peuvent être touchés », aurait ajouté Karim Wade, toujours selon Bourgi. « Je lui ai dit Karim, tu paniques, je voudrais que tu sois un peu plus cohérent. Il me dit on ne sait jamais, l'armée française est là pour quelque chose. Je l'ai immédiatement arrêté, je ne suis pas une autorité politique, je ne suis qu'avocat au barreau de Paris », a ajouté Bourgi. Qui précise, pour qu'aucune méprise ne soit possible, que Karim Wade demandait bel et bien une intervention des «  plus hauts échelons de l'État français ».

Bourgi aurait refusé « de manière claire et nette » d'intercéder comme on le lui demandait, affirmant qu'il s'agissait « d'une affaire sénégalo-sénégalaise ». Des propos qui risquent de faire enfler la polémique au Sénégal, où la présidence a nié mercredi, peu avant ces déclarations, que Karim Wade ait demandé l'intervention de la France comme l'avait révélé l'hebdomadaire français l'Express.

« C'est totalement faux. Il n'y a jamais eu un appel de Karim Wade pour que l'armée française intervienne. Il aurait fallu que la police, la gendarmerie et l'armée soient débordées », a affirmé à la presse Serigne Mbacké Ndiaye, ministre conseiller et porte-parole de la présidence. « La situation était maîtrisée. On ne voit pas l'intérêt » d'une intervention de l'armée française, a-t-il plaidé.

Quand Juppé désavoue Wade

Lors de cette nuit du 27 au 28 juin, des manifestants excédés par les délestages avaient incendié plusieurs bâtiments publics, en particulier ceux de la Société nationale d'électricité (Sénélec) qui dépend du ministère de l'Énergie de Karim Wade (qui occupe également les portefeuilles de la Coopération internationale, des Transports aériens, des Infrastructures).

Les propos de Robert Bourgi sont consécutifs à ceux très négatifs à l'encontre de Abdoulaye Wade, tenus mardi par le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, devant des députés français. Le Sénégal « est un pays ami qui nous aide notamment dans l'affaire libyenne, le président Wade a très clairement pris position pour le départ de Kaddafi », a-t-il dit. Avant d'ajouter : « je serais quand même tenté de dire qu'il faut éviter que les mêmes causes produisent les mêmes effets. (...) Rester au pouvoir par tous les moyens, y compris en bricolant la loi électorale, se faire élire avec 25% des voix, ne pas engager un certain nombre de réformes fondamentales pour tenir compte des aspirations de la population, malheureusement cela aboutit toujours au même résultat ». Difficile de savoir si de tels propos ont été dictés - ou non - par Nicolas Sarkozy... (avec AFP)

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