21/06/2011 à 10h:52 Par Mathieu Olivier
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Robert Mugabe accueille le Premier ministre Morgan Tsvangirai, le 18 avril 2011 à Harare Robert Mugabe accueille le Premier ministre Morgan Tsvangirai, le 18 avril 2011 à Harare © AFP

Alors que l'élection présidentielle zimbabwéenne doit se tenir cette année, internet s'agite et sert de relais aux opposants à Robert Mugabe. À la fois lieu de débat et vecteur de dénonciation, la Toile risque de jouer un rôle important dans le scrutin. Ce qu'a bien compris le Premier ministre et opposant numéro 1, Morgan Tsvangirai.

« C'est grâce à internet que nous avons su pour les élections truquées au Zimbabwe. » Cette petite phrase, lâchée vendredi 17 juin par Gordon Brown, sous forme de rappel des événements de 2008, sonne comme un avertissement. L'ancien Premier ministre britannique prédit ainsi à Robert Mugabe, dans un entretien à CNN, un destin similaire à ses anciens homologues tombés lors du printemps arabe. Instrument de ce destin : l'accès croissant des populations à internet.

Un débat politique sur internet

En effet, en 2008, la Toile avait permis aux opposants zimbabwéens de s'organiser et de publier notamment des photographies témoignant des exactions commises par des miliciens liés au parti présidentiel de Mugabe (ZANU-PF) à l'encontre des membres du Mouvement pour le changement démocratique de Tsvangirai (MDC). Corps mutilés, cadavres... Ces publications avaient alors choqué le monde entier.

Depuis, les internautes se sont habitués à échanger et à débattre, notamment sur les thèmes importants liés à l'élection. Ainsi, la communauté d'activistes en ligne KubatanaBlogs a récemment partagé un article dénonçant la contraction d'un crédit de 98 millions de dollars (environ 68 millions d'euro) envers la Chine afin de construire un centre d'espionnage dernier cri. « Bien que la signature ait été précédée d'un "débat houleux", les députés n'ont pas entendu, le même jour, l'appel du Fonds des Nations unies pour l'enfance [Unicef] pour une somme de 6 millions de dollars [4 millions d'euros] afin de continuer à traiter les eaux dangereuses du Zimbabwe », ironise l'auteur qui rappelle que les électeurs zimbabwéens sont sans doute plus attachés aux problèmes quotidiens de l'eau, des coupures de courant, de la santé...

Des nourrissons électeurs

Mais sur le web, au delà des sujets de fond de l'élection, c'est la forme du scrutin qui semble également poser problème. Ainsi le blogueur Andrew Field s'inquiète de la mainmise des généraux sur la commission chargée de l'organisation des élections. Des militaires tous acquis au leader charismatique Robert Mugabe...

Et son inquiétude rejoint celle du journaliste Alex Perry qui ironise dans son blog Global Spin : « Bonnes nouvelles du Zimbabwe où, contrairement à ce que rapportent les médias de la crise politique, de la stagnation économique et de la pauvreté, les listes électorales indiquent que le pays est en fait l'un des plus sains du monde. Le recensement d'octobre 2010 a trouvé 41 110 votants âgés de 100 ans ou plus […] 132 500 âgés de plus de 90 ans et 16 800 âgés de 110 ans et qui, tous, sont nés en 1901. » À l'inverse, Alex Perry rapporte que le journaliste sud-africain Robert Wood Johnson a également recensé de nombreux votants âgés de seulement deux ans.

Tsvangirai et la démocratie participative

L'importance croissante, depuis la dernière élection en 2008, d'internet dans le débat politique zimbabwéen n'est semble-t-il pas passée inaperçue du côté de Morgan Tsvangirai, Premier ministre depuis le partage du pouvoir signé en septembre 2008. Ainsi, le site du chef du gouvernement s'est résolument tourné vers l'appel à participation via des forums d'échange et des sondages comme : « Quel est selon vous l'obstacle le plus important à la tenue d'élections libres et justes ? »

Une démocratie participative à côté de laquelle le site du président Robert Mugabe passe - c'est un euphémisme - pour archaïque. Loin de celle du candidat Tsvangirai ; d'ores et déjà en campagne, la page du président manque singulièrement de possibilités d'échange et propulse l'utilisateur dans un design d'un autre âge. Au risque de se couper de 10 % de la population utilisateurs d'internet. Sur Facebook, la page fan la plus importante (non-officielle) de Mugabe regroupe 4 836 personnes contre 63 241 pour celle de Tsvangirai. La « jeunesse » de Tsvangirai (59 ans), qui n'a pas participé à la guerre d'indépendance du pays, a longtemps pu être un inconvénient face au « libérateur » Mugabe, âgé de 87 ans. Elle pourrait bientôt être son principal atout.

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